Liste des auteurs

Alain Raynal , Paul Falzon | L’Humanité du 28 février 2007

Airbus : l’annonce des mauvais coups

mercredi 28 février 2007 par Alain Raynal, Paul Falzon
Aéronautique . Louis Gallois précise aujourd’hui les mesures de Power 8. Avec à la clé des milliers de suppressions de postes et des ventes de sites industriels.

C’est ce matin lors de la réunion du comité de groupe européen qui se déroule à Toulouse au siège de l’avionneur, puis à 4 200 devant le comité central d’entreprise, immédiatement suivi des réunions des comités d’entreprises de Nantes, Saint-Nazaire, Méaulte et Toulouse que les représentants des personnels seront enfin fixés sur le contenu précis du traitement de choc que leur inflige le plan de restructuration baptisé Power 8 . Le président d’Airbus, Louis Gallois, doit rendre publiques ces mesures à l’occasion d’une conférence de presse.

Un nouveau plan validé à l’unanimité par les actionnaires

L’annonce avait été reportée une nouvelle fois la semaine dernière en raison de désaccords entre actionnaires allemands et français sur la répartition industrielle entre pays et sur le nombre respectif de cessions de sites. Réuni en toute discrétion lundi, le conseil d’administration d’EADS, la maison mère du constructeur aéronautique, a validé à l’unanimité, c’est-à-dire avec le soutien des actionnaires privés et publics, la nouvelle mouture de ce plan. Power 8, selon le communiqué d’EADS, « permettrait à Airbus de faire face au défi de la faiblesse du dollar, de supporter les coûts financiers relatifs aux retards de l’A380 et les futurs besoins de financement ». Il est indiqué que ce plan « générera 2,1 milliards d’euros de contribution annuelle » (résultat d’exploitation) à partir de 2010, et en outre 5 milliards d’euros de trésorerie cumulée de 2007 à 2010 ».

une réputation acquise sur le dos des salariés

Dans l’attente d’informations plus concrètes, la presse des deux côtés du Rhin s’accorde toutefois sur l’ampleur des coups portés à l’emploi ainsi qu’aux structures industrielles du constructeur aéronautique. D’après le quotidien Die Welt, les sites français et allemands subiraient 7 700 suppressions de postes, dont 4 200 en France. Les usines de Méaulte et de Saint-Nazaire ville seraient cédées ainsi que celles de Varel et Nordenham en Allemagne. Louis Gallois devrait également annoncer la nouvelle répartition industrielle. L’Allemagne pourrait se voir confier aux alentours de 2013 la future génération de la famille des A320, alors que la France assemblerait l’A380 et l’A350.

Des milliers de suppressions d’emplois, des ventes de sites industriels, tout cela n’a pas empêché, hier, le ministre des Finances, Thierry Breton, de juger « équilibré et équitable » ce plan de - restructuration d’Airbus. « Grâce à lui, a-t-il poursuivi, Airbus aura les moyens de continuer à être un leader mondial de l’aéronautique et une fierté européenne ». Oubliant sans doute que si Airbus est devenu leader mondial, on le doit avant tout au savoir-faire, aux études et au travail accumulé par des dizaines de milliers de salariés, ingénieurs, employés, cadres, techniciens, ouvriers. Les mêmes à qui l’on va demander aujourd’hui de payer la facture d’une politique dont ils ne sont en rien responsables, celle d’un euro toujours plus fort face au dollar, menée par la Banque centrale européenne. De faire aussi les frais des déboires de l’A380. Les mêmes encore, que l’on va inciter à travailler toujours plus intensément pour répondre aux carnets de commandes record déjà remplis pour les cinq ans à venir. Les syndicalistes européens de la métallurgie se réunissaient hier à Bruxelles (lire ci-contre) pour étudier une riposte commune.


La mobilisation s’organise en Europe

Les représentants syndicaux d’EADS ont créé hier à Bruxelles une plate-forme pour préparer des actions communes contre le plan Power 8.

Au terme de cinq heures de réunion, les représentants syndicaux de toutes les composantes d’Airbus [1] ont formé hier une « plate-forme » pour mettre en oeuvre une stratégie commune face à la direction. Leur texte de revendications rejette tout projet de fermeture ou de cession de sites, ainsi que tout « licenciement forcé ». S’ils ignoraient encore les détails du plan Power 8 qui seront révélés ce matin en comité européen d’entreprise, les syndicats ont prévenu qu’ils lanceraient une « grande mobilisation » si la direction n’accédait pas à leurs demandes. Une journée d’action européenne, qui concernera tous les sites d’EADS et pas seulement ceux d’Airbus, sera organisée « dans les deux

ou trois prochaines semaines » - délai qui s’explique notamment par les contraintes législatives pesant sur le droit de grève au Royaume-Uni. D’ici là, le dirigeant de la Fédération européenne de la métallurgie (FEM) et organisateur de la rencontre, Peter Scherrer, a laissé entendre que des actions seraient « certainement organisées » au niveau national. La FEM devait apporter hier son soutien aux salariés du site de Méaulte, après leur grève spontanée déclenchée dans la matinée.

Tous les représentants syndicaux français présents, dont Pierre Barauden, de la CGT, et Philippe Fraysse, pour FO, ont insisté sur l’importance de la nouvelle plate-forme pour parvenir à une « unité d’action » au niveau européen. « Contrairement à ce qu’on a pu lire dans la presse, il n’y a aucune dissension entre les syndicats de France et d’Allemagne mais au contraire une volonté d’aboutir à un consensus le plus large possible », appuyait Pierre-Henri Coat, de la CFDT.

Alors que les carnets de commandes sont pleins pour les cinq ans à venir, des membres de la plate-forme estimaient hier que le chiffre de 8 000 à 10 000 suppressions d’emplois dans toute l’Europe est « disproportionné » par rapport aux difficultés actuelles. Le texte commun des syndicats met en outre en avant les risques d’un tel cataclysme social, qui pourrait notamment menacer « la position de pointe d’EADS en matière de technologie ». Les syndicats se sont dits prêts en revanche à ouvrir un dialogue sur la « modernisation des structures de gestion de l’entreprise », dont la défaillance a été mise au jour par les difficultés de l’A380, ainsi que sur une éventuelle accélération des cycles de développement de nouveaux appareils. « Il faut plus d’investissement dans la recherche et l’innovation » pour faire face à la concurrence internationale, a estimé Peter Scherrer. Le dirigeant de la FEM a indiqué qu’un « contact permanent » avait été établi avec la Commission européenne mais sans évoquer de résultats. La plate-forme va chercher dans les prochains jours à nouer le dialogue avec des députés européens, où elle pense trouver le « soutien politique » le plus efficace.

[1] Représentant cinq pays : France, Allemagne, Espagne et Royaume-Uni, plus la Belgique où sont installés des sous-traitants.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !