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Jean-Michel Bezat | Le Monde le 22.05.2009

A 62 dollars, le prix du pétrole ne reflète pas la très forte baisse de la demande

vendredi 22 mai 2009 par Jean-Michel Bezat

Le pétrole revient de loin... De 35 dollars le baril exactement. Après avoir perdu les trois quarts de sa valeur depuis son record de 147 dollars atteint mi-juillet 2008, l’or noir n’a cessé de s’apprécier depuis février, poussé par une reprise des marchés d’action, des accès de faiblesse du dollar et des prévisions économiques moins sombres. Pour la première fois depuis plus de six mois, le baril de light sweet crude pour livraison en juillet a clôturé à plus de 62 dollars, mercredi 20 mai, à New York.

Une telle hausse ne peut s’expliquer par la baisse des stocks américains annoncée, mercredi, par le département de l’énergie (DoE) : ils représentent deux mois de consommation des pays industrialisés (hors pays émergents) et des sociétés de trading ont dû louer des tankers pour stocker l’or noir qui déborde des réserves à terre. Ni par des tensions dans les raffineries : leur taux d’utilisation est historiquement bas (82 %) aux Etats-Unis. Pas davantage par la menace du Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger de bloquer les routes d’exportation du brut nigérian : la perte des 1,8 million de barils serait compensée par les excédents de l’Arabie saoudite.

Les analystes de Petroleum Economist jugent que "les signes haussiers sont en contradiction avec les fondamentaux du marché". Directeur adjoint de la recherche économique de la banque Natixis, Evariste Lefeuvre se dit "circonspect" sur la hausse des cours, où il lit plus une anticipation de la reprise économique qu’un reflet de la réalité physique du marché pétrolier.

SURPRODUCTION CROISSANTE

Les prévisions de demande sont, en effet, révisées à la baisse de mois en mois par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et le DoE dans des proportions sans précédent depuis 1981. "Des risques forts demeurent, car les fondamentaux du marché pétrolier sont loin d’être équilibrés, en raison de la baisse constante de la demande et d’une surproduction croissante", prévient aussi l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), qui assure 42 % de la production mondiale.

Le cartel juge que la demande quotidienne se contractera de 1,57 million de barils (à 84,03 millions) en 2009. Il a retiré environ 3,5 millions de barils par jour depuis l’automne. Réuni le 28 mai à Vienne, "l’OPEP ne va pas toucher à la production puisque la demande va croître cet été" en raison d’une reprise de la consommation d’essence pendant les vacances, affirmait récemment le ministre algérien de l’énergie, Chakib Khelil, qui tablait sur une reprise mondiale courant 2009.

Avec un prix moyen du baril à 96 dollars en 2008, la facture pétrolière a dépassé 3 000 milliards de dollars (2 175 milliards d’euros) et contribué à la récession. L’envolée des cours jusqu’à l’été 2008 a été plus déterminante que la chute de Lehman Brothers dans l’effondrement de l’industrie automobile américaine, analyse le consultant Daniel Yergin, président d’IHS Cambridge Energy Research Associates. La facture 2009 sera réduite de moitié, si ce prix se situe autour de 50 dollars, ajoutant un stimulus aux mesures décidées début avril par le G20.

Une forte hausse du brut risque de relancer l’inflation, tombée en avril à son niveau plus bas depuis 1957 (+ 0,1 % sur un an) en France, et d’amputer le pouvoir d’achat au moment où la baisse des prix est le seul facteur de soutien à la consommation, souligne M. Lefeuvre.

En revanche, elle ne peut que réjouir les pétroliers. A 35-40 dollars, l’investissement est menacé. A 50-55 dollars, il redevient rentable d’exploiter certains gisements, reconnaissent les patrons de BP et d’Occidental Petroleum. D’autant que les majors internationales et certaines compagnies des pays producteurs ont constitué d’énormes trésors de guerre depuis 2005. ExxonMobil, Shell ou Total ont maintenu leurs projets pour 2009 ; mais le montant des investissements annulés ou reportés ces derniers mois s’élève à 170 milliards de dollars, selon l’AIE.

Le baril a-t-il atteint un point haut à plus de 60 dollars ? M. Lefeuvre note "un retour des investisseurs sur le marché des matières premières, notamment le pétrole, depuis le 1er janvier". Ce regain de confiance ne durera peut-être pas. Dans une note récente, Natixis juge que "les cours pourraient être affectés par la déception des marchés si la conjoncture ne s’améliorait pas dans les proportions attendues", et retomber à 50 dollars.

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