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Un article de Sophie Landrin (à Lyon), Claude Gavoille (à Dommartin-lès-Remiremont, Vosges) et Isabelle Rey-Lefebvre paru dans Le Monde du 25 janvier 2006

Chez SEB, les syndicats dénoncent la politique du "tout-chinois"

mercredi 25 janvier 2006 par Isabelle Rey-Lefebvre

Dans la vallée de la Moselotte, entre Remiremont et Gérardmer, l’usine SEB, située sur la commune du Syndicat (Vosges), attend d’être fixée sur son sort. Comme ceux de Dampierre (Jura) et du Fresnay (Sarthe), ce site qui emploie 450 hommes et femmes et fabrique des grille-pain, grille-viande et fours, devrait être touché de plein fouet par le plan de restructuration que la direction du groupe d’électroménager devait annoncer, mardi 24 janvier, lors d’un comité de groupe, à Ecully, dans la banlieue lyonnaise.

Pour ces trois sites industriels, c’est une fermeture qui se profile - l’usine de Vernon, dans l’Eure, devant également être restructurée. Au total, SEB s’apprête ainsi, selon les syndicats, à supprimer environ un millier d’emplois en France, sur un effectif total de plus de 7 500 salariés.

"SEB, c’est de la désespérance. Tout le monde est K.-O.", résume Hervé Courrier, secrétaire départemental de Force ouvrière. "Que dire ? C’est l’abattement", confirme Pascal Maurice, délégué CFDT au comité européen de groupe. Durant ces années, nous avons tout accepté, la mobilité, les ramassages en bus à 2 heures du matin pour travailler à 4, les reculs sur les 35 heures, les pertes de salaire. Et voilà !"

En 2004, SEB avait ainsi décidé de regrouper ses deux sites vosgiens, à Vecoux et au Syndicat. Des travaux d’importance furent alors entrepris. Route et parking à aménager, cession de terrain, voirie et éclairage étaient soutenus, notamment par une subvention du conseil général de 150 000 euros.

Pour le maire, Daniel Fröely, "SEB représente 46 % des ressources de la taxe professionnelle. Regrouper les deux sites nous apparaissait comme un atout, une assurance pour l’avenir. Enfin, nous pouvions espérer garder nos emplois. Il faut dire que dans "le financier", on ne fait pas de sentiments."

"C’est un coup dur supplémentaire pour le niveau économique de la région. L’inquiétude est totale dans tous les secteurs. Déjà, d’autres fermetures sont envisagées", s’alarme Dominique Rouillon, patron d’une entreprise de transports qui jouxte les grilles de SEB.

Pascal Fevotte, de la CGT, lui, ne s’étonne guère de cette mort annoncée. "Il fallait être bien naïf pour envisager un avenir à cette restructuration. Aujourd’hui, l’on compte en biens de consommation, non en coûts sociaux, en coût de l’homme."

"Ce sont des requins. Fermer ce site est inacceptable." A Dampierre, la menace de la fermeture crée également la stupeur et la colère chez les 190 salariés de l’usine Tefal, où sont fabriquées des bouilloires électriques. "Notre usine n’a jamais connu une seule heure de chômage et est bénéficiaire, tout comme la branche Tefal, dont le siège est à Rumilly (Haute-Savoie)", s’indigne Bernard Humbert, délégué CGT.

Lundi 23 janvier, les vingt-quatre délégués syndicaux des différents sites français de SEB sont arrivés à Lyon avec vingt-quatre d’heures d’avance. Pour eux, aucune raison économique ne peut justifier de tels sacrifices, ni le résultat de l’entreprise, ni la concurrence, quasi inexistante, le groupe ayant absorbé au fils des années les autres acteurs de l’électroménager au plan national : Moulinex, Rowenta, Calor, Krups, Tefal, Arno.

"La direction veut tout faire fabriquer en Chine, où elle a déjà un site de production à Shanghaï, pour gagner plus d’argent, affirme Hubert Jegout, secrétaire (CFDT) du comité d’établissement des Vosges. C’est dégueulasse ! Le groupe SEB a réalisé en 2005 un chiffre d’affaires en hausse de 7,6 % et 2,5 milliards de bénéfices. Il va y avoir des drames."

SEB a annoncé, le 16 janvier, avoir réalisé en 2005 un chiffre d’affaires de 2,463 milliards d’euros, en progression de 7,6 %. A cette occasion, le groupe avait prévenu les analystes financiers que son bénéfice opérationnel serait proche de celui de 2004, soit 261 millions d’euros, contre 280 millions d’euros attendus jusque-là.

Les syndicats dénoncent aussi la politique d’acquisition de SEB ces dernières années, aux Etats-Unis, au Brésil ou encore en Italie, et estiment que la direction veut faire payer la note aux salariés. Ils espèrent mobiliser ces derniers et surtout faire réagir les pouvoirs publics.

"Nous voulons faire passer le message au gouvernement pour qu’il rende illégal ce type de pratique, explique Yannick David (FO). Nous n’avons aucune concurrence en France et en Europe, la politique de la direction se résume à un mot : la "chinoitisation" à outrance. Si le gouvernement laisse faire, il n’y aura plus demain de fabrication de petit électroménager en France."

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