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Propos recueillis par Rémi Barroux parus dans Le Monde du 18 janvier 2006

Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT : "Le Medef vient de toucher ses étrennes"

mercredi 18 janvier 2006 par Rémi Barroux, Bernard Thibault
Dominique de Villepin a annoncé un arsenal de mesures en faveur de l’emploi, notamment un nouveau contrat sur le modèle du contrat nouvelles embauches (CNE) pour les jeunes. Quelle est votre réaction ?

La méthode est inadmissible. Une nouvelle fois, les syndicats sont mis devant le fait accompli et confrontés à des décisions unilatérales d’un premier ministre qui ne cesse de clamer son attachement au dialogue social. Il y a là une hypocrisie.

Ces mesures sont destinées à faire éclater le droit collectif, notamment en matière de contrats de travail. Elles épousent la thèse selon laquelle une plus grande flexibilité et précarité subies par les salariés permettraient l’amélioration de la situation de l’emploi.

C’est ainsi que le gouvernement étend le CNE à tous les jeunes de moins de 26 ans. Qu’il offre "généreusement" à plusieurs millions de salariés, victimes de bas salaires, la possibilité de compléter leur ordinaire par des missions d’intérim. Et qu’il encourage les plus âgés à rester au travail plus longtemps et à cumuler leur retraite avec un emploi pour réussir à s’en sortir.

Je n’ai rien entendu en matière de politique économique, aucune proposition pour favoriser la croissance et développer l’emploi. Toutes ces mesures sont, de plus, agrémentées de cadeaux financiers aux employeurs sous forme d’allégements et d’exonérations de charges. Le Medef vient de toucher ses étrennes.

Au vu de la situation de l’emploi, ne pensez-vous pas qu’il faille innover, y compris en matière de contrats de travail ?

Au-delà de ces mesures, auxquelles nous allons nous opposer, le premier ministre annonce des chantiers pour refonder le droit du travail. Avec pour objectif de favoriser la rupture négociée du contrat entre chaque salarié et son employeur. C’est un véritable marché de dupes.

En revanche, s’agissant de la réforme des cotisations sociales annoncée par le président de la République, avec une première mesure annoncée dès 2007 pour financer la protection sociale, elle a été confiée à un vague groupe de travail, ce qui est une manière de l’enterrer.

Dans le cas du CNE, malgré l’opposition des syndicats, la mesure s’est mise en place. Que comptez-vous faire pour vous opposer à ces nouvelles mesures ?

Nous ne sommes pas parvenus à empêcher le CNE parce que nous n’avons pas su construire des prolongements à la journée d’action unitaire du 4 octobre 2005.

Si le gouvernement part à l’offensive contre les droits collectifs des salariés, c’est parce qu’il considère que la division syndicale actuelle le lui permet. Nous avons déjà annoncé notre journée de mobilisation du 31 janvier , à laquelle les autres syndicats n’ont pas jugé utile de se joindre.

Nous allons nous servir de cette opportunité pour dénoncer les mesures annoncées par le premier ministre. Au-delà, je propose aux autres confédérations une concertation pour agir dans l’unité syndicale dès que possible.

A la veille de votre congrès, cela ne risque-t-il pas de renforcer le camp de ceux qui pensent qu’il n’y a rien à négocier avec ce gouvernement ?

Pour pouvoir négocier à partir des revendications des salariés et ne pas être condamnés à la défensive, il faut renforcer le mouvement syndical. C’est un des thèmes dont nous allons débattre au congrès et sur lequel nous devons prendre des engagements.

Que pouvez-vous négocier avec le gouvernement et le patronat actuellement ? L’approche de l’élection présidentielle ne risque-t-elle pas de bloquer la discussion ?

Si tant est qu’il y ait des divergences au sein de la majorité gouvernementale, elles relèvent plus de la méthode que des objectifs à atteindre. Tout le monde semble d’accord pour considérer que la déréglementation du droit du travail va permettre de créer l’emploi.

On voit bien qu’il y a une surenchère de plus en plus électoraliste. Mais nous ne nous situons pas par rapport à ces échéances. On nous annonce des mesures antisociales brutales : élection ou pas, nous devons nous y opposer.

Vous ne signez ni l’accord Unedic ni celui sur l’emploi des seniors : la CGT va-t-elle rester dans cette posture d’opposition ?

Aujourd’hui, nous ne constatons aucune volonté politique d’entendre les principales revendications sociales. Le premier ministre a un art consommé pour s’appuyer sur des constats incontournables - "les femmes sont plus victimes de la précarité, les jeunes sont plus exclus de l’emploi..." -, pour justifier ses mesures de régression.

Nous allons défendre une autre vision du droit du travail. Les salariés n’ont pas à subir les déréglementations au nom d’une compétition internationale, où seul le social fait office de variable d’ajustement. Ce sera le sens de l’initiative des syndicats européens, le 14 février, à Bruxelles, contre la directive Bolkestein.

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