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Pierre-Henri Lab , Olivier Mayer , Christelle Chabaud | L’Humanité du 10 mars 2007

Airbus : Les comptes de 2006 plombés

samedi 10 mars 2007 par Pierre-Henri Lab, Olivier Mayer, Christelle Chabaud
Le niveau du déficit annoncé hier est le fruit e la décision de faire porter sur l’année écoulée l’essentiel des pertes occasionnées par le retard de l’A380.

Le bénéfice d’exploitation réalisé en 2006 par EADS a chuté de 86 % par rapport à 2005. Il s’établit à 399 millions d’euros. Le bénéfice net du groupe chute également pour s’établir à 99 millions d’euros contre 1,68 milliard d’euros l’année précédente. Les coprésidents, Louis Gallois et l’Allemand Tom Enders, qui ont rendu public hier à Munich, les - résultats de leur groupe, ont attribué principalement ce recul à la crise traversée par leur filiale Airbus. L’avionneur - européen a en effet annoncé une perte d’exploitation de 572 millions d’euros alors qu’il avait enregistré un bénéfice opérationnel de 2,3 milliards d’euros en 2005. Pour expliquer ce résultat, Airbus met en avant l’impact financier des retards du programme d’avion géant A380 qui pèse à hauteur de 2,5 milliards d’euros sur les résultats du groupe. Selon la direction, les charges liées au lancement de l’A350, le futur long-courrier d’Airbus, et le surcoût du programme de l’avion militaire A400 M alourdissent également les comptes à hauteur respectivement de 500 et 352 millions d’euros. La - situation financière de l’avionneur ne devrait pas s’améliorer en 2007. Le directeur - financier d’EADS, Hans Peter Ring, prévoit, pour cette année, une nouvelle perte « à peu près du même ordre que l’année dernière ». À l’annonce de ces mauvais résultats financiers, Louis Gallois et Tom Enders ont réaffirmé dans un communiqué « le besoin urgent de mettre en oeuvre Power 8 ». Ce plan, qui vise à économiser 5 milliards d’euros de trésorerie d’ici à 2010 puis deux milliards d’économies annuelles, prévoit la suppression de 4 300 emplois en France et 3 700 en Allemagne. Ainsi que la cession de six sites en Europe.

À en croire les deux dirigeants d’EADS, la gravité de la crise d’Airbus nécessiterait ainsi de mettre en oeuvre rapidement ce projet de restructuration. Reste que l’examen des résultats financiers d’Airbus démontre que la situation n’est pas aussi alarmante que le laissent à penser les déclarations des deux coprésidents. Premièrement, le niveau atteint par le déficit d’exploitation d’Airbus en 2006 est le fruit de la décision des dirigeants du groupe de faire passer sur la seule année écoulée l’essentiel des pertes exceptionnelles occasionnées par le retard de l’A380 plutôt que de les étaler sur plusieurs exercices. En janvier dernier, Louis Gallois avait annoncé vouloir faire ainsi « place nette ». Deuxièmement, l’activité d’Airbus a fortement progressé en 2006. Son chiffre d’affaires fait un bond de 14 % pour s’établir à 25,19 milliards d’euros. Les perspectives pour 2007 semblent toutes aussi bonnes puisque les dirigeants d’Airbus estiment entre 440 et 450 le nombre de livraisons d’avions auxquelles il devrait être procédé cette année. Autrement dit, l’avionneur devrait au minimum égaler le record de 434 livraisons établi en 2006. Ce niveau d’activité permet à la trésorerie du groupe de se fixer à 4,5 milliards d’euros. Airbus et EADS sont donc loin du dépôt de bilan ou de la cessation de paiement. Louis Gallois l’a lui-même implicitement reconnu en affirmant qu’EADS n’a « pas besoin dans l’immédiat de lever des fonds - supplémentaires ».

Troisièmement, la perte annoncée pour 2007 par Hans Ring intègre d’ores et déjà une provision de 680 millions d’euros qui pèsera sur les comptes d’Airbus dès ce premier trimestre. L’empressement à mettre en oeuvre rapidement Power 8 traduit une crainte de le voir être remis en cause. Confrontée à la forte opposition des salariés en France comme en Allemagne, la direction d’EADS doit désormais faire face à l’hostilité de l’opinion - publique. Ainsi, selon le sondage CSA réalisé pour notre journal, 82 % des personnes interrogées soutiennent ou éprouvent de la sympathie envers la mobilisation des salariés de l’avionneur européen.

Dans ce contexte, la politisation du dossier Airbus va croissante. Les candidats de droite ont tout à craindre des conséquences électorales désastreuses que ne manquerait pas d’avoir une gestion calamiteuse du dossier. Airbus pourrait être, en effet, l’occasion pour une gauche, aujourd’hui en difficulté, de se - remettre en selle en pointant les véritables responsables de la situation d’Airbus. À savoir les actionnaires privés d’EADS et la Banque centrale européenne avec sa politique de l’euro fort. Le candidat de l’UMP, Nicolas Sarkozy, ne s’y est pas trompé. Il multiplie depuis jeudi soir les déclarations mettant en cause le groupe Lagardère et Daymler-Chrisler et critiquant la politique monétaire de l’UE.


