Liste des auteurs

Un article de Rémi Barroux paru dans Le Monde du 20 avril 2006

Bernard Thibault veut profiter du succès de la contestation anti-CPE pour asseoir son autorité

jeudi 20 avril 2006 par Rémi Barroux

Le succès de la mobilisation contre le contrat première embauche (CPE), retiré par le gouvernement après plus de deux mois de contestation des organisations lycéennes, étudiantes et de salariés, est une aubaine pour le secrétaire général de la CGT. Il devrait grandement faciliter, pour Bernard Thibault, le 48e congrès confédéral, qui se tient à Lille du 24 au 28 avril et s’annonçait difficile. Le numéro un de la centrale syndicale avait en effet été désavoué, en mars 2005 par son comité confédéral national (CCN), le "parlement" de la CGT, lors du débat sur le traité constitutionnel européen. Du jamais vu à la CGT.

Lors d’une conférence de presse, mardi 18 avril, le secrétaire général - qui devrait être réélu sans surprise pour un troisième mandat consécutif, - a indiqué qu’il voyait dans la victoire du mouvement anti-CPE une "confirmation de l’orientation proposée par la direction". La ligne de M. Thibault est critiquée notamment par des opposants soucieux de préserver l’image "lutte de classes" d’une CGT qu’ils estiment dériver vers le réformisme. Plusieurs centaines d’amendements ont d’ailleurs été déposés, mais "par peu de syndicats", a assuré M. Thibault, soit quelque 200 sur les 21 000 qui composent le CGT.

Le numéro un de la centrale compte bien profiter de la victoire "historique" contre le gouvernement pour défendre certains arguments. Ainsi, le concept de "syndicalisme rassemblé", la construction de l’unité d’action avec les autres organisations syndicales, ont démontré, selon lui, la preuve de leur efficacité et de leur nécessité. Alors que le syndicalisme français a donné l’image, ces dernières années, d’une division profonde, que ce soit lors du conflit sur la réforme des retraites au printemps 2003 ou, plus récemment, à l’occasion de la négociation de la convention de l’assurance-chômage, à l’hiver 2005, la lutte contre le CPE a permis aux syndicats d’afficher une unité quasi sans faille. "En réalisant de façon exceptionnelle, voire unique, l’unité entre toutes les confédérations, les syndicats non confédérés et les organisations étudiantes et lycéennes, nous avons démontré que le pluralisme syndical n’était pas nécessairement synonyme de division, de dispersion et d’inefficacité", estime M. Thibault.

Une pierre dans le jardin de ceux qui, comme la fédération des industries chimiques dans un texte très critique, s’opposent à la recherche systématique de l’unité d’action. Ou remettent en question la participation de la CGT à la Confédération européenne des syndicats (CES). Dans sa contribution, que M. Thibault a vivement pourfendue lors d’une commission exécutive en mars, la fédération de la chimie s’interroge même sur la nécessité "d’y rester (à la CES) et pour quoi faire ?"

SOLIDARITÉ EUROPÉENNE

La solidarité des syndicats européens avec leurs homologues français, incarnée par la présence du secrétaire général de la CES, John Monks, venu manifester le 4 avril à Paris, permet à M. Thibault d’argumenter sur l’importance pour la CGT "de s’investir plus sur le plan européen et international" et d’avancer dans la construction d’une nouvelle organisation internationale. Celle-ci devrait réunir, sous peu, la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), la Confédération mondiale du travail (CMT, regroupant les syndicats chrétiens) et quelques organisations non affiliées, dont la CGT française. Celle-ci organise, dimanche 23 avril à Lille, à la veille de son congrès, une conférence internationale avec de nombreux syndicats étrangers et les secrétaires généraux de la CES, de la CISL et de la CMT.

Enfin, sur le point très sensible de la réforme de la grille des cotisations, donc des finances des fédérations de la CGT, M. Thibault fera valoir la nécessité pour la centrale ouvrière de se développer dans tous les secteurs, en particulier là où sa faiblesse est notoire, les petites entreprises du secteur privé. En faisant jouer "la solidarité interprofessionnelle" entre les syndicats de la CGT, le secrétaire général espère aussi donner les moyens à son organisation de passer du cap des 711 049 adhérents revendiqués fin 2004 au million. Un objectif qu’aucun opposant ne pourra remettre en cause.


Chiffres

Le 48e congrès confédéral de la CGT se tiendra à Lille du 24 au 28 avril et réunira 1 001 délégués, dont 645 assisteront à leur premier congrès confédéral (711 049 adhérents à la CGT fin 2004). Parmi eux, 27 % de femmes (32 % dans l’ensemble du syndicat). Les délégués ont, en moyenne, 45 ans (48 ans parmi les adhérents).

Les plus importantes délégations. Services publics (100), métaux (99), énergie (97), santé (90), PTT (84), cheminots (67). 569 délégués viennent du secteur privé, 406 sont originaires du secteur public et nationalisé.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !