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CHRISTIAN LOSSON et MICHEL ZERR | Libération le 27.05.2009

Climat : l’Amérique se replace doucement au centre des débats

jeudi 28 mai 2009 par Christian LOSSON, MICHEL ZERR
Réunis à Paris, les 17 pays les plus pollueurs ont tenté de poser les bases d’un nouveau traité qui sera débattu à Copenhague.

Tous persuadés qu’ils font déjà le maximum, mais qu’il faudra faire davantage pour aboutir à un nouveau traité sur le climat, dans six mois à Copenhague. Tous champions du volontarisme et animés de la nécessité de dégager des convergences, mais convaincus que les autres pourraient faire plus. Tous pétris de l’idée que le « destin du monde » se joue, mais conscients qu’il est urgent d’attendre avant de rentrer dans le dur des négociations. Réunis à Paris pendant deux jours pour des discussions « franches, directes et constructives » (dixit Todd Stern, l’émissaire américain), les 17 pays les plus pollueurs de la planète - 80 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) -, n’auraient-ils produit que des avancées mineures dans ce forum des économies majeures (FEM) ?

« Même s’il y a toujours un côté poule et œuf, chacun attendant que l’autre bouge, on n’était pas dans la dénonciation, se défend Jean-Louis Borloo, ministre français de l’Ecologie. On est même pas loin du moment où on va pouvoir rédiger les termes d’un compromis idéal pour Copenhague. »

« Fonds vert ». « Il y a eu des progrès significatifs », relativise Todd. Disons que dans ce « processus continu » cher à Borloo et à la diplomatie climatique, les gros joueurs ont, en marge des négociations de l’ONU, abattu quelques cartes (sans dévoiler tout leur jeu) pour qu’un deal - encore virtuel - s’esquisse. Parmi elles, la question très sensible du financement de projets destinés à atténuer les effets du changement climatique. Ainsi, la « proposition mexicaine » lancée au sommet de Poznan en décembre semble sortie de la glaciation ; et suscite un large consensus. Stern la juge d’ailleurs « très intéressante », même s’il faut, maintenant, rentrer « dans les détails ».

De quoi s’agit-il ? De créer une sorte de « fonds vert mondial », souffle Borloo. Qui serait alimenté par les pays en fonction de « leur responsabilité historique et actuelle d’émission de GES et de leur PIB ». Une sorte de transition globale du principe pollueur-payeur ? Un effet pollinisation du Grenelle de l’environnement ? A suivre. Autre initiative, qui commence à faire son chemin, l’idée d’une négociation en bloc des pays riches. Histoire de donner des gages aux pays du Sud (Chine et Inde en tête), qui fustigent les« efforts insuffisants des pays riches », la France et l’Allemagne ont sorti un atout : une réduction commune de 25 à 40 % des GES par rapport à leur niveau de 1990, comme le demandent les scientifiques du Giec. Sur le mode du paquet énergie climat européen, « certains pays pourraient faire plus, plus vite, d’autres plus, un peu après », dit Borloo. « Les engagements critiques seront faits à l’échelle nationale », nuance Stern, qui juge l’idée « intéressante ».

Les Etats-Unis deviendraient la Pologne des pays riches, laquelle a obtenu des Européens le droit de se décarboner un peu moins vite que les autres ? « On doit prendre en compte les contraintes des Etats-Unis, confie Borloo. Mais de là à dire qu’ils peuvent se contenter d’une baisse de 5 à 6 % de leur émission de GES par rapport à 1990, quand l’Europe fera au moins - 20 %… Il y a de la marge. » Réponse de Stern : « J’entends et je comprends les critiques, j’admire ce qu’a fait l’Europe, mais nos efforts actuels sont d’une ampleur équivalente à ceux réalisés par les Européens. »

Marge. A peine entrevu, l’état de grâce climatique des Etats-Unis serait-il déjà révolu ? Même Ban Ki-moon, le boss de l’ONU, l’a rappelé : Washington doit aller plus vite. Mais à quelle vitesse ? Celle qui rentre dans la marge que laisse entrevoir le Congrès américain. Obama a promis de ramener les émissions de CO2 américaine à leur niveau de 1990 pour 2020… « On va aussi loin que l’on peu », assure Todd Stern, l’émissaire américain. Qui rappelait hier que la commission de la Chambre des représentants, emmenée par Henry Waxman, a approuvé un projet de loi plus ambitieux, mais encore insuffisant (lire ci-dessous).

