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Un article de Laurent MAURIAC paru dans Libération le 19 septembre 2005

Boeing paralysé par une grève des mécaniciens

lundi 19 septembre 2005 par Laurent Mauriac
Des mesures sur les retraites et la couverture médicale à la base du conflit.

Les 737, 747, 767 et autre 777 ne sont plus triturés dans les hangars d’assemblage. Depuis le début du mois, Boeing ne fabrique plus d’avions commerciaux. C’est la conséquence d’une grève votée le 2 septembre par les mécaniciens, à 86 %, pour s’opposer aux propositions de la direction sur les salaires, la couverture médicale et les retraites pour les trois prochaines années. Ils sont plus de 18 000 grévistes répartis dans plusieurs sites de production, pour l’essentiel dans la région de Seattle, mais aussi dans l’Oregon et le Kansas. Une grève bien partie pour durer qui risque de fragiliser l’avionneur, confronté à une féroce concurrence d’Airbus. La précédente grève des mécanos de Boeing, en 1995, avait duré 69 jours.

Retarder. Dans une étude de mars dernier, révélée vendredi par le Seattle Times et confirmée par la direction, les experts de Boeing avaient évalué qu’une grève de trois mois amputerait le résultat d’exploitation de 1,1 milliard de dollars (817 millions d’euros), avec 80 livraisons manquées en 2005, dont 60 pour la gamme 737 et 12 pour la gamme 777. Une grève d’un mois suffirait à retarder le planning du 787, dont la production ne doit pourtant démarrer qu’en 2007. Selon le porte-parole de Boeing, la firme continue pour l’instant de « livrer les avions qui sont prêts », ce dont doutent le syndicat des mécaniciens et certains analystes qui insistent sur les risques de passage à la concurrence de plusieurs compagnies aériennes. Les grévistes, eux, s’affichent comme « déterminés ».

« Nous sommes forts, nous sommes unis. Nous n’allons pas faire marche arrière », avertit Judy Neumann, jointe par téléphone, qui contrôle les pièces détachées au site d’Everett, près de Seattle. Même sentiment de fermeté du côté de la direction. Dans un e-mail envoyé aux principaux dirigeants de la firme, Alan Mulally, responsable de la division commerciale, écrit : « Quand les négociateurs syndicaux disent que les deux parties sont à des kilomètres l’une de l’autre, ils ont raison. » A tel point qu’aucune négociation n’est programmée.

Le syndicat des mécaniciens dénonce des augmentations moins favorables que les dernières années. Ainsi, la direction propose une hausse des retraites de 60 à 66 dollars par année d’ancienneté, soit 10 dollars de moins que ce que prévoyaient les deux accords précédents. Les employés déplorent également des conditions de remboursement des soins moins favorables. « Le contrat proposé par la direction est une gifle pour les gens qui sont dans l’entreprise depuis trente ans ou plus », estime Brett, un gréviste de 45 ans, dont dix-sept passés chez Boeing.

« On se sent insultés, renchérit Connie Kelliher, porte-parole de l’Association internationale des mécaniciens et des travailleurs de l’aérospatiale, le syndicat qui a appelé à la grève. Les profits ont triplé ces trois dernières années, le nouveau patron s’est vu accorder des millions en bonus et en stock-options. Les hauts dirigeants prennent tout et laissent les autres employés se battre pour des pennies. » De son côté, la direction de Boeing insiste sur la pression sur les coûts. « Nous ne pouvons donner notre accord à une proposition limitant notre capacité à être compétitif et à gagner de nouveaux marchés, explique Charles Bickers, un porte-parole. La concurrence est de plus en plus agressive. Nous devons mettre l’accent sur la productivité et la qualité. »

Contrepartie. Pour Judy Neumann, depuis seize ans chez Boeing, un des points les plus contestables est la suppression de toute couverture médicale attachée à la retraite pour les nouveaux employés. « Ils essaient de diviser les vieux et les jeunes, ils espéraient que les vieux accepteraient de trahir les jeunes. » La direction souligne que les dépenses de couverture médicale « ont augmenté sans contrôle de 30 % depuis 2001, et se situent nettement au-dessus du marché. Notre proposition est en ligne avec la tendance générale aux Etats-Unis. » En contrepartie, la firme propose aux nouveaux employés une augmentation de la contribution de l’entreprise au plan d’épargne retraite.

Au-delà de Boeing, cette grève, l’une des plus importantes aux Etats-Unis depuis longtemps, fait figure de test pour le mouvement syndical, divisé et déclinant. Venue soutenir les grévistes à Seattle, une représentante de la nouvelle coalition de syndicats Change to Win (changer pour gagner) qui se sont séparés de la fédération AFL-CIO, les a encouragés : « Vous devez vous battre et tenir bon pour toute l’Amérique, pour dire à toutes les grandes entreprises de ce pays que l’Amérique doit une vie décente à ses familles de travailleurs. »

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