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article de FERYEL GADHOUM paru dans Le Figaro le 19 aout 2006

A Bruxelles, le suspense continue pour Suez et GDF

samedi 19 août 2006 par Feryel Gadhoum
Dernière ligne droite avant que la Commission européenne explique ses réticences à la fusion des deux géants.

QUAND BRUXELLES va-t-elle envoyer sa « lettre de griefs » à Suez et Gaz de France ? Le suspens était encore entier, hier. Depuis des jours, on attendait que la Commission européenne communique la liste complète des reproches qu’elle a à formuler sur la fusion entre les deux groupes. Finalement, la fameuse lettre ne devrait arriver sur les bureaux de Gérard Mestrallet et de Jean-François Cirelli, PDG respectifs de Suez et GDF, que lundi au mieux. En attendant, de tous côtés on modère la portée de ce rapport d’étape. Ce n’est que le début d’un poker menteur entre tous les acteurs. La Commission ne fera aucun cadeau aux protagonistes, mais cela ne préjuge en rien de la décision finale, attendue fin octobre ou début novembre.

Afin de ne pas revivre une nouvelle affaire Schneider-Legrand, où sa décision avait été retoquée par la Cour de justice européenne, la Commission européenne ne négligera aucun détail pour motiver son refus d’accorder son feu vert à l’opération.

Tout sera passé en revue, de la position dominante des deux groupes dans l’électricité en Belgique à celle - non moins monopolistique - dans le gaz en France. La Commission ne devrait pas hésiter à demander à Suez de céder des centrales nucléaires en Belgique, appartenant à sa filiale Electrabel, des gazoducs appartenant à Fluxys, ainsi qu’une bonne part du capital qu’il détient dans le distributeur de gaz Distrigaz. Toujours, en Belgique, Gaz de France devrait également faire le deuil de ses 25 % dans SPE, le seul concurrent d’Electrabel. Ensemble, SPE et la filiale de Suez contrôlent 90 % du marché de l’électricité. Electrabel devra se « contenter » de 75 % à 80 %.

Des exigences qui risquent d’être sévèresPour la France aussi, les exigences de la Commission européenne risquent d’être assez sévères. Gaz de France est sans conteste numéro un avec plus de 95 % du marché du gaz. Suez est, certes, loin derrière, avec 3,5 % du marché. Mais il est le premier, sinon le seul vrai concurrent de l’entreprise publique. Dans l’électricité, Suez est aussi le seul à avoir sérieusement défié EDF en lui prenant 8,5 % du marché des clients gros consommateurs d’électricité. Ce sont des situations que la Commission voudra sans doute modifier en demandant à Suez de mettre à la disposition de ses concurrents des capacités de production physiques (infrastructure) ou virtuelles (droits de tirage). Fos-sur-Mer devrait particulièrement attirer l’attention des équipes de Nelly Kroes, la commissaire européenne à la concurrence. Il y a quelques mois, Suez et Gaz de France avaient annoncé la construction de deux centrales communes sur un site appartenant à Gaz de France. Ils devront peut-être aujourd’hui céder l’une des deux.

Tout cela n’est qu’un détail pour les Français. Ce qu’ils craignent surtout est que Bruxelles exige que Gaz de France vende une partie de ses réseaux de distribution, soit quelques milliers de kilomètres de gazoducs qui constituent l’essentiel de la valeur du groupe. Un tel scénario est jugé impensable et inacceptable par les deux parties. Ils sont d’ailleurs bien décidés à se battre pied à pied. Les deux groupes font valoir que la Commission n’est pas chargée de casser les monopoles mais de préserver une situation de concurrence existant avant la fusion.

De son côté, Nelly Kroes, qui cherche à démanteler les monopoles et les cartels dans l’énergie, ne pourra sûrement pas aller si loin. Elle devra se contenter de vérifier que le mariage des deux entreprises ne constitue pas une entrave supplémentaire à la concurrence en Europe. De ce point de vue, Suez et Gaz de France ont de bons arguments à faire valoir. Sans doute feront-ils quelques concessions mais pas autant que ce qu’attendent certains. Hier, la presse italienne se réjouissait à la perspective de voir Electrabel passer dans le giron d’Enel avec « la bénédiction de l’Union européenne ». Ce rêve risque de ne pas se réaliser.

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