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Jean-Michel Bezat | Le Monde le 4 avril 2007

Bouté hors d’Espagne, le groupe énergétique allemand E.ON devient numéro trois en France

mercredi 4 avril 2007 par Jean-Michel Bezat

L’allemand E.ON a finalement renoncé à son offre publique d’achat (OPA) sur Endesa de 42,3 milliards d’euros. Après treize mois de conflit juridique, de pressions politiques en coulisse et de surenchères financières, le groupe d’énergie de Düsseldorf a jeté l’éponge face à l’offensive de l’italien Enel et de l’entreprise de BTP ibérique Acciona.

E.ON a annoncé, lundi 2 avril, qu’il était parvenu à un accord de partage avec Enel et Acciona des actifs du numéro un espagnol de l’électricité. Au grand dam de Madrid qui rêvait d’un champion national, Endesa va être purement et simplement dépecé.

Dans le grand jeu de la recomposition du paysage énergétique européen, la question se pose : que va faire E.ON de son trésor de guerre ? Même s’il dépense 10 milliards d’euros pour racheter des centrales d’Endesa en Italie, en Pologne, en Turquie et en France, il lui reste plusieurs dizaines de milliards à dépenser. Selon l’Observatoire européen des marchés de l’énergie, réalisé par le consultant Capgemini, le géant allemand dispose de la moitié des 90 milliards d’euros de trésorerie accumulés par les grands groupes d’énergie européens.

Dans l’Hexagone, E.ON va devenir le troisième producteur d’électricité - derrière EDF et Suez - après le rachat des 65 % qu’Endesa détient dans la Société nationale d’électricité et de thermique (SNET). E.ON va également hériter des droits de préemption d’Endesa sur les 18,25 % d’EDF et les 16,75 % de Charbonnages de France dans la SNET. Il pourrait donc les exercer et récupérer 100 % de la SNET.

Une fois cette opération réalisée, E.ON restera un prédateur redoutable. Le groupe de Wulf Bernotat - qui a récemment subi deux revers, dans sa tentative de rachat du britannique Scottish Power en 2005, puis dans son OPA contre Endesa - peut-il être intéressé par les activités de Suez dans l’énergie ?

Une telle opération resterait notamment suspendue à l’avenir du projet de fusion avec Gaz de France, gelé jusqu’au mois de juillet 2007, après les élections présidentielle et législative et l’ouverture aux particuliers des marchés de l’énergie.

Le groupe d’énergie et d’environnement, dont le prix est évalué à environ 60 milliards d’euros (dettes comprises), est une proie de très grosse taille. Et rien ne dit, surtout, que le futur gouvernement ne ferait pas tout pour s’opposer à une OPA d’E.ON sur Suez, comme Jacques Chirac et Dominique de Villepin l’ont fait lorsqu’Enel avait des vues sur Suez en 2006.

PÔLES MAJEURS

Autre inconnue, la stratégie d’EDF. Lors de la présentation des résultats 2006 du groupe public, qui ont progressé de 73,5 % (5,6 milliards d’euros), des analystes s’interrogeaient sur la stratégie de croissance externe de ses dirigeants au-delà des 40 milliards d’euros d’investissements annoncés sur la période 2006-2010 pour relancer la construction de nouvelles centrales électriques, développer le marché du gaz et renforcer son réseau de lignes à haute tension.

Deux ans après le rachat d’une partie de l’italien Edison, le PDG du groupe public avait indiqué qu’EDF disposait désormais de "marges de manoeuvre" pour "participer à des opérations majeures" d’acquisitions en Europe. A condition que ce soit "à des prix raisonnables", prévenait Pierre Gadonneix. Ce que contredisent les surenchères successives sur Endesa, dont le prix est passé de 22 milliards en septembre 2005 à plus de 43 milliards aujourd’hui. EDF souhaite notamment se développer en Asie (Chine, Vietnam) et vendre son savoir-faire dans les centrales nucléaires.

Dans ce paysage en pleine recomposition, une dernière inconnue demeure : l’allemand RWE. Il semble en retrait mais pourrait être en embuscade. En attendant, c’est Enel, un temps intéressé par les actifs énergétiques de Suez (Electrabel, Compagnie nationale du Rhône...), qui prend avec Endesa la dimension européenne qui lui manquait. Alors qu’il réalisait 95 % de son chiffre d’affaires en Italie (le reste en Europe de l’Est), le groupe dirigé par Fulvio Conti confirme sa volonté d’être un acteur majeur sur le Vieux Continent. Et l’analyse de ceux qui voient l’Europe de l’électricité et du gaz se regrouper autour de quelques pôles majeurs.

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