« Les Etats-Unis peuvent faire beaucoup plus. Ils émettent 23 tonnes de GES par habitant et par an, l’UE en émet un peu moins de 12 tonnes en moyenne », répond Borloo. Plus que les 8 tonnes de la France, les 3 tonnes pour la Chine, moins d’une tonne pour l’Inde ou quasi rien pour l’Afrique. « Tout le monde a des contraintes, non ? Les Chinois aussi, et cela ne les empêche pas d’être très proactifs, très déterminés », note Borloo.

Bon, même si « le débat avec les Américains n’était pas le cœur du truc », s’est défendu le ministre de l’Ecologie, les Etats-Unis sont plus que jamais au centre de la photo.


Le Congrès divisé sur les baisses d’émissions

L’opposition républicaine est décidée à torpiller des objectifs pourtant a minima.

« Dis bien à Nicolas que je fais mes devoirs, dans deux mois je serai très bon sur le climat. » Lorsqu’il rapporte ces propos de Barack Obama à l’adresse de Nicolas Sarkozy, tenus le mois dernier à Washington, Jean-Louis Borloo se montre pourtant d’un optimisme mesuré quant aux ambitions américaines sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici à 2020. A l’issue du Forum des économies majeures (MEF) sur le climat que venait d’organiser la Maison Blanche, le ministre français de l’Ecologie saluait certes le « changement radical » des Etats-Unis face au réchauffement, mais jugeait toutefois leurs engagements insuffisants.

Obstruction. Après huit années d’une administration Bush totalement sourde sur la question, le pays se retrouve aujourd’hui à la traîne par rapport aux objectifs que se sont fixés les Européens. La semaine dernière, sous la pression de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), les élus de la commission de l’Energie et du Commerce, à la Chambre des représentants, ont dû batailler pendant quatre jours sur un texte de près d’un millier de pages, qui doit servir de base à la future loi sur « l’énergie et la sécurité ». Le projet prévoit une réduction de 17 % des émissions de GES à l’horizon 2020 par rapport à 2005, ce qui ne représente que 6 à 7 % par rapport à 1990, très loin des - 20 % affichés par l’Union européenne sur la même période. Malgré ces objectifs a minima, l’opposition républicaine au Congrès, soutenue par une poignée de démocrates inquiets de la réaction de leurs électeurs, est déterminée à faire de l’obstruction. Notamment sur l’une des principales dispositions du texte, émanant de la Maison Blanche, qui consiste à mettre en place une sorte de marché de droits d’émissions de dioxyde de carbone (CO2) pour les industries les plus pollueuses. Pour le ministère américain de l’Energie, ce marché baptisé « cap and trade », qui fixerait à environ 15 dollars (10,80 euros) le prix de la tonne de CO2 émise, inciterait au développement des énergies propres, tout en créant plusieurs millions d’emplois.

Foudres. Faux ! répondent la plupart des républicains, qui estiment qu’un tel dispositif augmenterait de quelque 3 000 dollars (2 158 euros) par an les dépenses d’une famille américaine moyenne, et qu’il serait au contraire destructeur d’emplois. De leur côté, les élus démocrates opposés au projet, affirment que ce mécanisme d’incitation n’aura que peu d’effets, si des pays tels l’Inde et la Chine n’en faisaient pas autant. Dans un contexte de crise économique, nombre d’élus dont les Etats accueillent des industries polluantes (auto, pétrole, acier, charbon…), ne semblent pas disposés à subir les foudres de leurs électeurs, touchés par la récession. Des électeurs avec lesquels ils ont rendez-vous dans un an et demi, pour les élections de mi-mandat.

Le projet de loi, qui doit être examiné par plusieurs commissions au Congrès américain, a donc peu de chance d’être adopté avant les vacances parlementaires, en août. Ce qui pourrait doucher l’enthousiasme de Barack Obama pourtant déterminé à ne pas faire de la figuration au mois de décembre à Copenhague.

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