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Un article de Caroline de Malet paru dans Le Figaro du 28 novembre 2005-11-28

Climat : Etats-Unis et Chine au centre des débats Conférence de Montréal

lundi 28 novembre 2005 par Caroline de Malet
S’ouvre aujourd’hui à Montréal une conférence ministérielle de l’ONU pour tenter de renforcer la lutte contre le changement climatique après 2012.

« HISTORIQUE » ! C’est ainsi que l’ONU juge la première conférence des signataires à la mise en oeuvre du protocole de Kyoto (Cop/Mop 1) depuis son entrée en vigueur le 16 février dernier, qui s’ouvre aujourd’hui à Montréal et devrait attirer de 8 000 à 10 000 participants. Au total, 180 pays vont étudier pendant deux semaines les modalités d’application futures de ce traité international signé en 1997, visant à lutter contre le changement climatique.

Le principal enjeu de cette réunion, à laquelle une centaine de ministres vont se joindre à partir du 7 décembre, sera la définition des règles du jeu pour la période ultérieure à 2012. Car le cadre réglementaire du protocole a été arrêté seulement jusqu’à cette date, fin de la première période d’engagement. D’ici là, seuls une trentaine de pays industriels devront avoir réduit leurs émissions de gaz à effet de serre, jugées responsables du réchauffement de la planète, en moyenne de 5,2% par rapport au niveau de 1990. Et encore, bien peu seront en mesure d’y parvenir, le Canada et le Japon étant particulièrement en mauvaise posture. En tout état de cause, le protocole de Kyoto sera insuffisant à enrayer la tendance, puisqu’il englobe seulement 35% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

En attendant, la pollution continue. Comme l’ont rappelé quinze sociétés savantes, à l’initiative de la Royal Society britannique, la communauté scientifique internationale est désormais sûre « à 90% que la température moyenne va continuer de s’élever (...) et que cette hausse va s’accompagner d’une montée du niveau des mers, d’une plus grande fréquence d’événements climatiques importants ». Nombre d’ONG suggèrent donc de limiter l’augmentation de la température à 2 °C d’ici à 2050.

Les Etats-Unis refusent toujours Kyoto

Aussi l’Union européenne prend-elle une nouvelle fois son bâton de pèlerin pour défendre l’idée d’un nouvel accord international à l’horizon de 2020, qui engagerait plus de pays. En ligne de mire figurent au premier chef les Etats-Unis, qui refusent toujours de ratifier Kyoto, et les pays en développement, exonérés de tout engagement de réduction chiffré jusqu’en 2012. Or les Américains refusent de rallier Kyoto tant que la Chine et l’Inde, notamment, n’auront pas de contrainte. « La question n’est désormais plus celle d’une ratification du protocole par les Etats-Unis, mais bien d’une réflexion sur le type d’accord qui permettrait d’intégrer après 2012 ce pays dans un système d’engagements contraignants compatible avec sa stratégie carbone », analyse Romain Frémont, de la Caisse des dépôts, dans la lettre Mission Climat de l’institution.

Aussi, dans un souci d’associer les Etats-Unis à la discussion, le Canada a-t-il mis ce sujet à l’agenda de la 11e conférence de suivi de la convention climat (Cop-11), qui se réunit en parallèle à Montréal et que les Etats-Unis ont ratifiée. En revanche, le premier pollueur de la planète a un simple statut d’observateur à la Cop/Mop 1, réservée aux pays signataires de Kyoto.

La Chine et l’Inde, poids lourds du Sud qui arbitreront le débat annoncé entre l’UE et les Etats-Unis, redoutent de leur côté que des contraintes futures n’entravent leur développement. « La Chine manifeste officieusement sur le sujet une plus grande ouverture que dans le passé », fait toutefois remarquer Raphaëlle Gauthier, du groupement d’ONG Réseau Action Climat. Pour l’heure, il est inconcevable d’imposer à ces pays des engagements chiffrés contraignants de réduction, comme pour les pays industrialisés. Aussi des pistes de réflexion seront-elles lancées sur les autres modalités envisageables, adaptées aux contraintes de chaque pays.

Prudence des milieux industriels

« Il faut un signal fort sur l’« après-2012 », sinon on court le risque qu’après 2008 plus aucun projet n’avance », lance le ministre français de l’Ecologie Nelly Olin, qui promet que la France se battra pour que « cette conférence s’achève sur une position forte ». Les milieux industriels attendent en effet que des incertitudes soient levées pour entreprendre des investissements coûteux qui ne seront rentabilisés que s’ils sont assurés de se voir récompensés en retour, via les « Bourses du CO2 » qui commencent à se mettre en place, comme en Europe. Un renforcement des moyens financiers des organes de l’ONU chargés de valider les « mécanismes de développement propre », qui permettent aux pays industrialisés d’investir dans des projets dans les pays en développement en échange de crédits, également à l’ordre du jour de la réunion, fait partie des autres décisions très attendues. Ainsi qu’un mécanisme de contrôle et de sanction des moins vertueux.


