Liste des auteurs

Bruno Vincens | L’Humanité du 04.08.2011

Airbus se prend les ailes dans la sous-traitance

mardi 9 août 2011 par Bruno vincent
L’avionneur européen a confié les tâches de production à des petites et moyennes entreprises qui peinent à répondre à l’abondance des commandes. Il voulait réduire les coûts et partager les risques et se trouve bridé par sa propre politique.

Cela s’appelle une contradiction  : Airbus a externalisé au fil des ans une large part de la fabrication des avions vers des milliers de PME sous-traitantes et, au moment où la charge de travail devient plus abondante, ces mêmes entreprises ne sont pas assez importantes pour augmenter leurs capacités de production. Airbus a voulu réduire les coûts et partager les risques avec des plus petits que lui mais se trouve aujourd’hui bridé par sa propre politique. Il ne va pas être simple de répondre dans les délais aux commandes des compagnies aériennes.

DE 38 à 42 exemplaires seront produits par mois

Environ quatre mille 
avions doivent être livrés avant la fin de la décennie. Le succès phénoménal du monocouloir A320 est pour beaucoup dans cette abondance de commandes, surtout sa version A320 Néo, disponible à partir de 2013 et moins consommatrice en carburant. S’ajoutent aussi les deux derniers nés qui pointent le bout de leur fuselage et ouvrent de nouveaux marchés  : l’appareil militaire A400M et l’A350 encore en phase de prototype. Airbus va-t-il profiter pleinement de ses succès  ? L’avionneur européen a prévu d’augmenter les cadences sur les chaînes d’assemblage de l’A320. La production totale des trois sites concernés (Hambourg, Toulouse et Tianjin, en Chine) s’élèvera d’ici un an de 38 à 42 exemplaires par mois. Peut-être même 44… La chaîne toulousaine, qui fonctionne en deux-neuf, connaîtrait de nouveaux horaires pour accroître la production. Il est établi que des embauches vont avoir lieu, ainsi que des heures supplémentaires pour les ouvriers. Une autre organisation du travail s’annonce. Mais à quoi pourrait bien servir la chaîne d’assemblage la plus performante si, en amont, les entreprises sous-traitantes sont incapables de livrer dans les délais les éléments qui composent l’appareil  ? Car Airbus produit de moins en moins les pièces de ses avions. «  Nous ne réalisons que 5 % du câblage  », explique Georges Daout (CGT), délégué du personnel.

Les fournisseurs, dont la taille est très variable, auront les pires difficultés à investir dans l’outil de production s’ils ne reçoivent pas le soutien des banques, jusqu’ici très réticentes. Georges Daout rappelle que son syndicat propose depuis dix ans la création d’un «  pot commun  », abondé par Airbus et les donneurs d’ordres, pour aider les sous-traitants. L’avionneur européen, quant à lui, pense résoudre la contradiction en incitant ses sous-traitants à se regrouper, à mutualiser, par exemple, leurs bureaux d’études. De manière plus triviale, Airbus exige d’eux qu’ils se débrouillent et qu’ils respectent les délais. «  On risque d’assister à des fusions, des rachats, prévoit Georges Daout. Il est possible que de petits sous-traitants soient mangés par plus gros qu’eux.  » En fait, cette politique est déjà en œuvre puisque le nombre de sous-traitants dans le monde a chuté ces dernières années de 15 000 à 7 000, surtout en raison des mesures drastiques du plan Power 8 qui redessinait le schéma industriel. «  Le sous-traitant de premier rang fait écran et nous avons peu de lisibilité sur les sous-traitants des rangs suivants  », regrette Georges Daout. En revanche, cette difficulté à accroître les capacités de production vient de mettre en lumière un nouvel effet pervers du recours systématique à la sous-traitance.

Airbus délocaliserait encore

Airbus autorise le licenciement de 180 salariés qui assuraient jusqu’alors la gestion du plateau téléphonique pour le dépannage informatique de ses agents à l’international. Le licenciement intervient à la suite d’un changement de sous-traitant. T Systems et Spie infoservices, qui géraient le plateau téléphonique, en ont été dessaisis au profit de Computacenter. Selon Libération, Toulouse, elle délocaliserait à l’étranger le service, pourtant peu coûteux. 
Du fait d’un contrat de travail singulier, les salariés licenciés
ne toucheront qu’une indemnité partielle de licenciement.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !