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Un article de Christophe Deroubaix paru dans l’Humanité du 11 octobre 2005

Chantage au naufrage

mercredi 12 octobre 2005 par Christophe Deroubaix

Il est 9 h 45. Son éternel cigare en main, Bernard Marty remonte paisiblement le quai de la Joliette. Alors qu’il traverse le boulevard des Dames pour pénétrer dans le siège de la SNCM, une nuée de journalistes se précipite vers le secrétaire CGT du comité d’entreprise. Depuis dix minutes, leurs portables sonnaient pour annoncer le report de la réunion du CE prévue à 10 heures. « Que faites-vous là, M. Marty ? » Réponse : « Je vais là où je dois être, dans la salle aquarium du siège de la SNCM. J’ai reçu vendredi dernier, par huissier, une convocation pour cette réunion. Je m’y rends. » Question : « Ne savez-vous pas que la réunion est repoussée à 15 heures en préfecture ? » Réponse : « Officiellement, je ne suis pas au courant. »

9 h 55. Convocation en main, Bernard Marty s’attable, aux côtés des autres membres titulaires et suppléants. Un huissier constate leur présence.

9 h 57. Le directeur général adjoint et le directeur des ressources humaines de la SNCM pénètrent dans la salle, accompagnés d’un huissier, mais pas de Bruno Vergobbi. Le PDG de la compagnie et, à ce titre, président du CE, est entendu au même moment par le président du tribunal de commerce.

10 heures. Les portes se ferment. La réunion commence. Pour quelques minutes seulement. Les deux cadres dirigeants n’ayant pas de délégation de Bruno Vergobbi, la séance du CE ne peut donc s’ouvrir. Les portes s’ouvrent. La direction file par une porte opposée. « Ils n’ont pas le courage de venir rencontrer les salariés, tempête Bernard Marty. Nous n’irons pas au CE de cet après-midi (hier), car il n’est pas convoqué de manière valable. Je pense qu’on va se retrouver avec la direction devant les instances judiciaires compétentes. » Alain Mosconi, secrétaire général du Syndicat des travailleurs corses (STC), critique, lui aussi, l’attitude de la direction et de l’État : « On ne peut pas nous servir de l’État de droit en permanence et ensuite bafouer les règles les plus élémentaires du Code du travail. Il est inadmissible de " décentraliser " la réunion du CE en préfecture. Pourquoi pas à

l’Élysée ou dans un bunker ? »

La veille déjà, une réunion du conseil d’administration avait pris des allures de rendez-vous manqué. Après cinq heures de discussions, les administrateurs CGT quittaient la séance, critiquant l’absence de dialogue et le refus de discuter de leurs propositions. En leur absence, le conseil d’administration votait une résolution prenant acte de « l’existence d’un projet crédible de recapitalisation et de redressement de l’entreprise » qui est de nature à assurer l’avenir de la SNCM, sous réserve « d’une reprise du travail ». À l’issue de cette réunion, le PDG de la SNCM, Bruno Vergobbi, a menacé : « À défaut d’une reprise de l’exploitation et de la mise en oeuvre du projet de reprise, la cessation de paiement serait inévitable avant la fin de la semaine. » Faute de négociations, c’est donc sans surprise que les marins CGT, réunis en assemblée générale, hier après-midi à bord du Méditerranée, ont voté la reconduction de la grève. Pour autant, l’unité syndicale s’est fissurée. Le syndicat FO des sédentaires et marins a décidé de cesser la grève, tandis que les syndicats d’officiers, dont l’UGICT-CGT, non grévistes pour la plupart, ont appelé à la reprise du travail. La CGC, quant à elle, a décidé de « suspendre » sa mobilisation.

Pour rajouter encore à l’obscurité générale, voilà que les nationalistes corses, par la voix de Jean-Guy Talamoni, ont, à leur façon, applaudi des deux mains au désengagement de l’État au nom d’une vieille revendication : « la création d’une compagnie maritime publique qui serait sous le contrôle de la collectivité territoriale de Corse ». Or cette dernière non seulement ne veut pas entendre parler de cette hypothèse, mais elle a même refuser de voter une motion, présentée par les élus communistes, condamnant la privatisation. Ce mélange de confusion et de tension permanente faisait craindre à un responsable CFTC des « débordements ». Pour éviter le « pourrissement » du conflit, la CGT a obtenu, hier en fin d’après-midi, une rencontre avec Christian Frémont, préfet de région. L’organisation syndicale devait demander au représentant de l’État l’ouverture de véritables négociations et lui remettre ses contre-propositions.

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