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Paule Masson , Alexandra Chaignon | L’Humanité du 08.10..2008

7 octobre 2008 : Une journée de lutte qui va faire date

jeudi 9 octobre 2008 par Paule Masson, Alexandra Chaignon
La mobilisation mondiale pour un travail décent a rassemblé 100 000 manifestants en France. Les salariés ne veulent pas payer pour la crise

« Depuis la crise financière, la première réponse coordonnée à l’échelle mondiale, ce sont les syndicats qui l’organisent et font la démonstration que c’est possible. » Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, a tenu à le faire savoir hier à Paris : la France a compté près de 100 000 manifestants dans quelque 90 cortèges, un « succès positif, encourageant », juge-t-il, qui permet aux salariés de dire « qu’ils n’ont pas à payer les mauvais comptes de la finance ». Après la manifestation parisienne, qui a compté 13 000 manifestants, principalement de la CGT, Paris a aussi été un des points d’orgue de la Journée mondiale pour un travail décent. Trois cents syndicalistes venus tout spécialement de 14 pays d’Europe, ainsi que Guy Ryder, secrétaire général de la Confédération syndicale internationale, et John Monks, son homologue pour la Confédération européenne des syndicats, ont participé au rassemblement du Trocadéro.

La crainte d’avoir à payer l’addition

Dans le cortège parisien, un seul cri, bruyamment exprimé par les ouvriers de PSA Aulnay qui scandent : « Pour sortir de la crise, c’est pas les banques qu’il faut aider, c’est les salaires qu’il faut augmenter. » La crainte d’avoir à payer l’addition s’exprime partout, parfois pour dire qu’il faut débattre de cette autre mondialisation possible, « investir dans l’emploi, les salaires, les services publics », comme l’exprime Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU, parfois avec fatalisme. Christophe est fonctionnaire à Stains (93) mais il se définit d’abord comme ouvrier. Son salaire, 1 380 euros par mois, est le seul qui entre dans la maison alors, forcément les impayés s’accumulent. Lui ne comprend pas pourquoi « les banques surendettées touchent des milliards » tandis que lui est « proche du surendettement » sans que les pouvoirs publics ne se portent à son secours. Mais il soupire, « c’est toujours comme ça, pour les ouvriers ». À coté, Fouzia le secoue un peu : « C’est comme ça mais c’est pas normal ! »

« Même si la crise décuple les urgences sociales, elle pèse », explique Annick Coupé, porte-parole de Solidaires, qui espère que la mobilisation n’est qu’à son début. Car tout le monde en est sûr, la crise économique ne sera pas sans douleurs pour les familles. « Il va y avoir une crise économique avec des conséquences sociales dramatiques pour certains. Le risque est lourd d’une grande précarité », prévient François Chérèque, secrétaire général de la CFDT. « Les syndicats doivent être là pour soutenir les salariés », insiste-t-il. Ils s’y sont préparés. Ils avaient même prévenu que « la folie du capitalisme financier finirait par une catastrophe », peste Alain Olive, secrétaire général de l’UNSA. Alors le travail décent ? « Plus que jamais à l’ordre du jour », lâche Martine qui, après quarante ans de bons et loyaux services, vient de se faire licencier. « On nous dit que les temps vont être durs, mais on n’a pas envie de payer avec nos impôts », ajoute-t-elle. Alors qui ? Voilà qui fait débat. « Plutôt que de dilapider l’argent du contribuable pour alimenter la spéculation, il faut investir dans le logement, la santé, les services publics », assure tout simplement Daniel, postier dans le Val-d’Oise.


Un tour du monde des salariés en plus de 170 initiatives

De l’île Maurice au Sri Lanka en passant par le Burkina Faso, plus de deux cents syndicats ont mené des actions dans une centaine de pays.

Distributions de tracts, manifestations, marches, colloques, conférences de presse… Plus de 200 syndicats d’une centaine de pays ont organisé hier près de 170 actions, souvent symboliques, dans le cadre de la première journée mondiale pour le travail décent. Une initiative lancée par la Confédération syndicale internationale (CSI), créée en 2006 pour répondre aux défis de la mondialisation. « Nous élevons nos voix pour délivrer un message fort et uni, a déclaré son secrétaire général, le Britannique Guy Rider. Les familles au travail paient très cher les fardeaux de la crise financière, alimentaire et énergétique, les plus graves qu’ait jamais connues l’économie mondialisée. »

D’un pays à l’autre, le mot d’ordre a revêtu diverses formes. Sur les continents européen et américain, particulièrement touchés par la crise financière et où le syndicalisme est le plus développé, les mobilisations ont souvent pris la forme de rassemblements et de manifestations. De nombreux défilés ont ainsi été organisés dans les capitales et villes espagnoles, allemandes, françaises, russes ou encore brésiliennes. Certaines actions ont revêtu un caractère beaucoup plus symbolique, telle l’inauguration sur l’île Maurice d’un monument en mémoire des travailleurs victimes d’accidents ou maladies professionnelles, ou encore une veillée aux chandelles en Corée du Sud.

Sur le continent africain, comme dans de nombreux pays en développement, les revendications ont essentiellement porté sur les droits fondamentaux par le biais de séminaires (Sénégal, Tchad, Cameroun) et de marches (Liberia, Madagascar). Au Burkina Faso, de même qu’en Inde, les syndicats se sont ainsi mobilisés contre l’exploitation des femmes. À Colombo, au Sri Lanka, quelque 25 000 tracts ont été distribués par des militants aux arrêts de bus pour sensibiliser sur le travail des enfants. En Mauritanie, à Nouakchott, les six centrales syndicales ont maintenu la manifestation malgré l’interdiction des autorités.

Du côté de l’Union européenne, Margot Wallström, vice-présidente de la Commission, a signé hier un appel en faveur du travail décent. « Trop de travailleurs dans le monde ont des emplois précaires dans l’économie non déclarée, avec des salaires bas et des conditions de travail dangereuses. Et 80 % des travailleurs n’ont pas une protection sociale adéquate », a déploré le commissaire européen aux Affaires sociales, Vladimir Spidla. « En signant l’appel à l’action aujourd’hui, nous reconnaissons que nous ne pouvons pas rester sans rien faire quand la moitié de la main-d’oeuvre mondiale gagne moins de 2 dollars par jour et que 12,3 millions de femmes et d’hommes travaillent dans l’esclavage », a déclaré Margot Wallström.

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