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Grégoire BISEAU | Libération le 9 mars 2007

Bercy met des bâtons dans le projet d’éoliennes d’Areva

vendredi 9 mars 2007 par Grégoire BISEAU
Le groupe voudrait prendre le contrôle du fabricant allemand REpower.

Areva est en passe de voir un concurrent lui chiper (une fois de plus) un fabricant d’éoliennes. Pour Anne Lauvergeon, la patronne du groupe nucléaire français, c’est d’autant plus énervant que c’est son actionnaire, l’Etat, qui lui interdit cette diversification estampillée développement durable. Plutôt troublant, au moment où tous les candidats à l’élection présidentielle n’ont à la bouche qu’« énergies renouvelables » et « lutte contre l’effet de serre ». Reprenons.

Escarcelle. En 2003, Areva, détenu à 95 % par l’Etat, jette son dévolu sur un fabricant d’éoliennes danois, Bonus, mis en vente par son propriétaire. A l’époque, l’Agence des participations de l’Etat (APE), qui veille sur le patrimoine de l’Etat, recommande à Francis Mer, alors ministre de l’Economie, de dire non. Motif ? Trop cher. Areva revient à la charge auprès de son successeur, Nicolas Sarkozy. Mais, à l’époque, le patron de l’UMP n’a qu’une priorité : réussir à convaincre Areva de venir soutenir Alstom, alors au bord de la faillite. Tant pis pour Bonus, qui finit par tomber dans l’escarcelle de Siemens.

Le groupe allemand peut d’ailleurs dire merci à Sarkozy : valorisé à l’époque 350 millions d’euros, Bonus vaut aujourd’hui un milliard d’euros. Têtue et convaincue que l’éolien est un bon plan encore abordable, Anne Lauvergeon décide de grignoter le capital d’un autre fabricant, allemand cette fois, REpower.

Actionnaire à hauteur de 29,9 %, Areva décide en janvier 2007 de lancer une OPA amicale sur le reste du capital de REpower (450 personnes). Au prix de 105 euros par action, l’APE dit, cette fois, banco. Le hic, c’est que, le 9 février, le groupe indien Suzlon, cinquième fabricant mondial d’éolienne, propose 20 % de mieux. Evidemment, Areva veut renchérir, mais là, comme l’a révélé hier les Echos, les grands argentiers de Bercy tiquent. « On s’oriente vers une réponse négative de l’APE. Or, le ministre [Thierry Breton, ndlr] a toujours dit qu’il suivrait son avis », raconte-on à Bercy. Areva plaide, elle, que c’est la chance de sa vie. « Il n’y a plus d’opportunité abordable sur le marché. C’est la dernière chance pour un industriel français d’acquérir la compétence en matière d’éolienne », dit-on dans l’entourage du groupe, qui espère encore un arbitrage favorable du gouvernement.

« Garde-fou ». Mais à Bercy, les hauts fonctionnaires ont fait marcher leurs calculettes. « Il y a un vrai risque de bulle verte comme il y en a eu dans Internet, justifie-t-on à Bercy (lire ci-contre). C’est le but de l’APE, de jouer au garde-fou pour éviter les catastrophes comme celle de France Télécom. » Chez Areva, on refuse le parallèle. « La valorisation de REpower repose sur des carnets de commandes, pas sur du n’importe quoi, comme au temps d’Internet », dit-on dans l’entourage du groupe. Décision finale de Bercy dans quelques jours.

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