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Un article de Caroline de Malet paru dans Le Figaro du 12 décembre 2005

Climat : les Etats-Unis restent à la porte conférence de Montréal

lundi 12 décembre 2005 par Caroline de Malet

Le premier pollueur de la planète a signé un accord pour un dialogue non contraignant sur la limitation des émissions de gaz à effet de serre en 2012. Les signataires du protocole de Kyoto, eux, se sont engagés plus avant dans son application.

« LES ETATS-UNIS font toujours ce qu’il convient, après avoir épuisé toutes les autres options. » Stavros Dimas, le commissaire européen à l’Environnement, se plaît à marteler cette citation de Churchill. Le dénouement inattendu de la conférence de Montréal sur les changements climatiques lui a donné partiellement raison. Après deux semaines de sur-place, les Etats-Unis ont fini, dans la nuit de vendredi à samedi, par donner leur accord à un texte dans lequel les 189 pays membres de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, signée en 1992, s’engagent dans un dialogue sans calendrier contraignant sur le réchauffement de la planète.

Il faut dire que l’intervention de dernière minute de Bill Clinton à la tribune officielle vendredi les avait passablement agacés et isolés. L’ancien président américain avait en effet habilement démonté l’argument du président George W. Bush, qui refuse de ratifier Kyoto, au prétexte que ce texte ruinerait l’économie américaine, en expliquant que, « si nous fournissons un effort sérieux, discipliné, pour mettre en oeuvre à grande échelle les énergies propres existantes et les technologies d’économies d’énergie, nous pourrions facilement atteindre et dépasser les objectifs de Kyoto en renforçant, et non en affaiblissant, nos économies ». Une troisième égratignure, après les rappels à l’ordre discrets du premier ministre canadien Paul Martin et par vidéo de Jacques Chirac lors de l’inauguration de cette conférence.

USA : 40% des émissions mondiales

Les ONG, à l’instar de Jennifer Morgan, du WWF, veulent voir dans cet accord « un clair signal que les Etats-Unis avancent ». Même si ces derniers ne se sont pas ralliés au protocole de Kyoto, qui a contraint en 1997 les pays industrialisés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 5,2% entre 1990 et 2012, Montréal leur laisse la porte ouverte. Leur ralliement est d’autant plus souhaitable que les Etats-Unis représentent presque 40% des émissions mondiales.

Sans les Etats-Unis cette fois, les pays membres de Kyoto ont, après une nuit de blocage par la Russie, par ailleurs approuvé samedi l’extension du protocole de Kyoto au-delà de 2012. Cela leur laisse sept ans pour se mettre d’accord sur les modalités. Il faut dire que la volonté de l’ensemble de la communauté internationale d’aller de l’avant pour durcir ce traité, dont la première période arrive à échéance en 2012, est aujourd’hui manifeste.

Les pays en développement, particulièrement coopératifs à cette conférence, sont demandeurs à double titre. En premier lieu, parce qu’ils attendent de voir ce que les pays industrialisés vont proposer en mai 2006 comme engagements chiffrés de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre pour la période 2013-2017, avant d’émettre leurs propres propositions. Ensuite, parce que Kyoto est devenu synonyme pour eux de transferts de technologies propres. Car « les questions de développement prennent désormais une place essentielle à côté de l’environnement », note Morgane Créach, du collectif d’ONG Réseau Action Climat. Une façon d’associer les pays émergents à la lutte contre l’effet de serre, les émissions de CO2 de la Chine et de l’Inde risquant de dépasser celles des Etats-Unis vers 2015.

Enfin, le Plan d’action de Montréal a permis de donner vie au protocole de Kyoto. Un régime de sanctions pour ceux qui ne respecteraient pas leurs engagements en 2012 a été adopté. Or c’est la clé de voûte du marché de CO2 , qui ne peut fonctionner que si ses membres ont une contrainte. Les signataires vont pouvoir également enfin recourir aux outils permettant d’investir dans un pays en développement (mécanisme de développement propre) et dans un pays d’Europe de l’Est (mise en oeuvre conjointe), en échange de crédits d’émission.

Un pourcentage des revenus tirés de ces mécanismes sera par ailleurs reversé aux pays émergents souffrant le plus des conséquences du réchauffement, pour les aider à s’y adapter. Comme le souligne Stéphane Dion, ministre de l’Environnement canadien qui présidait la conférence, « Kyoto est pleinement mis en oeuvre, il fonctionne et est bien vivant ». Les milieux économiques, qui avaient besoin de garanties sur l’opportunité d’investir « vert », n’en attendaient pas plus.

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