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Un article de Christophe Deroubaix paru dans l’Humanité du 5 octobre 2005

100 000 à Marseille : « Nous sommes les salariés, nous allons gagner »

mercredi 5 octobre 2005 par Christophe Deroubaix
Les salariés de la SNCM ouvraient le cortège parti du Vieux-Port, suivis par ceux de Nestlé . Selon les syndicats, des arrêts de travail ont eu lieu dans une centaine d’entreprises du secteur privé du département.

Invitée à ouvrir le bal du 4 octobre, Marseille s’est une fois de plus montrée bonne cavalière. 30 000 manifestants selon la police. Plus de 100 000 selon les organisateurs. Alors que peu avant midi la tête du cortège atteignait la préfecture, où les représentants de toutes les organisations syndicales s’apprêtaient à être reçus par le représentant de l’État, les derniers manifestants piétinaient encore sur la Canebière, le défilé irriguant le cours Lieutaud, la place Castellane et la rue de Rome... Dans l’habituelle bataille des chiffres, les connaisseurs de la géographie marseillaise sauront placer le curseur. Nul doute que le gouvernement ne criera pas à l’échec. « C’est un succès considérable qui va au-delà de nos espérances. C’est une formidable réponse des salariés à un gouvernement qui refuse de les entendre », s’est félicitée Mireille Chessa, secrétaire générale de l’union départementale CGT des Bouches-du-Rhône.

Deux heures plus tôt, déjà la grande journée d’action fleurait bon le succès. À 9 h 30, des milliers de manifestants affluaient vers le Vieux-Port, chacun rejoignant dans un premier temps le point de rencontre de son syndicat : la FSU face aux bateaux, FO aux abords de la terrasse de l’OM Café, la CFDT au pied du siège des Eaux de Marseille, la CGT devant la chambre de commerce. De la rue Albert-1er débarque alors le cortège de la SNCM, parti une demi-heure plus tôt de la Joliette. Tous les syndicats réunis derrière la même banderole : « Non au démantèlement de l’entreprise nationale et du service public de continuité territoriale. Non à la casse de nos emplois et de nos statuts. » « La mobilisation, ce n’est pas que la SNCM. Il faut que le gouvernement ouvre grand ses oreilles et nous apporte des réponses satisfaisantes. Le monde du travail est là dans la rue pour le lui rappeler. Je serais à la place du gouvernement, je ne me sentirais pas bien dans mes souliers », souligne Jean-Paul Israël, secrétaire du syndicat CGT des marins, à la veille d’une nouvelle rencontre avec les ministres concernés. Pour Bernard Marty, secrétaire CGT du comité d’entreprise, « il est inimaginable que le gouvernement décide seul du sort du patrimoine national. Ils sont passés de 0 % à 25 %. J’attends qu’ils passent de 25 % à 50 %. Et ils vont y arriver... ». En attendant ce geste décisif, l’autre mouvement portuaire - celui impliquant les agents du Port autonome de Marseille depuis 8 jours - a évolué hier puisque la direction a abandonné les procédures de licenciements déclenchées à l’encontre de trois salariés. Les négociations vont donc pouvoir commencer.

Peu après 10 heures, le Vieux-Port déjà engorgé, le défilé entame la remontée de la Canebière derrière une banderole proclamant ce mot d’ordre : « Public-privé : dans l’unité », et déclinant les revendications : l’emploi contre la précarité, l’augmentation du pouvoir d’achat, la défense du service public, la défense du Code du travail et des statuts. Les salariés de la SNCM prennent la roue de ce « carré de tête ». Puis les Nestlé du site de Saint-Menet, que la multinationale veut placer en cessation d’activités alors qu’elle s’était engagée à une cession d’activités. Puis les traminots de la Régie des transports marseillais (RTM), remontés contre une délégation de service public lancée pour l’exploitation du futur tramway. « Privatisation rampante », tonnent-ils. Puis les salariés de STMicroelectronics qui a annoncé un millier de suppressions d’emplois, dont 800 dans les Bouches-du-Rhône après avoir touché plusieurs dizaines de millions d’euros d’aides publiques. Les banderoles défilent : la métallurgie, le Trésor public, la réparation navale, l’éducation nationale, les territoriaux de Gardanne, Aubagne, Port-de-Bouc et Marseille, Esso, Haribo, Sollac, Gemplus, Eurocopter, Carrefour, Printemps, Panzani. Selon les syndicats, 217 branches professionnelles des Bouches-du-Rhône ont déposé un arrêt de travail, dont 99 dans le secteur privé. Enfin, fermant la marche, les partis politiques (PCF, Verts et PS). Le tout dans une ambiance empruntant aux rites du Stade Vélodrome : tambours, cymbales, pétards et feux d’artifice. Chant à l’appui : « Aux armes ! Nous sommes les salariés. Et nous allons gagner ».

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