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Jean-Michel Bezat | Le Monde le 15 juin 2007

Areva, numéro un du nucléaire, entend doubler dans les cinq ans sa production d’uranium

vendredi 15 juin 2007 par Jean-Michel Bezat

Après avoir été boudé pendant vingt ans, le "yellow cake", concentré issu du broyage, du concassage et du traitement chimique du minerai d’uranium avant enrichissement, est redevenu une denrée fort appréciée.

Depuis 2005, la course au rachat de mines d’uranium s’accélère et les prix s’envolent. Comme ses concurrents, le groupe français Areva, qui veut faire passer sa production d’uranium de 6 000 tonnes en 2005 à 12 000 tonnes en 2011, cherche depuis trois ans à étendre son domaine minier.

Déjà bien implanté au Niger, au Canada et au Kazakhstan, le numéro 1 mondial du nucléaire avait vu gros, en 2005, en tentant de prendre une forte participation dans Olympic Dam, la mine géante du groupe australien WMC, finalement rachetée par l’anglo-australien BHP Billiton. Areva discute actuellement du rachat du producteur canadien UraMin, qui dispose de permis en Afrique du Sud, en Namibie et en Centrafrique et vaut 1,4 milliard d’euros au cours actuel. "Nous discutons aussi avec d’autres petites sociétés minières", précise un porte-parole.

Début juin, SXR Uranium One a annoncé le rachat d’un autre canadien, Energy Metal Corporation pour 1,5 milliard de dollars (1,1 milliard d’euros), créant le numéro deux mondial du secteur par les réserves, derrière Cameco, lui aussi canadien. Un poids lourd qui sera bien placé pour répondre à la demande des exploitants des 104 réacteurs nucléaires en service aux Etats-Unis. Par ailleurs, à côté des géants miniers (BHP Billiton, Rio Tinto, Areva...) de petites sociétés tentent de se développer sur ce marché.

Ce n’est pas l’épuisement des réserves mais leur sous-exploitation qui menace les producteurs d’électricité. "Pendant vingt ans, les prix sont tombés à environ 10 dollars la livre, contrecoup des espérances exagérées dans le développement des réacteurs nucléaires (sur 1 800 gigawatt (GW) envisagés, seuls 370 GW ont été réalisés)", rappelle Bertrand Barré, conseiller d’Areva. Les électriciens ont revendu leurs stocks tandis que le marché devait absorber les réserves militaires mises en vente à la fin de la guerre froide. Les mines ont fermé (en France en 2001), des compagnies ont fait faillite et toute exploration a été arrêtée.

La course à l’uranium n’a repris qu’en 2004, quand plusieurs pays ont décidé de lancer ou de relancer la construction de centrales. Jusqu’ici, l’écart entre la production minière (45 000 tonnes) et la consommation des réacteurs (70 000 tonnes) a pu être comblée par le recyclage du combustible usagé et la conversion des stocks militaires. Mais ces derniers s’épuisent et la pénurie menace.

Les pays consommateurs se réveillent. La Chine veut constituer des réserves stratégiques d’uranium. Les pays producteurs veulent valoriser leurs gisements, même s’ils rencontrent parfois l’opposition des écologistes. Le gouvernement tchèque vient d’annoncer que l’exploitation de la seule mine d’uranium d’Europe sera prolongée. Le Niger a récemment accordé une dizaine de permis d’exploration à des groupes canadiens. Longtemps réticente à mettre pleinement en valeur ses ressources, l’Australie (40 % des réserves prouvées) a décidé de produire plus.

L’ouverture d’une mine prenant dix à quinze ans, mineurs et électriciens doivent investir dès maintenant pour sécuriser les approvisionnements et alimenter les réacteurs de nouvelle génération mis en service en 2015-2020.

EDF a décidé de réduire sa dépendance à son fournisseur historique Areva. Depuis 2004, il cherche à "accéder à des zones géographiques à fort potentiel" (Australie, Asie centrale). Certains se demandent si le groupe ne devrait pas investir directement dans des mines. Des analystes pensent aussi que Total, qui envisage de se diversifier dans le nucléaire, devrait reprendre des activités minières abandonnées il y a des années par Elf-Aquitaine.

Aujourd’hui à plus de 100 dollars la livre, l’uranium naturel n’a jamais été aussi cher (même s’il ne représente que 5 % du prix de revient du mégawatt/heure). Preuve qu’il a retrouvé sa cote des années 1970, le Nymex (New York Mercantile Exchange) envisage l’ouverture d’un marché à terme.

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