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Entretien réalisé par Paule Masson paru dans L’Humanité du 22 avril 2006

« Aller vers un contrat d’unité durable »

samedi 22 avril 2006 par Paule Masson
Par Pierre Héritier, créateur du Forum syndical européen, ancien dirigeant de la CFDT

Dans un article publié par la revue Mouvements en février dernier, vous déplorez l’éclatement du syndicalisme français. Vous sembliez alors craindre qu’il soit condamné à la division à perpétuité ?

Pierre Héritier. Depuis 1947, toutes les tentatives de rapprochement entre les syndicats ont échoué. Aussi bien entre la jeune CFDT et FO, en 1964, qu’entre la CGT et la CFDT, en 1978, malgré la prise de risque de Georges Séguy au congrès CGT de Grenoble. À l’époque, Edmond Maire, plutôt favorable à cette ouverture, n’avait pas pu vaincre les réticences internes. Ce fut la plus belle occasion ratée ! Mais alors, l’ouverture de Georges Séguy constituait un pari car les problèmes de fond - indépendance, démocratie, garantie du pluralisme - n’étaient pas réglés.

Mais aujourd’hui, l’unité réalisée contre le CPE ne constitue-t-elle pas une occasion nouvelle ?

Pierre Héritier. Une occasion à ne pas rater ! L’unité d’action totale tout au long du mouvement, d’un long mouvement, indique la direction à suivre et permet d’évaluer l’apport de l’unité d’action réalisée.

Elle fut la condition du succès et elle va marquer les esprits : quand on est unis on gagne ; divisés, on perd et on s’affaiblit, tous et chacun. Par ailleurs, cette unité a été et restera aussi un facteur de crédibilité auprès de la jeunesse. C’est un point fondamental. Les jeunes ont été starter et moteur de ce mouvement, l’unité en a été le carburant. Sans les jeunes, pas de mouvement. Sans unité, pas de durée, pas d’efficacité et sans doute bien des déceptions. N’oublions pas que les jeunes sont l’avenir. L’avenir du pays d’abord, mais aussi du syndicalisme confronté à un gros problème de vieillissement. Tous les grands mouvements apportent une vague nouvelle d’adhérents, de militants et de futurs dirigeants. Les syndicats, en difficulté à l’automne dernier, ont bénéficié de cette divine surprise qui peut leur permettre de se régénérer. À condition de passer d’un « contrat d’unité précaire exceptionnelle » (le CUPE) à un « CUDI », contrat d’unité durable illimitée.

Qu’est-ce qui pourrait, selon vous, permettre d’en réunir les conditions ?

Pierre Héritier. Je pense que les jeunes aspirent à l’unité. Une grande partie de la population salariée le souhaite ardemment. Les organisations sont en retrait par rapport à cette attente. Les divisions s’expliquent par l’histoire. Plusieurs conceptions du syndicalisme se sont affrontées sur la démocratie syndicale, les rapports entre syndicats et partis, l’appréciation des régimes se réclamant du communisme. Cela, aujourd’hui, c’est le passé. Cette histoire, il serait bon d’en faire une relecture à plusieurs voix pour la dépasser. Comme le dit Lilian Thuram à propos de la question d’intégration : « Il faut connaître son histoire pour vivre ensemble. » Mais les causes de ces divisions ne sont plus comprises, ni même visibles aux yeux des nouvelles générations. L’histoire des divisions, c’est notre histoire, pas la leur.

Toutes les raisons qui ont justifié les scissions et les divisions ont disparu parce que le contexte a profondément changé, et l’ouverture de la CGT lancée par Louis Viannet et poursuivie par Bernard Thibault ne prête ni à confusion ni à interprétation. Aujourd’hui, tous les syndicats - il y en a sept ou huit - partagent la même volonté d’autonomie et de démocratie. Tous veulent regrouper les salariés, les chômeurs, les jeunes dans le respect du pluralisme et de la diversité. Pourquoi alors ne pas sortir des vieux schémas et de l’ornière de la division où chacun s’enlise pour des raisons de « fonds de commerce » bien que le chiffre d’affaire de la boutique chute de façon menaçante ! ? Il serait temps de parler d’unité, au moins de regroupement. La pleine capitalisation de cette idylle avec les jeunes exige une remise en cause du statu quo. Le débat syndical n’est plus un débat entre les confédérations, mais un débat interne à chaque confédération et transversal à l’ensemble des confédérations.

Pourquoi allez-vous jusqu’à parler de regroupement ?

Pierre Héritier. Elles ne seront jamais mûres si l’on rentre dans l’attentisme. Les jeunes on besoin d’un grand dessein structurant et mobilisateur. Les salariés, les syndiqués, les militants aussi. Le débat sur la réunification est-il un point d’aboutissement ou un levier pour une adaptation du syndicalisme aux évolutions, en particulier celle du salariat ? Tout regroupement doit être encouragé à condition qu’il ne ferme pas la porte à un rassemblement plus général du syndicalisme. Le débat ne peut rester confiné dans les enceintes militantes. L’opinion publique, les salariés doivent être interpellés et pouvoir peser dans ce débat. Les formes de communication actuelles, et pas seulement le Net, accroissent à l’infini les possibilités d’échanges.

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