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Propos recueillis par Rémi Barroux | Le Monde le 14.05.2008

Bernard Thibault : "Le gouvernement assume un certain dumping social"

mercredi 14 mai 2008 par Rémi Barroux, Bernard Thibault

A la veille de deux rendez-vous syndicaux importants - le 15 mai, journée de manifestations et de grèves dans l’éducation nationale et la fonction publique, le 22 mai contre le projet d’allongement de la durée de cotisation pour les retraites -, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, revient sur la politique du gouvernement.

Pensez-vous pouvoir empêcher l’allongement à 41 ans de la durée de cotisation pour les retraites ?

Nous avons la prétention de faire reculer le gouvernement. Ce dernier considère que l’allongement de la durée de cotisation à 41 ans est acté dans la réforme de 2003, et qu’il n’a pas besoin de légiférer. Nous allons continuer notre campagne pour faire mesurer les conséquences d’une telle position.

Avec cet allongement, l’âge légal du droit au départ à 60 ans devient virtuel, de plus en plus de salariés seront condamnés à rester en activité parce qu’ils n’auront pas une retraite à taux plein et les ressources pour vivre décemment.

La revendication patronale d’une retraite à 61, 62 ans est en partie satisfaite. Le président de la République affirme que l’on ne touche pas au niveau des retraites, c’est faux. Et la pénibilité de certains métiers n’est toujours pas reconnue. Sur tous ces sujets, les syndicats doivent se faire entendre.

Il n’y a pas de dialogue social, selon vous ?

Dialoguer, cela signifie qu’on intègre avant de décider ce qui se dit de l’autre côté de la table. Le gouvernement reçoit les organisations syndicales dans le seul but qu’elles accompagnent les réformes dont les arbitrages sont déjà faits. On peut difficilement se plaindre de l’absence de rendez-vous avec les ministres du gouvernement : il y en a quasiment tous les jours ! Mais, entre être reçu et être entendu, il y a plus qu’une différence. Dernier exemple en date, la réunion à Bercy sur l’assurance-chômage, le 6 mai, où tout a déjà été décidé sur l’"offre raisonnable d’emploi", les syndicats sont invités pour la photo. C’est au moment où les conflits salariaux sont les plus importants depuis longtemps, que le gouvernement veut imposer aux salariés licenciés d’accepter un emploi avec un salaire inférieur au précédent, voire tout emploi légèrement supérieur à son indemnisation. C’est une forme de dumping social assumé politiquement et un encouragement au patronat à contenir les revendications salariales.

Cela signifie-t-il que Nicolas Sarkozy ait gagné sur toutes ses réformes depuis un an ?

Non. Mais il est clair que ses décisions prises n’améliorent pas la situation des salariés. C’est pour cela que le 15 mai va être unitaire dans la fonction publique et que, pour les retraites, dix organisations appellent à une journée d’action le 22. Le gouvernement comptabilise ses annonces de réformes comme des trophées sans percevoir le décalage entre son autosatisfaction et la réalité quotidienne de millions de salariés. Et ce décalage ne peut durer qu’un temps.

Le "travailler plus pour gagner plus" se traduit par un dispositif concernant les heures supplémentaires, qui, dans les faits, ne bénéficie qu’aux salariés qui en faisaient déjà. Si une très grande majorité de Français, notamment les salariés, désapprouvent le bilan d’un an de présidence Sarkozy, c’est que loin de s’améliorer, leur situation s’est détériorée.

En contrepartie de l’allongement de la durée de cotisation, le gouvernement dit vouloir améliorer le taux d’emploi des seniors... L’allongement de la durée de cotisation pour les salariés, les 41 ans, va s’appliquer maintenant.

Pour l’emploi des seniors, je ne vois pas ce qui permettrait de considérer que le comportement des entreprises va changer comme par miracle, sauf à s’en remettre aux déclarations de bonnes intentions qu’on entend depuis des années.

François Fillon évoque une "victoire idéologique" de la droite. N’avez-vous pas perdu sur l’individualisation des rapports sociaux, le salarié face à son employeur ?

C’est le défi que doit relever le syndicalisme. Je souhaite qu’il occupe une place importante dans le prochain congrès de la CGT, fin 2009.

L’individualisation dans le statut d’emploi s’est généralisée, avec le temps partiel, une mobilité géographique et professionnelle plus importante, une rotation dans les postes occupés considérable, et des relations basées sur la performance de chacun qui sert même de référence pour la rémunération. Le syndicalisme n’a pas fondamentalement réussi à s’adapter à cette situation. C’est pour cela que la modification des règles de représentativité est importante, elle est susceptible de resserrer le lien entre les salariés et les syndicats.

Pour la CGT, avoir intégré l’individualisation des rapports sociaux, c’est un changement ?

L’aspiration à ce que chacun des salariés puisse être davantage acteur de son propre parcours est légitime. C’est à nous de démontrer que la liberté de choix individuel n’est praticable qu’avec un cadre de droits collectifs étoffés. Les droits collectifs ne signifient pas une uniformisation des droits pour tous. Aujourd’hui, on est beaucoup plus libre quand on a un haut niveau de salaire et des bagages professionnels importants. Et beaucoup moins libre dans ses choix quand on est au bas de l’échelle.

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