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Un article de Thomas CALINON paru dans Libération le 08 novembre 2005

Ces chômeurs en marge de l’indemnisation

mardi 8 novembre 2005 par Thomas CALINON
Rencontre à l’ANPE de Strasbourg avec des précaires laissés de côté par l’assurance chômage.

On se presse autour des panneaux d’offres d’emploi, on fait la queue à l’accueil, une heure d’attente pour un rendez-vous avec un conseiller : affluence ordinaire pour un lundi dans une agence ANPE de l’agglomération strasbourgeoise. « Fin août, 23 447 demandeurs d’emploi de catégorie 1, c’est-à-dire cherchant un temps plein à durée indéterminée, étaient inscrits dans le bassin de Strasbourg », énonce le directeur ; 17 746 perçoivent une indemnité, soit de l’Assedic, soit de l’Etat (hors RMI).

« Déjà pris ». A l’échelle nationale, plus de 2 millions de demandeurs d’emploi bénéficient de l’assurance chômage. L’Unedic verse des indemnités à près de 500 000 autres au titre du régime de solidarité Etat : allocation de solidarité spécifique (ASS) pour les chômeurs dont les droits sont épuisés, allocation d’insertion (AI) pour certaines personnes (ex-détenus par exemple) ayant une durée d’affiliation à l’assurance chômage insuffisante, allocation équivalent retraite (AER) pour les chômeurs totalisant au moins 160 trimestres de cotisations à l’assurance vieillesse. D’autres encore perçoivent le RMI. D’autres enfin n’ont rien, parce qu’ils ont moins de 25 ans. Et ça, explique Fahti (1), « c’est trop dur ». Lui a arrêté l’école à 16 ans, il en a désormais 21, et son seul job a été « une mission de 4 heures pour décharger un camion ». Il cherche du travail dans la restauration, vient tous les jours à l’ANPE et montre une liasse de 13 offres d’emploi consultées le matin même : « Déjà prises. Toutes. » Fahti dort chez des amis ou dans des foyers, mange aux Restos du coeur ou à la mosquée. Il dit simplement que « c’est difficile en ce moment. »

A l’entrée de l’agence, on croise beaucoup de précaires. Par exemple Rachid, 32 ans, électricien. Il enchaîne les missions d’intérim, travaille « en moyenne sept mois sur douze » et perçoit « environ 850 euros » d’indemnité les autres mois. Bénédicte, secrétaire comptable de 36 ans, a cumulé jusqu’au printemps des CDD et des CDI à temps partiel. Elle prépare une reconversion dans l’économie du bâtiment, commence une formation d’un an en janvier et recevra 640 euros d’assurance chômage jusqu’en juin 2006. Ensuite, elle ne sait pas. Mais déjà elle vend son mobilier. Lazare, un intérimaire de 44 ans, s’inquiète des « jours froids qui arrivent ». Sans revenus depuis quatre mois, il a deux loyers de retard. Magasinier cariste, Lazare n’a travaillé qu’un mois en 2005, durée de cotisation insuffisante pour rouvrir ses droits à l’assurance chômage, épuisés depuis juillet 2004. Inquiet, il va réclamer le RMI pour la première fois de sa vie.

Décomplexé. Mais à l’ANPE, on trouve aussi des demandeurs d’emploi heureux et décomplexés. Pierre est inscrit depuis dix ans mais reste au « maximum trois semaines sans boulot ». Opticien, il enchaîne par choix les CDD, qui lui rapportent en moyenne 3 000 euros mensuels, : « Le seul mois où je perçois l’allocation, c’est celui que je choisis pour mes vacances. Et là, c’est 1 800 euros pour rester les doigts de pieds en éventail. »

(1) Certains prénoms ont été modifiés.

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