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Entretien réalisé par Paule Masson paru dans l’Humanité du 12 mars 2005

Bernard Thibault : « Nous pouvons installer une mobilisation durable »

samedi 12 mars 2005 par admin
Le secrétaire général de la CGT tire les enseignements du 10 mars. Entretien.

Après la mobilisation réussie de jeudi, la contestation sociale est-elle en train de s’enraciner ?

Bernard Thibault. La mobilisation du 10 mars est un véritable événement à plus d’un titre, par le niveau de manifestants et le nombre d’arrêts de travail. Au total, plus d’un million de salariés se sont mobilisés, dans le secteur public mais aussi dans le privé. Dans certains cortèges, la participation du secteur privé a été majoritaire. Un certain nombre de salariés, qui n’avaient pas jugé possible de faire grève pour les retraites, sont sortis. Voilà qui coupe court à l’idée d’un mouvement composé des seuls fonctionnaires.

Pensez-vous que, de plus en plus, le mécontentement se cristallise autour du pouvoir d’achat ?

Bernard Thibault. Les messages adressés au gouvernement sont très importants. Le fait que la revendication sur le pouvoir d’achat soit portée avec autant d’intensité n’élimine pas celle des 35 heures. Tout est lié. En décidant de rouvrir le débat sur le temps de travail, le gouvernement a rompu un fragile équilibre entre temps de travail, intensité du travail et rémunération, et il a généré du mécontentement. Ce qui est sûr, c’est que la longue période où une mobilisation interprofessionnelle sur les salaires était impossible est terminée. Ce mouvement affirme très clairement la nécessité de mettre fin à la politique des bas salaires et d’exonération des cotisations sociales. Les réponses sur le pouvoir d’achat conditionnent celles sur l’emploi. Les salariés ont condamné jeudi l’idée que la politique de bas salaires serait favorable à l’emploi. Ils font, au contraire, l’expérience qu’elle développe le chômage et la précarité, qu’elle génère plus d’exploitation pour ceux qui travaillent et, cela n’est pas accessoire, plus de profits pour les entreprises.

Le ministre de la Fonction publique, Renaud Dutreil, promet une réunion avec les syndicats de fonctionnaires, et celui de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, s’engage à discuter du pouvoir d’achat. Est-ce que cela suffit comme réponse ?

Bernard Thibault. Nous avons maintenant l’ordre du jour de la réunion de la sous-commission de la négociation collective le 18 mars. La rencontre est technique et uniquement destinée à confronter les chiffres des uns et des autres sur l’évolution du pouvoir d’achat par branche professionnelle. Il ne s’agit pas d’une séance de négociation. Cela ne peut donc pas suffire. Pour la fonction publique, tout va dépendre de la réponse du ministre, qui semble effectivement préparer une nouvelle rencontre avec les organisations. Nous voulons de véritables négociations et nous revendiquons un rattrapage du pouvoir d’achat des fonctionnaires.

Pour le secteur privé, quels gestes précis attendez-vous du gouvernement ?

Bernard Thibault. Nous réclamons que s’ouvrent des négociations par branche professionnelle, avec l’objectif de prendre rapidement des mesures sur les salaires, notamment de mettre un terme à tous les minima de grilles de salaires qui démarrent en dessous du SMIC. Il s’agit là d’une mesure d’urgence, qui peut être imposée par les pouvoirs publics. Aujourd’hui, de plus en plus de salariés perçoivent des primes compensatrices pour obtenir une moyenne annuelle de salaire au niveau du SMIC. Le gouvernement vante l’augmentation du salaire minimum mais il oublie de dire qu’il y a de moins en moins d’effets sur le salaire réel de chacun. Or, le SMIC devrait être partout le premier coefficient de rémunération pour les salariés sans qualification. Le gouvernement doit aussi accepter de discuter de sa propre politique, par exemple des 19 milliards d’exonération de charges sociales qui sont des primes à bas salaires pour les employeurs, du jour de travail gratuit, ou des heures supplémentaires rémunérées à seulement 10 %. Les sujets à aborder sont très nombreux.

Comment la CGT envisage-t-elle de poursuivre la mobilisation ?

Bernard Thibault. Il est encore trop tôt pour discuter des formes que peuvent prendre les suites du mouvement. Mais il est évident qu’après le niveau de mobilisation de jeudi, les syndicats ont la capacité d’installer une mobilisation durable et d’envisager d’autres initiatives si nous n’obtenons pas, dans les jours prochains, des réponses appropriées du - gouvernement.

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