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Un article de Fanny Doumayrou paru dans L’Humanité du 29 mars 2006

700 000 manifestants dans les rues de la capitale

mercredi 29 mars 2006 par Fanny Doumayrou
Une véritable marée humaine a déferlé de la place d’Italie à la République. Les salariés étaient au rendez-vous.

C’est sous une pluie fine puis battante qu’a démarré la manifestation de la place d’Italie à Paris, au pied de la mairie de gauche du 13e arrondissement arborant une banderole exigeant le « retrait du CPE ». Dès 14 h 30, les étudiants et lycéens venus de tous les établissements d’Île-de-France ont déjà parcouru la moitié du boulevard de l’Hôpital. Bardés d’autocollants de toutes tendances syndicales et politiques (de gauche) et toujours aussi motivés, ils ont organisé une « chaîne » humaine encadrant le cortège, censée les protéger d’éventuels casseurs. « Chirac, Villepin et Sarkozy, votre période d’essai, elle est finie », scandent-ils derrière le camion de l’UNEF Île-de-France.

Une manifestation de plus, ou bien la manifestation décisive ? Camille, étudiante en droit-économie à la Sorbonne et impliquée depuis le début du mouvement, estime que, dans sa fac, le mouvement s’amplifie, qu’il y a toujours autant de monde dans les assemblées générales et que le blocage total a été voté

vendredi. « On attend la décision du Conseil constitutionnel jeudi, qui va peut-être annuler le CPE et nous donner satisfaction, espère-t-il. Si ce n’est pas le cas, je pense que Villepin sera obligé de céder si le mouvement s’amplifie. Soit il retire le CPE, soit il accepte de négocier sur les points

cruciaux, la période d’essai et la motivation du licenciement. » Camille précise que c’est l’ensemble de la loi sur l’égalité des chances qu’il faut retirer, puisqu’elle contient aussi l’apprentissage à quatorze ans, le travail de nuit à quinze ans et la suppression des allocations pour les parents d’élèves absentéistes. « Moi je ne pense pas que Villepin va céder comme ça », estime Sébastien, lycéen en bac pro maintenance, à Montereau en Seine-et-Marne.

Du côté des salariés, la mobilisation est du niveau des dernières journées

nationales interprofessionnelles. Les SUD ouvrent la marche, arborant des autocollants photos de Cyril Ferez, le salarié d’Orange piétiné par les policiers il y a dix jours. Jean-Claude, cuisinier à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, raconte qu’il y a 470 grévistes dans l’établissement, à peu près comme le 4 octobre dernier. « Les gens se sentent concernés par le CPE, mais ça se cumule avec les problèmes plus généraux de conditions de travail. » « Nous sommes là pour nos enfants et pour leur avenir, confirme sa femme Laurence, institutrice, mais c’est un mouvement plus large de révolte contre le gouvernement.

Depuis 2002 on n’arrête pas de contester ses choix, notamment sur les retraites, mais rien ne change ». « Nous ne sommes pas là seulement en soutien aux jeunes, car nous contestons la précarité de tous, des jeunes comme des adultes », insiste Jean- Baptiste, de la CGT du centre de recherche Saint-Gobain, à Aubervilliers. « Pour faire reculer Villepin il faut y foncer, il faut lui prendre la tête jusqu’à ce qu’il lâche, demain et après-demain ! » « On conteste le CPE mais aussi le CNE et tous les emplois poubelles, souligne Nicole, de la CFDT santé dans les Hauts-de-Seine. J’ai entendu parler d’un type qui a enchaîné trois CNE, c’est du "fast-work", on consomme et on met à la poubelle. »


3 millions de manifestants

Paris, 700 000. Marseille, 250 000. Bordeaux, 100 000. Nantes, 70 000. Grenoble, 63 000. Rennes, 50 000. Toulouse, 80 000. Saint-Étienne, 50 000. Lyon, 40 000. Pau, 40 000. Rouen, 40 000. Limoges, 33 000. Caen, 30 000. Saint-Brieuc, 30 000. Le Mans, 30 000. Lorient, 25 000. Le Havre, 25 000. Roanne, 20 000. Albi, 18 000. Tarbes, 17 000. Le Puy, 15 000. Tours, 15 000. Strasbourg, 15 000. Boulogne-sur-Mer, 13 500. Reims, 13 000. Bayonne, 12 000. Bourges, 12 000. Mont-de-Marsan, 10 000. Niort, 10 000. Dieppe, 7 000. Orléans, 6 000. Blois, 6 000. Calais, 6 000. Ajaccio, 5 000. Auch, 5 000. Saint-Denis de la Réunion, 4 000. Charleville-Mézières, 3 500. Troyes, 3 000. Épernay, 3 000. Châlons-en-Champagne, 3 000. Le Mont-Saint-Michel, 600. Metz, 20 000. Nancy, 50 000. Lille, 60 000. Clermont-Ferrand, 48 000. Poitiers, 25 000. Dijon, 12 000. Châtellerault, 3 500. Chambéry, 18 000.


Fortes grèves dans le public et le privé

Dans l’enseignement, le taux de grève était de 60 % dans le premier degré selon le SNUIPP-FSU, et de 56 % dans les collèges et lycées selon le SNES-FSU. À France 3, des perturbations se sont fait sentir et la CGT a annoncé que « la grève a été bien suivie dans 23 des 24 bureaux régionaux » de la chaîne. Les syndicats d’électriciens et gaziers ont noté une forte participation au mouvement de grève, 56 % à Limoges et 41 % au Puy, par exemple. À La Poste, entre 25 % et 35 % des salariés participaient au mouvement de grève. Des annulations sont par ailleurs prévues cette semaine à la Comédie-Française et au théâtre du Vieux-Colombier. Daniel Sanchez, secrétaire général de la CGT métallurgie, a compté 740 arrêts de travail dans la matinée d’hier. Ces mouvements de grève ont touché selon lui « de nombreux grands groupes comme Snecma, Alcatel, Peugeot ou Renault, où les salariés (...) se sont beaucoup mobilisés, parfois à 80 % ». À France Télécom, plus d’un tiers des salariés ont suivi l’appel au débrayage. Dans trois raffineries sur les six que compte Total, la baisse de production a été « significative » selon la CGT. La tour Eiffel a en outre été fermée jusqu’à 18 h 30.


« Non au cpe » jusqu’à Copenhague

Environ deux cents étudiants et syndicalistes ont manifesté mardi après-midi devant l’ambassade de France à Copenhague en signe de solidarité avec les jeunes en France opposés au contrat première embauche (CPE), a constaté l’AFP. Reprenant en français le slogan des étudiants de France, ils ont scandé en sautillant « non, non au CPE », le poing levé tourné vers la représentation diplomatique française gardée par d’importantes forces de l’ordre. « Nous sommes là pour dire non à la précarité qui peut nous toucher aussi, et pour montrer que nous sommes solidaires de nos copains en France qui mènent un combat juste contre l’exploitation », a déclaré Lars Grenaa, un étudiant danois de vingt-six ans.

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