Liste des auteurs

Aurélia Said | L’humanité le 25 aout 2005

Baerenthal Orfèvrerie sous les projecteurs

jeudi 25 août 2005 par Aurélia Said
La révélation faite par l’Humanité redonne espoir aux salariés abusés.

À Baerenthal, les caméras se bousculent. Télés et journalistes envahissent le petit village du pays de Bitche. Depuis notre édition du 22 août, levant le voile sur les agissements douteux de la direction de l’orfèvrerie, une émulation médiatique secoue le village de Moselle. « Je suis envahie par les caméras, » lance Peggy Wambst, la porte-parole de l’orfèvrerie de Baerenthal. Pourtant aucune réaction n’émane des pouvoirs publics « c’est le stand-by pour le moment. On aimerait bien qu’ils interviennent afin que certaines clauses du protocole d’accord soient retirées, comme par exemple celle interdisant de communiquer avec la presse », soutient-elle. Lucien Jacoby, adjoint PS au maire de Baerenthal, explique d’ailleurs la réticence de certains employés à s’exprimer de peur de subir des représailles. Pour sa part, Alain Bocquet, président du groupe communiste à l’Assemblée nationale, a envoyé un courrier au premier ministre l’interpellant vivement. Il dénonce « ce procédé sans nom, pour ne pas dire odieux, ou maintenant, avec de telle pratique, le licenciement et les droits des salariés s’achètent ». Ajoutant qu’un tel agissement ne peut rester sans réaction, il rappelle qu’avec l’aide de son groupe parlementaire, il a déposé une proposition de loi « visant à condamner les pratiques de ces patrons voyous ».

Le 31 mai dernier, le personnel de l’usine avait appris que 25 des 39 postes étaient supprimés et que la production était délocalisée en Chine. L’orfèvrerie devient alors une base de conditionnement où des étiquettes « made in France » sont apposées sur la marchandise produite en Chine. Un chantage de la direction s’opère alors à l’égard des salariés : 11 000 euros d’indemnités extralégales et la signature d’un « protocole d’accord transactionnel » mentionnant la stricte confidentialité de l’accord et de son contenu. Rien d’étonnant lorsque l’on se penche sur les modalités de l’accord : interdiction de parler à la presse ou aux syndicats et d’entamer une quelconque procédure judiciaire.

« C’est une atteinte à des libertés fondamentales ! s’insurge Maître Ralph Blindauer. La Constitution ainsi que la Convention européenne des droits de l’homme défendent la liberté d’expression et de regroupement syndical. L’inspection du travail a largement de quoi dresser un procès-verbal. Si elle n’agit pas, c’est une volonté politique ». De son côté, Roger Tirlicien, secrétaire départemental du PCF, dénonce « l’attitude ambiguë » des pouvoirs publics. « D’un côté, ils reconnaissent l’illégalité de certains points de l’accord transactionnel et de l’autre, ils ne bougent pas ! ». Pour les salariés de Barenthal tout n’est pas perdu. « Je ne leur conseille pas de signer cet accord transactionnel désavantageux pour eux, ils pourraient obtenir beaucoup plus en allant aux prud’hommes. Et même s’ils signent, compte tenu des clauses de nullité qu’il comporte, les salariés gardent la possibilité d’un recours aux prud’hommes » explique maître Blindauer. Il conteste, par la même occasion, les déclarations de Gilles David, patron de l’orfèvrerie, affirmant que les « pouvoirs publics n’ont aucun droit car il s’agit d’un accord privé ». Selon l’avocat, les pouvoirs publics sont tout à fait à même de s’en mêler.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !