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Laurence Caramel | Le Monde le 10.05.2008

CO2 et pays en développement

samedi 10 mai 2008 par Laurence Caramel

Simple pause ou coup d’arrêt durable ? Pour la première fois depuis leur entrée en scène sur le marché du carbone, les projets relevant des "Mécanismes de développement propres" (MDP) imaginés dans le protocole de Kyoto pour lutter contre le réchauffement climatique donnent des signes inquiétants d’essoufflement. "Inquiétant", c’est la Banque mondiale qui l’écrit dans son dernier rapport sur "Les Tendances du marché carbone en 2008", rendu public mercredi 7 mai.

"Au moment où la coopération internationale pour réduire le risque climatique n’a jamais été aussi intense, les bénéfices que pourraient en attendre les pays en développement sont aujourd’hui remis en question", déplore Karan Capoor, l’auteur principal du rapport.

En 2007, alors que les marchés de crédits CO2 ont globalement doublé de volume pour atteindre 64 milliards de dollars (47 milliards d’euros), les capitaux drainés vers les MDP ont comparativement stagné aux alentours de 7 milliards. Or les MDP sont à ce jour le seul dispositif existant pour encourager les réductions d’émissions de gaz à effet de serre dans les pays "en développement", qui ne sont soumis à aucun objectif de limitation. Le dispositif peut se résumer ainsi : des fonds d’investissement publics ou privés, des entreprises originaires des pays industrialisés... financent des projets qui réduisent ou évitent des émissions de CO2 dans les pays pauvres ou émergents et empochent au passage des crédits d’émissions, qu’ils utiliseront soit pour respecter leur propre objectif de pollution, soit pour les revendre à des opérateurs eux-mêmes soumis à des quotas.

Les pays "en développement" y trouvent leur intérêt en profitant, à moindre coût, de transferts de technologies avancées. Si la Chine a jusqu’à présent raflé la grande majorité des projets avec 62 % des parts de ce marché, 68 pays ont commencé à profiter du dispositif avec, pour la première fois en 2007, des nations parmi les plus pauvres comme la Jamaïque, le Kenya, le Mali ou Madagascar.

Le sort - encore incertain - qui sera réservé aux MDP dans l’accord qui doit remplacer le protocole de Kyoto après 2012 est une des explications avancées de l’accident de parcours enregistré en 2007. Mais la raison essentielle est ailleurs. Elle se trouve, selon la Banque mondiale, dans un gigantesque embouteillage administratif.

Sur les 3 188 projets "dans les tuyaux", plus des deux tiers sont en cours d’examen par le conseil exécutif du MDP, dépendant de la Convention climat des Nations Unies. L’attente est souvent de plusieurs années, avant qu’un projet reçoive son feu vert.

Tout cela est long, coûteux et pourrait au bout du compte se révéler dissuasif pour l’investisseur, qui voit s’éloigner la perspective de récupérer des crédits CO2. Pour éviter ce retour de bâton, la Banque mondiale recommande donc une certaine souplesse dans l’application des méthodologies éminemment complexes qui encadrent les MDP.

Pragmatique ? Certainement. A condition que les réductions d’émissions promises soient bien au rendez-vous.

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