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Olivier Mayer | L’Humanité du 27.01.2009

Bernard Thibault : « Pas de relance durable sans changer le système »

mercredi 28 janvier 2009 par Olivier Mayer, Bernard Thibault

Comment réagissez-vous quand Nicolas Sarkozy pose des exigences de contreparties aux aides de l’État, se fait moralisateur du système ?

Bernard Thibault. Il doit tenir compte des critiques de ce qu’il a appelé le plan de relance, notamment l’absence de dispositions concernant les salariés. Il y a décalage entre son discours sur la réforme nécessaire du capitalisme débridé et ses décisions qui, toutes, confortent le système actuel. Demander aux grands patrons de renoncer à leur bonus ne révolutionnera pas le système. On est donc dans le symbolique, mais ça montre que la mobilisation peut contraindre le chef de l’État à revoir sa politique.

La crise peut pousser les salariés à se replier ou à des accès de colère. Comment ressentez-vous le climat social ?

Bernard Thibault. Il faut savoir exprimer sa colère et il faut ne pas s’en tenir là. Nous avions déjà mesuré l’exaspération à l’automne puisque la CGT aurait souhaité que la mobilisation unitaire se construise plus tôt. La crise est devenue l’argument suprême pour refuser toute avancée sociale alors que la reconnaissance du travail à sa juste valeur devrait être le levier de la relance de l’activité.

Cette mobilisation du 29 janvier avec, ce qui est du jamais vu, une plate-forme unitaire qui porte un socle revendicatif de fond, ne peut pas être interprétée comme une journée exutoire, sans lendemain. Ce n’est ni l’état d’esprit de la CGT, ni je crois celui de toutes les organisations syndicales. D’ailleurs nous avons déjà fixé un rendez-vous pour le 2 février.

On annonce une avalanche de plans sociaux, que préconise la CGT pour enrayer cela ?

Bernard Thibault. En matière d’emploi et d’activité, tous les voyants sont au rouge et rien ne laisse entrevoir une sortie du tunnel. Au-delà des charrettes de licenciements, il y a les séparations dites à l’amiable, procédure nouvelle qui permet au patronat de déroger au droit collectif. Des milliers d’emplois disparaissent dans les petites entreprises, à commencer par les plus précaires, les intérimaires et CDD. Ce n’est pas visible mais ça représente l’essentiel des pertes d’emplois. La ministre de l’économie annonce qu’il faut s’acclimater à l’idée d’un niveau de chômage à 10 %. Mais le système continue avec les bénéfices des banques toujours au rendez-vous et les dividendes distribués. La seule variable d’ajustement demeure, dans l’État comme dans les entreprises, la masse salariale. Il faut inverser cela.

Avez-vous des propositions concrètes ?

Bernard Thibault. Il faut inventer des outils financiers qui permettent de se débarrasser de la logique financière comme seul paramètre du bien-fondé des décisions économiques. Dans le secteur industriel, dont dépend un cinquième des emplois en France, on ne peut pas penser dans le court terme qui est celui du taux de profitabilité financière. Il ne suffit pas d’injecter de l’aide, il faut plus d’exigence sur son utilisation. Nous proposons, comme d’autres, un pôle public de financement. Et les salariés doivent avoir droit au chapitre. Nous exigeons notamment un droit suspensif pour les salariés sur les décisions touchant à l’emploi.

La crise doit permettre d’alimenter le débat sur ce qu’il faut changer vraiment. On ne peut remettre la machine en route durablement sans changer le système et ses règles.

Le 29 janvier sera-t-il une journée de mobilisation de plus ?

Bernard Thibault. Non parce que ce sera sans doute une journée sans comparaison par son ampleur, la diversité des catégories de salariés qui y vont participer. Le nombre d’appels aux arrêts de travail est incomparable. Dans le mouvement associatif social, médical, du logement… beaucoup se sont reconnus dans cette journée syndicale et y appellent. De même que les lycéens et étudiants, les organisations de retraités. La dimension unitaire du 29 janvier contribue à sa dynamique.

Cette unité est-elle ponctuelle ou va-t-elle marquer le paysage syndical plus durablement ?

Bernard Thibault. Il faut souhaiter une nouvelle phase pour le mouvement syndical français. Les querelles de chapelles ne peuvent pas l’emporter sur la vocation première du syndicalisme qui est de défendre l’intérêt des salariés. On ne peut pas se le permettre. Avec les nouvelles règles de la représentation syndicale, il doit être plus facile d’articuler démocratie et recherche d’unité. Les différences vont maintenant être tranchées par les salariés dans les élections professionnelles. Elles ne peuvent être un obstacle au travail commun.

Vous rencontrez vos partenaires le 2 février. Pour faire quoi ?

Bernard Thibault. Si la mobilisation est, comme je l’espère, très importante, le chef de l’État devrait réagir. S’il ne le fait pas, nous examinerons la suite que cela appelle. Le gouvernement aurait tort de considérer que le 29 janvier n’est qu’un mauvais moment à passer.

Entretien réalisé par O. M.

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