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Article de Nathalie VERSIEUX paru dans Libération le 24 juillet 2006

Allemagne : vers un âge d’or du senior

lundi 24 juillet 2006 par Nathalie VERSIEUX
Pour trouver du personnel qualifié, des firmes lancent des campagnes vers les plus de 50 ans.

Et si l’avenir appartenait aux vieux ? Cinq millions de chômeurs (dont 2,1 millions ont plus de 50 ans) d’un côté et de grosses difficultés à recruter du personnel qualifié de l’autre. Bien des entreprises allemandes se cassent les dents sur cette équation désormais classique des économies de la vieille Europe. Pourtant, alors que le gouvernement d’Angela Merkel vient d’annoncer un important plan en faveur des chômeurs de plus de 50 ans (lire ci contre), plusieurs entreprises, grandes ou moyennes, redécouvrent les charmes du « senior ».

A l’image de Fahrion engineering. L’entreprise, située près de Stuttgart, conçoit des usines pour l’industrie automobile, la construction aéronautique ou navale. « Les ingénieurs âgés sont une pépite d’or », assure le patron, Otmar Fahrion, 62 ans. Cette grosse PME a souffert pendant les années du boom de la nouvelle économie : six départs de jeunes ingénieurs en quelques mois, et dix-sept candidats seulement pour un poste vacant au début des années 2000. Jusqu’à la publication de cette petite annonce provocante, « trop vieux à 45 ans, inutile à 55 ans ? », encourageant les ingénieurs seniors à poser leur candidature. L’annonce a donné lieu à un véritable raz de marée : « 700 candidatures en quelques semaines, dont 170 au moins correspondaient tout à fait au profil recherché. » Enthousiaste, Otmar Fahrion recrute alors douze personnes au lieu des quatre postes initialement prévus. « Les candidats âgés ont une vraie connaissance du travail, de bonnes connaissances en langues et en cultures étrangères. Ils sont moins impulsifs, mieux à même de résoudre les conflits, plus flexibles et moins souvent malades que les jeunes », résume Otmar Fahrion.

« Expérience avec la clientèle. » « Embaucher un chômeur de plus de 50 ans, c’est l’assurance d’avoir quelqu’un de motivé », renchérit Reinhold Gütebier, le gérant du distributeur d’ameublement Segmüller. Pour l’ouverture d’un nouveau magasin de la chaîne, Segmüller a délibérément recruté des seniors avec une petite annonce offensive : « Attention ! Nous ne nous contentons pas d’embaucher des plus de 50 ans. Nous les recherchons délibérément ! » Déclenchant une avalanche de 400 candidatures. 21 % des emplois créés ont finalement été confiés à des plus de 50 ans. « Un vendeur plus âgé est pris au sérieux par la clientèle. Les seniors sont fiables, ils s’identifient à leur entreprise, et contrairement à une idée reçue, ils ont un taux d’absentéisme plus faible que les jeunes », assure Gütebier.

A Berlin-Est, un supermarché de la chaîne Netto a choisi de n’embaucher que des vendeurs de plus de 45 ans, « peut-être moins rapides, mais disposant d’un avantage de taille : leur expérience avec la clientèle ! », assure la porte-parole du groupe.

Même son de cloche chez BMW à Leipzig. « Rentable ». A l’ouverture de sa nouvelle usine d’ex-RDA, le constructeur soucieux d’obtenir une pyramide des âges équilibrée, a embauché 2 300 personnes entre 2001 et 2004. 27 à 28 % de ces nouveaux salariés ont aujourd’hui entre 40 et 50 ans. 5 % ont plus de 50 ans. « Ce n’est pas par souci d’humanité qu’on a embauché des seniors, assure le directeur du personnel Ernst Baumann. A long terme, cette stratégie est rentable pour nous. Qui n’embauche que des personnes de 35 ans aujourd’hui sera confronté à de graves problèmes dans 30 ans ! » Les entreprises allemandes n’auront de toute façon bientôt plus le choix. Evolution démographique oblige, la population active va chuter, selon les prévisions, de 36 millions de personnes à l’heure actuelle à 30 millions en 2050.


Le plan de relance « Initiative 50+ »

Le ministre allemand du Travail, le social-démocrate Müntefering, a présenté la semaine dernière son plan de relance de l’emploi pour les chômeurs de plus de 50 ans. Baptisé « Initiative 50 + », ce programme est l’une des pierres angulaires d’un autre grand projet : le passage progressif à partir de 2012 à la retraite à 67 ans, au lieu de 65 à l’heure actuelle. « Aujourd’hui, 45 % des plus de 55 ans ont un emploi. Mon objectif est que 50 % de ce groupe d’âge travaille encore en 2010 », précise l’ancien bras droit de Schröder, devenu vice-chancelier et ministre du Travail d’Angela Merkel. Pour ce faire, deux mesures doivent remettre 100 000 chômeurs de plus de 50 ans sur le marché du travail.

Le gouvernement veut d’abord inciter les chômeurs à accepter n’importe quel boulot ou presque. Tout senior au chômage qui accepterait un poste moins bien payé que son dernier emploi devrait recevoir un complément de salaire : 50 % de la différence de salaire net pendant la première année, 30 % l’année suivante. Coût total : 250 millions d’euros selon le ministre, et 50 000 chômeurs ramenés à la vie active à moyen terme.

Les entreprises seront également incitées à embaucher des chômeurs âgés : le gouvernement envisage de verser pendant deux ans une incitation financière à tout patron qui recruterait un senior en fin de droits et lui donnerait du travail pendant au moins un an. Coût : entre 200 et 300 millions d’euros par an. Là encore, 50 000 chômeurs âgés devraient en profiter.

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