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Paule Masson | L’Humanité du 29.01.2009

Aujourd’hui la France s’arrête

jeudi 29 janvier 2009 par Paule Masson
Grève . Quelque 200 manifestations et des milliers d’arrêts de travail sont annoncés dans le secteur public et privé. Un test social grandeur nature pour le chef de l’État.

« La France n’est pas le pays le plus simple à gouverner, c’est un pays éruptif. » Nicolas Sarkozy ne croyait pas si bien dire quand il glissait cette réflexion à l’oreille de quelques journalistes à l’issue de ses voeux aux partenaires sociaux. Aujourd’hui, les quelque 200 manifestations et milliers d’arrêts de travail, organisés partout sur le territoire pour faire entendre la voix des salariés, jeunes, parents, retraités, ouvriers, intellectuels, cadres, militants associatifs, politiques, syndicalistes - cette « France d’en bas » qui ne veut pas payer l’addition de la crise - sont là pour lui rappeler qu’à trop gouverner contre eux, la machine s’enraye. Aujourd’hui, elle s’arrête même. L’appel lancé par les huit syndicats, unis autour d’une plate-forme revendicative, a été entendu bien au-delà des « habitués » des journées de mobilisation. La France s’apprête à connaître aujourd’hui une de ces fièvres sociale dont elle a le secret.

Sarkozy a

déjà sa bourde

« Le gouvernement doit prendre la mesure de ce qui va se passer. Il ne peut pas considérer que c’est uniquement un mauvais moment à passer ou une angoisse légitime à exprimer sans que cela ait des répercussions sur la manière dont il raisonne face à cette crise », a averti hier Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, tandis que Jean-Claude Mailly, son homologue de FO, prédisait : « L’idéal serait qu’il y ait le sentiment que le pays est bloqué pendant une journée. Le président de la République s’apercevra alors qu’une journée de grève, ça se voit ! ». Quand on « gouverne » un pays comme la France, il faut savoir ne pas prononcer les mots qui s’incrustent dans la mémoire collective et résonnent ensuite comme un reproche permanent. Jospin traîne encore son : « L’État ne peut pas tout. » Sarkozy a déjà sa bourde, quand il a lâché, devant ses amis de l’UMP : « Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit. »

70 % des Français

soutiennent la grève

La force de cette journée d’action est d’être parvenue à offrir un terrain d’expression à toutes les colères accumulées. Tout ne commence pas avec le 29 janvier. Depuis plusieurs mois, le front des luttes est très large mais peu visible car centré autour des professions ou mené dans les entreprises. Dans l’automobile, la sidérurgie, la pharmacie, dans les banques, dans les hôpitaux, la justice, l’éducation nationale et plus largement la fonction publique, parmi les postiers, les cheminots, les conducteurs de bus, les mouvements sociaux ne sont invisibles que de ceux qui ne veulent pas les voir. Le gouvernement martèle qu’il doit poursuivre les réformes, privilégier l’aide aux entreprises plutôt qu’un soutien à l’emploi et au pouvoir d’achat, mais sa frénésie de réformes antisociales agit aujourd’hui comme un boomerang : le 29 janvier agrège tous ces mécontentements, qui, pour la plupart, viennent de loin. Voilà qui, pour une part, explique ce que plusieurs sondages confirment ces jours derniers : 70 % des Français soutiennent la grève.

Ils la soutiennent aussi parce que la crise les touche en premier lieu. « Dans les entreprises privées où il n’y a pas obligatoirement une grande tradition d’aller en nombre à ces manifestations, les gens seront présents » parce qu’ils subissent « directement les effets de la crise », témoignait hier François Chérèque, secrétaire général de la CFDT lors d’une rencontre avec des salariés de l’équipementier automobile Faurecia. Depuis la rentrée, les syndicats prédisent, sans se tromper, que les salariés sont la « variable d’ajustement » pour les entreprises. Hier encore, deux poids lourds de l’industrie française, STMicroelectronics et Schneider Electric, ont annoncé des coupes sévères dans les effectifs et des mesures de chômage partiel. Au même moment, l’intersyndicale CFDT, CGT, CFE-CGC, CFTC d’Alcatel Lucent France faisait savoir que la direction leur avait annoncé « un gel des salaires » en 2009. « La direction annonce 0 % », s’étranglent-ils, appelant à manifester « si on ne veut pas que les salariés paient le coût d’une crise dont ils ne sont pas responsables ». Ils seront très nombreux aujourd’hui à exprimer ce sentiment d’injustice, plus fortement ressenti encore, qu’après des années de disette salariale, de chantage aux déficits publics, de pression sur l’emploi au nom de la concurrence, les États trouvent en un temps record des milliards pour sauver les banques et les grandes entreprises.

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