Liste des auteurs

Yves housson | L’Humanité du 17.06.2008

17 juin 2008 : Une belle occasion de monter le son

mardi 17 juin 2008 par Yves Housson, Maryse Dumas
35 heures . retraites . Journée de mobilisation à l’appel de la CGT, la CFDT, la FSU et Solidaires. Entretien avec Maryse Dumas, secrétaire confédérale de la CGT.

Face à la surdité avérée - et revendiquée - du gouvernement, une seule solution : monter le son ! À l’appel de quatre centrales syndicales (CGT, CFDT, FSU, Solidaires), les salariés devraient dire aujourd’hui plus haut et plus fort leur opposition à deux projets antisociaux de l’équipe Sarkozy-Fillon. D’un côté, la mise à bas de toute une série de protections en matière de temps de travail. De l’autre, un nouvel allongement, à 41 ans, de la durée de cotisation pour le droit à la retraite, qui se solderait par des pensions amaigries. L’envie d’en découdre sera d’autant plus forte que, sur ces dossiers clés du droit social, le gouvernement a choisi, en contradiction avec ses discours répétés sur le respect du « dialogue social », de mépriser ouvertement l’avis des syndicats. « On ne peut pas avoir confiance dans un gouvernement qui ment », a décoché hier le leader de la CFDT, François Chérèque. Si les organisations syndicales ne sont pas toutes dans l’action aujourd’hui, - FO, la CFTC, la CGC manquent à l’appel -, elles sont cependant unanimes à contester la « réforme » du temps de travail autant que celle de la retraite. Seul contre tous, y compris, dans l’affaire du temps de travail, contre le MEDEF, le gouvernement, qui doit plancher demain en conseil des ministres sur le projet temps de travail, restera-t-il encore longtemps droit dans ses bottes ? Il doit savoir qu’en tout état de cause, la mobilisation d’aujourd’hui n’a rien du baroud d’honneur : « Il y aura d’autres rendez-vous. Même votées, les lois peuvent être défaites. Il n’est jamais trop tard », nous déclare la dirigeante CGT Maryse Dumas.

Yves Housson


La CGT n’a-t-elle pas pris un risque en signant la position commune sur la représentativité syndicale dans laquelle figure un article sur le temps de travail qui autorise les entreprises à déroger au contingent d’heures supplémentaire ?

Maryse Dumas. Nous n’avons pas pris de risque. L’article 17 de la position commune ferme la porte aux dérogations en prévoyant trois clauses : le dispositif est expérimental, il porte exclusivement sur le contingent d’heures supplémentaires et les accords doivent être signés par des syndicats majoritaires. C’est parce que cet article ne convient pas au gouvernement qu’il a décidé de procéder par la loi. Son projet va beaucoup plus loin que la seule mise en cause des 35 heures. Il anticipe sur « l’opt out » contenu dans la directive européenne qui autorise les employeurs à imposer une convention individuelle pour dépasser les durées de travail actées dans les accords collectifs. Jusque-là, la France s’y était opposée. Il s’agit d’un revirement. Le projet de loi français va autoriser les employeurs à imposer aux salariés une convention individuelle sur le temps de travail.

Que répondez-vous à FO, la CFTC et la CFE-CGC qui vous reprochent d’avoir ouvert la porte au gouvernement sur la réforme du temps de travail ?

Maryse Dumas. Je leur réponds d’abord que les dérogations ont commencé il y a plus de vingt-cinq ans et qu’elles ont été systématiquement mises en oeuvre par accords minoritaires. D’ailleurs, le projet de loi de déréglementation du temps de travail s’inspire à s’y méprendre de l’accord UIMM de 1998 signé par FO, la CFE-CGC et CFTC, minoritaires dans la métallurgie. La CGT a gagné son recours en justice mais l’UIMM a malgré tout obtenu, en 2006, les mêmes signatures minoritaires pour un avenant à l’accord qui prévoyait un dispositif « d’heures choisies » sans limite, décidées par convention de gré à gré entre employeur et salarié, l’extension du forfait annuel et mensuel à de nouvelles catégories, dont les ouvriers. C’est à l’UIMM qu’obéit ce gouvernement au moment même où le MEDEF accepte de signer avec la CGT et la CFDT des règles de validité des accords et de représentativité syndicale qui donnent aux salariés voix au chapitre.

Nicolas Sarkozy assure être un président de la République qui respecte le dialogue social. Mais les syndicats sont invités à signer des accords qui peuvent ensuite se retourner contre eux. N’est-ce pas un piège ?

Maryse Dumas. La méthode a été inventée par Dominique de Villepin quand, premier ministre, il a été battu à plate couture sur le contrat première embauche. La loi de janvier 2007 impose au gouvernement de saisir les partenaires sociaux concernant les grandes réformes sociales. D’emblée, la CGT avait signalé le risque d’instrumentalisation. L’expérience permet de le vérifier. La négociation sur la modernisation du marché du travail s’est déroulée sous pression politique. L’accord, non signé par la CGT, correspondait point par point à la lettre d’orientation du premier ministre. Il a été transposé dans la loi. Sur la représentativité syndicale, il n’y a pas de gros désaccords et le texte devrait être repris. Sur les 35 heures, c’est le contraire. Le président de la République avait demandé, lors de la conférence sociale du 19 décembre 2007, de déroger à la totalité des normes en matière de temps de travail. Les syndicats ont tous refusé cette perspective. Il passe en force et impose une loi conforme aux objectifs de l’UMP et l’UIMM. Sous prétexte de dialogue social, les organisations syndicales sont sommées de mettre en musique les réformes préalablement décidées par le pouvoir politique. Notre rôle de représentation des salariés est mis en cause et l’indépendance syndicale très malmenée. La démocratie sociale ne peut pas être conçue ainsi. Le pouvoir politique doit prendre en compte ce qui émane des syndicats.

Vous allez le lui rappeler aujourd’hui dans la rue avec la CFDT, la FSU et Solidaires. Qu’est-ce que la CGT veut faire entendre ?

Maryse Dumas. La journée porte sur deux points principaux. Elle continue la mobilisation du 22 mai sur les retraites, pour exiger une réforme progressiste et refuser l’allongement de la durée de cotisation. Elle commence la mobilisation sur le temps de travail, pour éviter que les salariés se retrouvent dans une situation où le droit social relève, dans le meilleur des cas, des accords d’entreprise, au pire de conventions de gré à gré. La logique de réforme de ce gouvernement donne un point commun à ces deux mots d’ordre : sous prétexte de valoriser la France qui se lève tôt, il affaiblit considérablement la reconnaissance du travail par le salaire et le droit collectif qui s’applique à tous. Nicolas Sarkozy fait le choix de l’individualisation, du mérite, de ceux qui parviennent à s’en sortir dans la concurrence. C’est une réforme de société qui est fondamentale. La journée d’aujourd’hui est une étape. Il y en aura d’autres, la CGT mettra tout en oeuvre pour retrouver le chemin d’actions unitaires qu’aucun intérêt de boutique ne devrait compromettre.

Dans ce cadre, ne pensez-vous pas que le mécontentement s’exprime d’abord sur le pouvoir d’achat ?

Maryse Dumas. La question du pouvoir d’achat est omniprésente. Elle traverse tous les autres sujets de mécontentement. Celui-ci est très fort mais diffus. Le pouvoir adopte une tactique de fuite en avant permanente de mesures et de réformes avec l’objectif délibéré de ne pas laisser le temps à la réflexion et à la mobilisation de faire leur chemin. Mais cela n’aura qu’un temps car il prend aussi le risque d’accumuler les raisons d’une contre-offensive d’ampleur.

L’étape suivante, c’est la grève, comme le demande FO ?

Maryse Dumas. FO est toujours pour les actions sauf celles qui sont à l’ordre du jour. Quand on fait des manifestations, FO est pour la grève. Quand on fait grève, FO réclame autre chose. Je veux faire remarquer que nous avons gagné sur le CPE avec quatre mois de mobilisations fortes, structurées autour de l’importance des manifestations de rue. Sans renoncer aux arrêts de travail, nous devons réfléchir à des modalités d’action qui impliquent le plus grand nombre de salariés et permettent de durer dans le temps.

Comment durer après le 17 juin, alors que les congés d’été approchent ?

Maryse Dumas. Nous avons choisi cette date car le Conseil des ministres qui examine le projet sur le temps de travail a lieu demain. Le gouvernement tient un discours intransigeant. À la veille d’une mobilisation, c’est normal. Mais cela ne veut pas dire qu’il est sûr de lui. En général, ceux qui sont sûrs d’eux acceptent de négocier. Le passage en force est plutôt une preuve de leur faiblesse vis-à-vis du débat démocratique : ils craignent que la moindre ouverture sur le fond les oblige à céder sur la totalité. Nous ne sommes absolument pas impressionnés par l’intransigeance du gouvernement. Mais nous savons qu’il va falloir de nombreuses étapes pour le faire céder. Il y aura d’autres rendez-vous après le 17 juin, dans les entreprises, auprès des députés, etc. Même votées, les lois peuvent être défaites. Il n’est jamais trop tard.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !