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Article de Christian LOSSON Paru dans Libération le 9 décembre 2006

Au Bangladesh, les vraies victimes de la mode

samedi 9 décembre 2006 par Christian LOSSON

Les fashion victims font des victimes oubliées. Les petites mains surexploitées, occupées à coudre dans des sweatshops (usines à sueur) du Bangladesh, où la main-d’oeuvre vit sous servage. L’ONG britannique War on Want en a apporté une nouvelle preuve hier [1], dans un rapport accablant. Pointés du doigt, Asda, la filiale anglaise de Wal-Mart (leader mondial de la grande distribution), Tesco, le numéro 3 mondial du supermarché, ainsi qu’une autre firme de fringues à bas prix, Primark.

L’ONG a interrogé 60 employés dans six ateliers de Dacca où s’épuisent 5 000 personnes. Dans le monde rêvé ­ de profits ­ des actionnaires de ces firmes, les employés ­ dont deux tiers de femmes ­ travaillent en moyenne 80 heures par semaine (jusqu’à un maximum de 96 heures hebdomadaires, sans compter 140 heures sup’ par mois, souvent non payées, sous peine de licenciement). Le tout payé 8 centimes d’euro de l’heure. Les droits du travail y sont nuls, les syndicats bannis.

« Qui paie ? » Tesco, Asda et Primark nient de telles pratiques. Discourent commerce éthique ou audits de contrôle. Invoquent les nouvelles technologies ou la bonne distribution pour expliquer le boom de leurs ventes. Mais, derrière les stratégies de vendre au plus bas prix ­ le prix des vêtements et des chaussures a baissé de 14,4 % entre 2001 et 2005 en Grande-Bretagne ­ à une clientèle qui ne s’émeut guère de l’envers du décor, la réalité est tout autre. Comme le dit au quotidien The Guardian Mohammed Luftor Rahman, de la fédération textile bangladaise : « On nous demande des issues de secours, des toilettes, mais qui paie pour ces choses ? Quand on veut plus d’argent pour les améliorer, on nous répond que la Chine est très bon marché... »

Salaires baissés. Résultat ? Les conditions de travail empirent pour les deux millions de salariés textiles du Bangladesh, en dépit de manifestations monstres ( Libération du 8 août). Les salaires des 368 000 employés de Tesco ont aussi baissé de 10 % l’an passé. Mais son président s’est offert 7,5 millions de dollars dans le même temps ( Libération du 5 octobre) ! Nouveau dommage collatéral de l’abrogation des accords textiles à l’OMC ouverts à la libéralisation depuis 2005 ? Pour conserver des parts de marchés, les sweatshops réduisent de facto les ouvriers à un quasi-esclavage.


War on Want, ONG en guerre

La pauvreté est politique. Créée en 1951, cette association « alter » est au coeur des campagnes dénonçant l’hypocrisie des pays riches et le rôle des multinationales dans le monde. Annulation de la dette, juste commerce, taxe sur les flux financiers, etc. L’ONG bosse avec des collectifs locaux, des syndicats et des groupes paysans dans 19 pays. Qu’elle aide à hauteur de 1,5 million d’euros par an.

[1] www.waronwant.org

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