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Article de Lénaïg Bredoux paru dans L’Humanité du 8 septembre 2006

Chômeurs : le recours au privé s’étend tous azimuts

vendredi 8 septembre 2006 par Lénaïg Bredoux
Emploi . Le bureau de l’UNEDIC doit se prononcer ce matin sur une liste de 17 opérateurs privés, sélectionnés après un premier appel d’offres européen, pour placer 46 000 chômeurs par an.

Une véritable manne. Les cabinets de reclassement ou agences d’intérim s’en frottent déjà les mains. Ce matin, le bureau de l’UNEDIC est appelé à se prononcer sur une liste d’opérateurs privés, sélectionnés après un appel d’offres européen, pour suivre 46 000 demandeurs d’emploi sur deux ans. Pas moins de 143 sociétés ont répondu, alléchées par un marché prometteur. Elles seront dix-sept heureuses élues, à qui des « lots » vont être attribués, selon le document remis aux syndicats. Dix-sept, parmi lesquelles Altedia, BPI, Ingeus ou Adecco...

Le processus remonte au début 2005. La loi de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo prévoit alors la fin du monopole de l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) et impose d’ouvrir le marché du « placement » des chômeurs à des acteurs privés ou des associations. Dès le mois de février, l’UNEDIC, qui gère l’assurance chômage, lance ses premières expérimentations auprès de 10 000 personnes, avec un « accompagnement renforcé pour des demandeurs d’emploi présentant un risque de chômage longue durée ». Un an et demi plus tard, le 5 juillet dernier, l’UNEDIC, qui estime avoir économisé 25 millions d’euros grâce à l’efficacité supposée des acteurs privés, décide d’étendre le dispositif à 46 000 personnes sur deux ans... Pour un budget de 168 millions d’euros.

Ce choix ne cesse pourtant de susciter des doutes sur sa réelle efficacité. En effet, le coût du recours au privé est exorbitant. Quand l’ANPE alloue un budget de 650 euros en moyenne pour un demandeur d’emploi, un opérateur privé en demande 3 500 euros - certaines prestations pouvant être facturées jusqu’à 6 000 euros... Par ailleurs, comment comparer les résultats de l’ANPE à ceux des cabinets privés quand ceux-ci emploient un agent pour suivre 30 dossiers ? L’agence publique, elle, n’aligne qu’un agent pour 130 demandeurs d’emplois... « Dans le cadre de la loi de cohésion sociale, explique Éric Aubin (CGT), membre du bureau de l’UNEDIC, l’expérimentation devait être évaluée avant d’être étendue. Or, là, on compare des choux et des navets ! »

nouvel appel d’offres

La liste des entreprises choisies par les services de l’UNEDIC pour poursuivre l’expérimentation présente également quelques curiosités, pointées par certains syndicalistes. Ainsi, Jean-Claude Quentin (Force ouvrière) : « J’ai un sourire incrédule quand je vois que deux entreprises concurrentes présentent l’une un dossier avec une prestation à 3 600 euros, l’autre à 3 599,96 euros... » « Selon les opérateurs ou les lots, les prix peuvent aussi aller du simple au double », s’étonne Éric Aubin (CGT), qui s’interroge en outre sur le choix de A4E, une société britannique, pas implantée en France. Ou sur Altedia et Adecco, toutes deux retenues alors qu’elles appartiennent au même groupe...

Et le processus est loin d’être à son terme. Demain matin, le bureau de l’UNEDIC devra également se prononcer sur le lancement d’un nouvel appel d’offres, cette fois pour le placement des bénéficiaires d’une convention de reclassement personnalisée (CRP). Selon le ministère, 50 000 personnes devraient être concernées en 2007. Soit, au total, près de 100 000 demandeurs d’emploi qui seront, l’an prochain, entre les mains d’opérateurs privés.


« Une concurrence déloyale »Noël Daucé,secrétaire général du SNU ANPE

« Alors qu’on parle d’un rapprochement entre l’UNEDIC et l’ANPE, voire d’une fusion, l’UNEDIC organise, de façon agressive, une concurrence déloyale ! Avec 100 000 chômeurs qui seront suivis par des opérateurs privés, il ne s’agit plus seulement d’une expérimentation. De toute façon, aucun bilan réel n’a été tiré des premiers essais. Par exemple, sur les 6 000 demandeurs d’emploi traités par Ingeus, 18 % ont été recyclés sur le marché du travail. Sur des expériences ponctuelles, avec des moyens similaires, l’ANPE a obtenu des résultats au moins aussi bons... Mais avec un coût moindre ! L’UNEDIC ferait mieux d’assumer sa mission fondamentale, celle d’indemniser correctement les chômeurs. Aujourd’hui, moins d’un demandeur d’emploi sur deux perçoit des allocations. Ce recours aux opérateurs privés, c’est bien une dévalorisation de nos métiers et une déstabilisation du service public. Il faut abroger la loi de cohésion sociale et relancer le débat pour une nouvelle ANPE. Et non préférer une logique de réduction des coûts à une réinsertion de qualité ! »

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