Les Américains plus sensibilisés, après le cyclone Katrina

Le cyclone Katrina, qui a dramatiquement frappé le sud-est des États-Unis fin août, a profondément marqué les esprits. Les Américains ont pris conscience du fait qu’ils risquaient peut-être, eux aussi, de subir de plus en plus les conséquences du réchauffement climatique. Une étude publiée dans le journal de l’Académie nationale des sciences américaine prédit d’ailleurs que le sud-ouest des États-Unis pourrait être soumis dès la fin du XXIe siècle à une augmentation de 500% des périodes de fortes chaleurs. La région du golfe du Mexique, touchée en août et septembre par les cyclones Katrina et Rita, recevrait alors davantage de précipitations durant une saison des pluies plus courte. De son côté, un nouveau rapport du très respecté institut Pew Center sur les changements climatiques mondiaux conclut qu’il existe désormais assez de données scientifiques pour justifier un plus grand engagement des États-Unis sur le climat. A défaut d’avancée décisive au niveau fédéral, les initiatives se multiplient à l’échelon régional. Neuf États du nord-est des États-Unis viennent de lancer l’Initiative régionale sur les gaz à effet de serre (RGGI), assorties, à la différence des initiatives fédérales, d’engagements quantitatifs de réduction (- 10% d’ici à 2020). Même l’industrie s’y met : des compagnies comme Dupont, American Power et Cinergy se sont fixé des limites contraignantes de rejets à ne pas dépasser. Bref, le fossé ne cesse s’élargir entre les positions intangibles de George W. Bush et sa base.


Le trafic aérien international, grand oublié du protocole de Kyoto

Les émissions de gaz à effet de serre générées par l’aviation internationale ne sont pas, pour l’heure, prises en compte. L’Europe entend mettre fin à cette exception.

SAVEZ-VOUS que lorsque vous faites un aller-retour Paris-New York en avion, vous brûlez 467 litres de kérosène et rejetez dans l’atmosphère 1,2 tonne de CO2 ? C’est deux fois plus que si vous aviez roulé six mois en Twingo en Ile-de-France (5 000 km) et autant que si vous aviez utilisé quatre tonnes de ciment (une maison moderne de 100 mètres carrés en nécessite dix) ou chauffé votre maison pendant environ six mois... Soit un mois et demi d’émissions liées à votre consommation globale (chauffage, alimentation, transport...), selon l’Institut français de l’environnement (Ifen). Ce qui correspond à plus de deux fois les rejets à ne pas dépasser par an et par habitant pour stabiliser les émissions de CO2 à l’échelle de la planète, estime l’expert Jean-Claude Jancovivi, dans sa lettre Manicore.

L’aviation commerciale représente 5% du réchauffement climatique dû aux activités humaines. Car les avions modifient les concentrations en gaz à effet de serre, en rejetant du dioxyde de carbone (CO2), formant de l’ozone (O3) et détruisant du méthane (CH4). Ils sont la source de traînées de condensation nuageuse, les contrails, que l’on voit dans le ciel derrière les avions.

Il est donc surprenant que ces émissions ne soient pas comptabilisées dans les inventaires nationaux d’émissions, qui tiennent à jour les efforts de réduction de chacun des pays signataires du protocole de Kyoto. Seuls les rejets polluants des transports domestiques (40% du total) y figurent. Car définir la nationalité des émissions d’un vol international relève d’un véritable casse-tête : doivent-elles être imputées au pays de rattachement de l’appareil, au pays où le carburant est vendu, à la destination de l’avion ou au pays de départ des passagers ?

Pourtant, il s’agit d’un des foyers de rejets polluants qui croît le plus. Le trafic aérien augmente de 4% par an en moyenne et on estime que ses émissions seront multipliées par quatre d’ici à 2050.

« Aussi la prise en compte de ces émissions est-elle un objectif affiché de l’Union européenne, qui multiplie les démarches en ce sens auprès des organes de l’ONU en charge du changement climatique (UNFCC) et de l’OACI (Organisation de l’aviation civile internationale) », explique André Gastaud, conseiller Transports à la Mission interministérielle de l’effet de serre (Mies). Un groupe de travail réfléchit actuellement à Bruxelles à la façon dont ce secteur pourrait être inclus dans le système européen de droits d’émission de CO2, mis en place début 2005. Le commissaire européen à l’Environnement Stavros Dimas évalue l’impact sur les billets de « 0 à 9 euros par vol aller-retour ». A l’échelon international, le sujet, qui sera évoqué à Montréal, risque cependant de se heurter à l’opposition de l’Arabie saoudite.

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