« Airbus est structurellement viable »

La réaction de Xavier Petrachi, délégué syndical central CGT, après l’annonce des comptes d’exploitation négatifs de l’avionneur.

« Ces chiffres d’exploitation présentés par Louis Gallois ne - représentent rien de structurel. Cette entreprise reste plus que jamais profitable et viable. Avec le plan Power 8, la direction voudrait nous faire croire à une situation - catastrophique du groupe qui oblige à se séparer de 10 000 emplois. Mais la perte d’exploitation de 572 millions d’euros n’est qu’un résultat momentanément négatif qui ne doit pas masquer une année positive de 2,3 milliards d’euros et un carnet de commandes rempli pour une valeur de 200 milliards d’euros. Cette perte est essentiellement due à l’impact du programme de l’A380 et aux - pénalités de retard, mais elles seront gommées dès la livraison du trentième appareil. Et sachant que près de 150 commandes d’A380 sont prévues, la perspective est plus que - raisonnable ! C’est juste une parenthèse négative qui est gommée par la trésorerie du groupe : EADS a une trésorerie supérieure à 4 milliards alors que l’impact de l’A380 ne dépasse pas 2,5 milliards. Une fois le 30e appareil vendu, il y aura alors de - l’argent dans les caisses pour - financer l’A350, prévu pour 2015.

EADS et Airbus restent positifs mais un choix a été fait pour faire supporter tous les coûts aux salariés. Si le conseil d’administration d’EADS ne prévoit ni prime d’intéressement ni augmentation salariale, il a quand même prévu de reverser un dividende aux actionnaires lors de l’assemblée générale. Preuve que la « chute » des résultats n’est pas si préoccupante... C’est pour cela que, le 16 mars à Bruxelles, nous irons demander des - explications... »


La gauche franco-allemande à l’offensive

La candidate Marie-George Buffet, l’euro-député Francis Wurtz et les dirigeants du Linkspartei d’Allemagne, Lothar Bisky, Gregor Gysi et Oskar Lafontaine, appellent ensemble à l’action pour le retrait du plan Power 8.

« Le plan Power 8 est une menace pour Airbus, pour l’aéronautique européenne », ont déclaré ensemble à Berlin Marie-George Buffet, candidate de la gauche populaire à l’élection présidentielle, Francis Wurtz, eurodéputé et président du groupe de la GUE, Lothar Bisky, Gregor Gysi et Oskar Lafontaine, dirigeants du Linkspartei d’Allemagne. Ils demandent le retrait de ce « plan de sauvetage » d’Airbus « qui n’apportera aucune solution aux problèmes posés. Il n’est pas acceptable que les actionnaires privés se dérobent de leur responsabilité au moment où il faut engager des moyens pour les investissements d’avenir après avoir tiré d’énormes dividendes de l’immense succès de l’A320 », expliquent-ils. Le plan Power 8 doit être rejeté selon eux car « les carnets de commandes du groupe assurent aujourd’hui sept années de travail pour tous ».

Les dirigeants progressistes français et allemands proposent de « réorganiser, à partir d’un projet industriel et non financier, d’une logique d’efficacité sociale et d’intérêt général la gestion d’Airbus et d’EADS ». « Maîtrise publique et démocratie économique », « engagement des instances européennes », « responsabilité » des États sont les maîtres mots de leurs propositions. « De nouveaux droits et pouvoirs d’intervention conséquents sont à accorder aux salariés de toute la chaîne », précisent-ils. « Nous demandons aux États concernés de cesser de plaider l’impuissance. Il faut mettre au coeur des solutions, avec le financement, la question d’une maîtrise publique dans un domaine aussi important que l’aéronautique. Une remontée en charge importante du poids du public doit être opérée, sous des formes diversifiées (États, organismes financiers publics...) pour aller vers une entité publique européenne dont le but est le développement de l’emploi, la pérennité des différents sites, le développement de l’outil industriel, la recherche de solutions nouvelles en matière de développement », - insistent-ils. Airbus, connaissant un grand succès, « doit pouvoir être financé par des prêts à très faibles taux de la Banque européenne d’investissement (BEI) pour favoriser l’emploi, la formation, la recherche-développement. Pour cela la BEI doit pouvoir compter sur l’appui de la Banque centrale européenne, qui doit servir à cela au lieu de favoriser la finance et la spéculation ». Les dirigeants progressistes européens mettent en cause ainsi les règles de fonctionnement de la BCE et de l’OMC. « Elles doivent être transformées », - affirment-ils.

Les cinq dirigeants expriment ensemble leur « soutien à la lutte », leur « contribution au débat sur les solutions ». « Nous soutenons la journée d’action européenne du 16 mars. Nous sommes convaincus qu’une nouvelle fois un projet européen néolibéral, Power 8, peut être mis en échec », ont-ils conclu.

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