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Un article de Laure NOUALHAT paru dans Libération du 2 mars 2006

Biocarburants : Transports : l’énergie verte en vogue

jeudi 2 mars 2006 par Laure NOUALHAT

Le Salon de l’agriculture 2006 est privé de poules ? Qu’importe, il s’est trouvé une autre guest-star : le biocarburant. Cette nouvelle marotte qui fait rouler la France au vert permet au politique de faire d’une pierre trois coups : donner un coup de pouce à la filière agricole, traumatisée, lui assurer de « nouvelles perspectives », comme l’a expliqué le Premier ministre mardi en balade dans les travées du salon. Mais il permet aussi ­ du moins théoriquement ­ de réduire la dépendance au pétrole de la France tout en conférant une touche environnementalement correcte à la filière des transports.

Depuis 2003, une directive européenne fixe comme objectifs d’intégrer 5,75 % de biocarburant dans le réservoir ­ Diester ou éthanol ­ en 2008, puis 7 % en 2010 et 10 % en 2015. Pour y parvenir, la France s’est dotée en 2005 d’un « plan biocarburants » qui se traduit par des autorisations de cultures de colza et autres betteraves. Mardi, le Premier ministre a promis de lancer « d’ici la fin de l’année » une nouvelle tranche d’agréments de 1,1 million de tonnes (950 000 tonnes de Diester et 150 000 d’éthanol). Les industriels vont donc investir 1 milliard d’euros pour construire dix nouvelles usines (en plus des six existantes).

La famille des biocarburants se divise en deux filières : d’un côté, les huiles végétales et leurs dérivés, produits à partir de colza ou de tournesol ; de l’autre, l’éthanol, obtenu grâce au blé et à la betterave. Mais ni l’un ni l’autre ne sont utilisés purs, les motorisations étant mal adaptées pour l’instant. Un dossier sur lequel planche l’industrie automobile réunie à Genève pour son Salon mondial.

Additifs minoritaires. D’un point de vue environnemental, il y a du bon et du mauvais... Pour l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), les bilans énergétiques des deux filières font apparaître que la consommation actuelle de biocarburants, en France, permet de remplacer chaque année 300 000 tep (tonne équivalent pétrole) et évite l’émission de 800 000 tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Et, cerise sur le gâteau, les coproduits générés par leur culture (tourteaux de colza, drêches de blé, pulpes de betteraves, glycérol, etc.) profitent à l’alimentation animale ou à la chimie verte.

S’ils constituent une alternative aux carburants fossiles, bioéthanol et Diester sont loin d’être la panacée. Pour l’heure, on ne les utilise que comme additifs minoritaires aux produits pétroliers. Quant à leur bilan énergétique, il ne se mesure pas uniquement au tonnage de CO2 évité et il s’avère bien plus lourd quand il comprend toutes les consommations énergétiques intermédiaires qui permettent de passer de la plante au carburant. A savoir, l’énergie nécessaire à la production des engrais, à l’utilisation d’engins agricoles pour la culture et la récolte, aux moyens de transports, et enfin aux traitements après la récolte.

« Enjeu secondaire ». Surtout, et l’argument est imparable, on n’a tout simplement pas assez de place pour cultiver de quoi alimenter le parc automobile français avec du pétrole vert. L’Ademe s’est amusée à calculer les surfaces arables nécessaires et, en conclusion, il faudrait mobiliser trois à quatre fois les terres agricoles actuelles !

« Le dossier des biocarburants devrait être traité pour ce qu’il est : un intéressant problème de politique agricole, mais un enjeu secondaire de politique énergétique », affirme Jean-Marc Jancovici, expert en énergie (lire ci-contre). Car la véritable solution pour réduire notre dépendance au pétrole reste d’en consommer moins. Et pendant qu’on s’échine à diminuer la part d’or noir dans nos réservoirs, on ne s’interroge pas sur notre dépendance à la voiture.


A savoir

Biocarburants  : Ce sont des carburants obtenus à partir de végétaux. Suivant la matière première et le procédé de fabrication, on obtient de l’alcool (éthanol), de l’huile ou un dérivé huilé, comme le Diester. Le biocarburant est utilisé comme additif à l’essence ou au gazole, ou pur.

0,80 euro : C’est ce que coûte le litre d’huile de tournesol achetée en gros. Le gazole vaut aujourd’hui 1,1 euro le litre, mais son prix contient, en plus de la TVA, une taxe fixe proche de 42 centimes.

5,6 % : C’est la part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie française en 2004. Les deux tiers proviennent de la biomasse (exploitation de la matière végétale et fermentation des déchets) et le quart de l’hydroélectricité.

Le Brésil, précurseur : Ce pays est depuis 1973 la référence en matière de biocarburants. Plus d’une voiture sur cinq y roule à l’alcool tiré de la canne à sucre, qui coûte à la pompe deux fois moins cher que l’essence. Les déchets de canne permettent de fournir l’énergie nécessaire à la distillation et même de produire de l’électricité. Mais la production d’alcool n’est pas sans provoquer de dégâts sur l’environnement.

L’éolienne en pointe : Selon le baromètre Eurobserv’Eur, l’industrie éolienne en Europe a cinq ans d’avance sur l’objectif de 40 000 MW de puissance installée fixé par Bruxelles pour 2010. En terme de part des sources renouvelables dans la consommation d’énergie, l’objectif de 12 % sera loin d’être atteint en 2010.

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