Liste des auteurs

Frédéric Durand , Yves Housson | L’Humanité du 27,09,2007

550 suppressions de postes à l’hôpital du Havre

jeudi 27 septembre 2007 par Yves Housson, Frédéric Durand
Santé . Dans une région qui affiche une surmortalité supérieure de 12 % à la moyenne nationale, cette décision suscite une forte émotion.

Le groupe hospitalier du Havre vient de présenter mardi, en conseil d’administration, un plan de retour à l’équilibre qui prévoit la suppression de 550 postes sur cinq ans. Cette mesure est censée permettre une économie de 22 millions d’euros alors que le groupe affiche un déficit cumulé de 36 millions. Les 14 millions manquants pour parvenir à l’équilibre proviendraient, selon la direction, d’« une amélioration de la filière patients ».

Problème : comment répondre à une charge de travail identique avec une telle réduction d’effectif, surtout dans l’une des régions de France les plus sinistrées en termes de santé publique, avec un taux de cancers, de pathologies lourdes et de tentatives de suicide supérieur à la moyenne ?

UNE DIRECTION « OPTIMISTE »

Par la « rationalisation du fonctionnement de l’établissement », répond la direction, affirmant que « ce plan ne nuira pas à la qualité des soins » et doit permettre à l’hôpital de développer plus d’activités tout en diminuant ses charges. L’ensemble des salariés ne partagent pas l’optimisme de la direction : « On savait qu’il n’y aurait pas d’embauches, mais on n’est pas du tout au courant de ces suppressions… Ça va faire beaucoup de bruit ! », confiait hier un infirmier au quotidien régional Paris Normandie.

De son côté, une sage-femme explique qu’elle fait déjà des gardes supplémentaires pour remplacer des collègues infirmières. « Les congés normaux, les congés maternités ne sont plus remplacés, on tire déjà sur la corde de l’ensemble du personnel… Alors 550 postes en moins, il va falloir qu’ils nous expliquent comment on va faire ! »

La CGT a très vite réagi : « Nous ne pouvons que refuser cette logique qui fait des salariés le fusible de l’équilibre budgétaire. Une nouvelle fois le Groupe hospitalier du Havre et surtout ses personnels font les frais de cette politique qui favorise le développement du secteur lucratif », dénonce l’organisation syndicale.

En cause notamment : la tarification à l’activité (TAA) issue du plan « Hôpital 2007 » de l’ex-ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy. Pratiqué depuis 2005, il prévoit qu’une partie du budget des hôpitaux soit directement liée aux actes médicaux. Ainsi tous les trois mois les établissements se voient dotés en ressources financières proportionnellement à leurs activités. L’inégalité dans la codification des actes, et donc dans leur facturation, pousse les hôpitaux à pratiquer avant tout ceux qui sont le mieux rémunérés et engendrent le moins de dépenses.

Pour l’hôpital du Havre, c’est aujourd’hui 50 % du budget qui est lié à ces critères de rentabilité. Part que Nicolas Sarkozy entend étendre à 100 % dans tous les hôpitaux dès janvier 2008.

UNE NOUVELLE DÉGRADATION

Pour le syndicat SUD, c’est une étape nouvelle dans la dégradation de la situation de l’établissement, dont 80 % des agents sont des femmes. « Avant, l’hôpital du Havre était victime d’une mauvaise répartition des crédits, mais aujourd’hui les mesures annoncées sont révélatrices de la sous-dotation générale des hôpitaux en France », assure Régine Minguy, élue SUD au conseil d’administration. « C’est un plan social, même si la direction nous dit que cela n’existe pas dans la fonction publique », affirme-t-elle.

D’ores et déjà cette annonce suscite émotion et indignation bien au-delà du monde hospitalier.


Assurés sociaux et soignants se mobilisent

Santé . Des mutualistes s’engagent contre les franchises et annoncent leur participation à la journée du 29 septembre.

« Odieux. » Pour Jean-Paul Panzani, président de la Fédération des mutuelles de France (FMF), il n’y a pas d’autre mot pour qualifier le projet de franchises médicales, « cette idée que seuls des malades devraient payer pour soigner d’autres malades ». Partie intégrante de la Mutualité française, dont le président, Jean-Pierre Davant, a également désapprouvé cette mesure, la FMF relève que « c’est non seulement contraire à toute idée d’amélioration de notre système de santé, mais aussi choquant d’un point de vue moral et également contraire aux principes qui rendent les sociétés possibles ». « Dira-t-on demain que les écoles ne devront être financées que par les ménages ayant des enfants ? », interroge Jean-Paul Panzani, avant d’annoncer que les mutualistes de la FMF « seront présents le 29 septembre à Paris et dans les réunions décentralisées avec la volonté d’ouvrir des perspectives ». La journée nationale de mobilisation de samedi contre les franchises s’annonce ainsi chaque jour un peu plus rassembleuse. Parmi les nouveaux soutiens reçus par le collectif de 50 organisations à l’origine de cette initiative, citons le syndicat CGT de l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris, ainsi que l’Union syndicale des médecins de centres de santé.

Libéraux ou bien salariés, hospitaliers, les toubibs sont, au demeurant, plutôt remontés contre le projet de budget 2008 de la Sécu. Les premiers acceptent mal d’être montrés du doigt comme coupables de la surconsommation de médicaments en France, comme l’a fait Nicolas Sarkozy dans son discours « social » la semaine dernière. Du côté de l’hôpital, un millier de médecins ont signé une pétition, initiée par la Confédération des praticiens des hôpitaux (CPH), réclamant une « réforme de la réforme (de l’assurance maladie - NDLR), particulièrement du mode de financement des hôpitaux par la TAA ». La tarification à l’activité, que Sarkozy entend imposer, à 100 %, à tous les établissements en 2008, pourrait « avoir des conséquences dommageables pour les patients », alertent les signataires. Ils redoutent que « la logique imposée par la TAA entraîne l’hôpital public sur la pente de l’hôpital entreprise » dont l’objectif premier serait, non pas le soin au patient, mais la rentabilité ». De son côté, la Fédération hospitalière de France exprime également des réserves sur la TAA et dénonce le refus des pouvoirs publics, dans le projet de budget 2008, de « prendre en compte l’évidence des faits » : alors que l’augmentation des besoins financiers des établissements est de 4 %, le gouvernement a fixé à 3,2 % la progression de l’enveloppe budgétaire pour les hôpitaux.


« La droite tombe le masque »

La réaction de Daniel Paul, député PCF du Havre.

« La droite cherche à faire accepter la mise à mort de notre système de protection sociale et de ses principes de solidarité, au profit des assurances privées. C’est dans ce contexte que tombe l’annonce de 550 suppressions de postes à l’hôpital du Havre, toutes catégories confondues. Comme si c’était la réponse appropriée au déficit de plus de 23 millions d’euros du groupe hospitalier ! Comme si cette saignée allait permettre à l’hôpital de faire face aux besoins de la population et en particulier aux missions de santé publique qui sont les siennes ! Cette politique profite aux établissements privés : ils peuvent se développer sur les secteurs les plus rentables, les seuls qui les intéressent, quand les hôpitaux publics subissent des réductions de moyens.

En finir avec le principe de solidarité qui constitue, depuis soixante ans, le socle de notre système de sécurité sociale et de santé : la droite ne cache plus son objectif. Et quelle meilleure façon, pour l’atteindre, que de montrer du doigt les familles, les personnes âgées, les malades, les personnels des hôpitaux, pour tenter de justifier les franchises médicales avec une ponction de 50 euros par an et par malade qui s’ajouteront au forfait hospitalier à 15 euros, à la ponction d’un euro par consultation, au non-remboursement de 18 euros par acte médical lourd !

Alors, au cas où Nicolas Sarkozy ne saurait pas où trouver l’argent pour la prévention, la recherche, les soins, l’hôpital, rappelons-lui que des solutions existent comme celles que vient de lui rappeler la Cour des comptes : elle pointe 30 milliards d’euros - trois fois le déficit de la Sécu - d’exonérations diverses, dont trois milliards au seul titre des stock-options versés en avalanche aux dirigeants des grandes entreprises du CAC 40. Sans oublier que taxer les revenus boursiers au même niveau que les salaires produirait 13 milliards d’euros, qu’augmenter les salaires de 1 % rétablirait un peu le pouvoir d’achat et rapporterait 9 milliards d’euros, que si l’État payait ses dettes à la Sécu, cela ferait 10 milliards d’euros et que si la dette patronale était payée, cela apporterait 1,9 milliard… Sans oublier les 15 milliards de cadeaux fiscaux consentis cet été aux plus riches ! La droite tombe le masque, mais la bataille ne fait que commencer, ici comme ailleurs en France : le 29 septembre, journée nationale d’action, sera la première étape de la mobilisation nécessaire. »

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !