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Entretien réalisé par Olivier mayer | L’Humanité du 7 décembre 2009

Bernard Thibault  : « Laisser à d’autres la résignation »

lundi 7 décembre 2009 par Olivier Mayer, Bernard Thibault
Le secrétaire général de la CGT, qui va être réélu pour un quatrième mandat, veut faire la démonstration que l’action syndicale est utile. Pour lui, il est normal que des points de vue différents s’expriment.

Nicolas Sarkozy fait 
de l’autosatisfaction 
à propos de sa gestion 
de la crise. Êtes-vous d’accord avec lui  ?

Bernard Thibault. Il y a au moins quelqu’un qui est satisfait de la politique du président de la République, c’est Nicolas Sarkozy. Plus nous avançons, et plus il y a de mécontents. Sur le plan économique et social, sur le plan des réformes. Et le président de la République contribue à rendre le climat malsain avec le type de débats qu’il tente d’imposer, pour des raisons politiciennes mais aussi pour détourner l’attention sur cette politique économique et sociale qu’il conduit. Je ne partage pas l’idée qu’on serait dans la sortie de la crise. Aucun indicateur sérieux ne peut accréditer cette thèse, sauf que les affaires reprennent pour la finance. On nous parle de sortie de crise, mais il y a plusieurs millions de chômeurs supplémentaires en Europe depuis le déclenchement de la crise.

À la CGT, vous voulez valoriser des succès, des avancées  ? Qu’est-ce que ça veut dire dans ce contexte  ?

Bernard Thibault. À chaque fois qu’on peut faire reculer la pression qui s’exerce, depuis plus de vingt ans, sur tout ce que les employeurs et le chef de l’État appellent « le coût du travail », une augmentation de salaire, la conversion d’emplois précaires en emplois pérennes, contredire un plan de restructuration, la préservation d’un service public… il faut l’appréhender comme un succès, même si ça ne change pas profondément la marche du monde. Il faut faire la démonstration que l’action syndicale est utile et laisser à d’autres les messages de résignation.

Une enquête CSA de septembre montre un décrochage des syndicats, de la CGT aussi, dans la fonction publique. Vous payez votre volonté 
de rééquilibrer votre activité vers 
le privé  ?

Bernard Thibault. Nos forces demeurent majoritairement dans le public. Nous ne voulons pas être moins forts dans le public, mais au moins aussi forts dans le privé. Fondamentalement, les fonctionnaires sont en crise d’identité face à la politique de démantèlement, et face au discours les assimilant à une charge pour la collectivité. Dès le rapport introductif au congrès, je ferai la suggestion d’une campagne syndicale sur la place et l’utilité des services publics dans le pays. C’est un enjeu de société. Des batailles se sont menées secteur par secteur. Il faut une convergence de ces luttes.

La stratégie d’action avec l’intersyndicale a montré ses limites. Vous allez y renoncer ou la relancer  ?

Bernard Thibault. Je ne crois pas que ce soit la stratégie de l’intersyndicale qui ait montré ses limites. La dynamique créée au début de l’année 2009 s’est traduite par les mobilisations syndicales les plus élevées que toute l’Europe ait connues. Et c’est la dimension unitaire de ces initiatives qui explique en grande partie leur succès. Il faut mesurer l’évolution de l’état d’esprit des salariés au fil des mois. Les sentiments de colère, d’indignation, de refus de payer pour une crise dont on n’est pas responsable ont fait place à un certain scepticisme sur la possibilité de faire bouger les lignes. Cela renvoie à notre propre capacité à maintenir une mobilisation à un haut niveau dans la durée. Mais l’état de mobilisation ne se mesure pas exclusivement aux actions interprofessionnelles. Il faut regarder ce qui se passe au quotidien dans le pays, même si le journal de 20 heures n’en parle pas.

Lors du congrès de l’Unsa, François Chérèque et Alain Olive ont dessiné une vision commune du syndicalisme, avec une ligne de partage entre un « pôle réformiste » et un « pôle contestataire ». Partagez-vous cette vision  ?

Bernard Thibault. C’est le schéma souhaité par le patronat et le gouvernement. Ils aimeraient des interlocuteurs syndicaux favorables au consensus. Avec les prud’homales, par exemple, ils ont constaté que ce qu’ils appellent « le syndicalisme contestataire » ne peut pas être éliminé du paysage. On essaye donc de forger un bloc qualifié de « réformiste » pour s’y opposer. Ce serait revenir à une sorte de guerre froide intersyndicale. Ce serait servir le patronat et le gouvernement que de leur offrir cette possibilité. Il faut que la CGT reste sur sa démarche unitaire…

Alors, en quelques mots, 
quelle est la démarche de la CGT, 
son orientation  ?

Bernard Thibault. Il ne faut pas réviser ce qu’on a défini depuis plusieurs congrès  : un syndicalisme qui sache contester, mobiliser, proposer et négocier. Il faut mobiliser parce que si les salariés ne se battent pas pour leurs intérêts et leur place dans la société, personne ne le fera pour eux. On attend aussi de nous d’être capables d’élaborer des propositions alternatives aux solutions du gouvernement et du patronat. Si on veut marquer à un moment donné une avancée en faveur des salariés, ça passe par la négociation. Et on ne choisit pas les interlocuteurs qui sont de l’autre côté de la table.

Vous étiez à l’université d’été 
de la CFDT. Vous organisez 
un colloque avec la FSU. On parle 
de bouleversement du paysage syndical. Que souhaitez-vous  ? 
Un rapprochement avec la CFDT  ? Avec la FSU  ?

Bernard Thibault. La CFDT avait décidé de faire son université d’été sur l’avenir du syndicalisme. Elle invite le secrétaire de la CGT pour en parler. Mais il y a quelques années, la CFDT prétendait incarner à elle seule l’avenir du syndicalisme. Alors c’est plutôt la CFDT qui a changé en la matière. Avec la FSU, la démarche est tout à fait différente. Sur beaucoup de valeurs et d’analyses, de conceptions, nous sommes assez proches. Nous avons décidé de travailler un certain nombre de thèmes en commun. Si on entend par rapprochement une fusion, une absorption, ce n’est pas cela qui est à l’ordre du jour. Mais il y a plus à faire entre nos deux organisations en travaillant ensemble sur des contenus.

Quelles réformes des structures 
de la CGT proposez-vous  ? 
Est-ce que c’est remettre en cause l’organisation par fédérations  ?

Bernard Thibault. Non, pas du tout  ! Il n’est pas question de changer l’ossature confédérale de la CGT. Par contre, nous sommes au contact régulier d’un salarié sur quatre seulement. Nous souhaitons que chaque syndicat tienne un congrès d’ici deux ans pour examiner comment élargir son champ de présence et d’intervention. Par exemple, à la centrale de Flamanville, la CGT a fait le choix de devenir un syndicat de site, s’occupant de tous les salariés quel que soit l’employeur, quelle que soit la convention collective dont ils dépendent. À Flamanville, EDF, c’est la moitié du personnel de la centrale. Mais il y a pour la maintenance, le nettoyage, le gardiennage, 20 ou 25 entreprises. Il n’y a pas de modèle à transposer partout, mais nous proposons à chaque syndicat de réfléchir à son périmètre d’intervention.

Pour la première fois, 
une candidature se déclare contre vous. Y a-t-il une opposition à la CGT et que représente-t-elle  ?

Bernard Thibault. Une candidature a été présentée à la presse, pas dans les instances de la CGT. On va présenter le débat dans la CGT comme on présente les débats au sein des partis  : il y aurait une majorité et une opposition. En réalité, la CGT est l’organisation syndicale qui a la plus grande diversité d’adhérents en ce qui concerne les convictions religieuses, philosophiques, politiques… Cette diversité est exigeante. Il est souhaitable que les adhérents puissent s’exprimer dans un débat respectueux des individus et des règles de vie communes. Dans une période aussi lourde qu’aujourd’hui, il n’est pas anormal que des points de vue différents s’expriment. Mais les salariés savent de quel côté est la CGT et les adhérents n’ont pas de doute sur la CGT.

Une commission exécutive 
et un bureau confédéral réduits. 
Vous resserrez la direction autour 
de vous  ?

Bernard Thibault. C’est le comité confédéral national (CCN) de la CGT (fédérations, unions départementales…) qui proposera la direction au vote des syndicats. C’est la commission exécutive qui verra son rôle politique renforcé, d’où la réduction approuvée du bureau confédéral. C’est exactement l’inverse d’une centralisation. La direction de la CGT doit rester plus que jamais une affaire collective.

Entretien réalisé par Olivier mayer

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