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Un article de Armelle THORAVAL paru dans Libération de 21 octobre 2005

Blair décroche sur les retraites des fonctionnaires

vendredi 21 octobre 2005 par Armelle THORAVAL
Le gouvernement travailliste cède face aux menaces de grève et maintient le départ à 60 ans.

Il est toujours plus facile de prêcher le discours de la réforme à l’extérieur de ses frontières qu’à l’adresse de ses propres troupes. Tony Blair ­ promu grand prédicateur de la modernisation du modèle social européen en juin ­ s’apprête à accueillir les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Europe des Vingt-Cinq, à Hampton Court, la semaine prochaine, alors qu’il vient de rendre les armes sur la question des retraites.

Bataillons. Le gouvernement britannique souhaitait faire passer progressivement l’âge de la retraite du secteur public de 60 à 65 ans. L’aménagement des conditions de départ devait durer huit ans, et s’étaler de 2006 à 2013. Les bataillons des syndicats, descendus dans la rue en février, avaient déjà montré que l’affaire serait difficile. En septembre, la conférence du Trade Union Congress (TUC), qui fédère l’ensemble des syndicats, avait prouvé que le conflit risquait d’être pire que prévu, le TUC promettant une grève générale de magnifique ampleur.

Et, mardi, Alan Johnson, le ministre du Commerce et de l’Industrie, a cédé. Les employés actuels de la santé, de l’éducation et les personnels d’administration centrale pourront cesser de travailler à 60 ans, en conservant le bénéfice d’une pension entière. Les « victimes » de l’accord sont, recette classique, les plus jeunes. A partir de 2006, les nouveaux entrants devront travailler cinq ans de plus pour pouvoir partir avec une retraite complète, mais ils conserveront le bénéfice d’une retraite alignée sur leurs salaires et indexées sur l’inflation.

Le recul du gouvernement travailliste a suscité grincements et ironie. Digby Jones, le directeur général de la CBI (patronat britannique), a accusé l’équipe Blair : « C’est une mauvaise nouvelle pour le contribuable. Le gouvernement a capitulé face à la menace de grève du secteur public. »

Boucher les trous. Le débat portait sur la nécessité de boucher les trous pour financer la retraite, mais également de rapprocher la situation des salariés privés, contraints de travailler plus longtemps avec un régime moins favorable. La pension de base dont bénéficie le salarié du privé est médiocre, 82 livres par semaine. Et les retraites complémentaires servies par les entreprises sont de moins en moins avantageuses.

Hier, Tony Blair a précisé, dans une lettre adressée à ses partenaires, quel serait finalement le sujet de débat à Hampton Court : au lieu d’une explication de texte sur le modèle social, il s’agira plutôt de savoir comment l’Europe peut s’adapter face aux enjeux de la mondialisation et quelle peut être « la voie moderne d’une justice sociale ». L’objectif est désormais de faire un « effort collectif ». Entre sa défaite sur les retraites et son refus d’aborder l’impasse du budget européen avant le sommet de décembre, Tony Blair a tout intérêt d’éviter d’y jouer les donneurs de leçons.

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