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Clotilde Mathieu, Pierre Ivorra, Yves Dimicoli | L’humanité du 04.08.2011

Comment éviter le piège de la dette

mardi 9 août 2011 par Clotilde Mathieu , Yves Dimicoli, Pierre Ivorra
Nicolas Sarkozy aimerait bien que la question de la réduction de la dette et des dépenses publiques devienne un thème majeur du débat électoral de 2012. La gauche a tout intérêt à refuser le piège et à traiter autrement le problème.

Pour justifier son projet visant à inscrire dans la Constitution la nécessité de l’austérité, le président de la République affirme que cette question ne serait «  ni de droite ni de gauche  ». Pourtant, chacun peut le constater, il y a bien une façon de droite de la traiter. Si la droite est bien dans sa démarche en prétendant régler le problème en taillant dans les budgets utiles à la population, la gauche se fourvoierait en suivant un tel programme.

Une insuffisance de ressources

Il ne réglerait rien, d’abord parce que cette dette publique, qui rassemble tout à la fois la dette de l’État et celles de la Sécu et des collectivités territoriales, n’est pas due, pour l’essentiel, à un excès de dépenses mais plutôt à une insuffisance de ressources. Son explosion est évidemment liée à la crise de 2007-2008, mais pas seulement. La gestion des affaires du pays par l’équipe de Nicolas Sarkozy et celle de l’Europe par les dirigeants de droite et de la gauche socialiste, avant et durant la crise et depuis, nous ont mal préparés à encaisser le choc puis à le surmonter. Il n’en est pour preuve que la tempête qui secoue la zone euro, les lourdes incertitudes qui pèsent depuis le début de 2011 sur la croissance en France et en Europe et le maintien dans les pays de l’Union d’un taux de chômage de 9 % en moyenne.

L’impact de la crise est visible à l’œil nu. Entre 2008 et 2009, les recettes de TVA récoltées par l’État sont passées de 159 milliards d’euros à 154. Mais si celles de l’impôt sur le revenu (IR) ont chuté de 49 à 44,9 milliards, ce n’est pas dû qu’à la crise. Les mesures gouvernementales en faveur des hauts revenus ont contribué à ce recul. On pourrait en dire autant de l’impôt sur la fortune que la droite rêve de pouvoir supprimer après 2012. Il y a pire encore. En octobre dernier, le conseil des prélèvements obligatoires a révélé un manque à gagner de 172 milliards d’euros en 2010 pour les finances publiques, dû à des exonérations de charges fiscales et sociales aux entreprises. Le conseil remarque, notamment, que l’efficacité des 22 milliards d’allégements de cotisations patronales sur les bas salaires ne saute pas aux yeux. On pourrait ajouter que les mesures prises en faveur du capital depuis 2007, élargissement du crédit d’impôt recherche, suppression de la taxe professionnelle… ont encore réduit les moyens de l’État, de la Sécurité sociale et des collectivités territoriales.

Il n’y a pas que les recettes qui ont été soumises à un traitement particulier, les dépenses aussi. Durant la crise, des moyens sans précédent ont été mobilisés par le gouvernement et par la Banque centrale européenne. Pour l’essentiel, ils ont visé à sauver le système bancaire et financier de l’effondrement et à permettre aux grands groupes de retrouver une rentabilité mise à mal par la crise  : prêts aux banques, aux groupes automobiles, soutiens divers… Par ailleurs, les suppressions d’emplois opérées par les entreprises et l’aggravation du chômage ont lourdement pesé sur les budgets sociaux. Cette façon de traiter la question de la dette a déjà échoué.

Les catégories populaires ont déjà beaucoup donné

Y a-t-il un autre traitement possible, de gauche  ? Peut-on se contenter de proposer de partager les efforts  ? Les catégories populaires ont déjà beaucoup donné. En vérité, faire de la dette la question majeure pour une relance de l’économie française, c’est déjà tomber dans le piège tendu par la droite et les adeptes du pacte euro plus, lancé par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. D’abord parce qu’il y a de bonnes dettes et des mauvaises. S’endetter parce que l’on fait la guerre en Libye, c’est du gâchis de fonds publics. Autre chose est de le faire pour engager de vastes programmes d’éducation, de formation, de développement de la recherche et de la culture. S’endetter pour promouvoir le développement humain c’est se donner les moyens pour accroître le niveau et l’efficacité de la production et pour faire reculer le chômage. Par ailleurs, il faut parler clair  : même les réformes fiscales les plus audacieuses, si nécessaires soient-elles, ne peuvent à elles seules donner au pays les moyens de sortir de la crise, de relancer la croissance, de revenir sur les réformes du système de retraite de la droite.

Dès lors, où trouver l’argent  ? La dette de la France a été contractée auprès des marchés financiers, particulièrement auprès d’investisseurs étrangers. Doit-on continuer dans cette voie  ? Pour prétendument sauver la Grèce, en fait, pour une bonne part pour sauver plutôt les banques qui ont spéculé sur la dette grecque, nos adeptes de la réduction des déficits sont prêts à alourdir la dette de la France de 15 milliards d’euros. En effet, comment comptent-ils trouver l’argent pour éviter le défaut de paiement d’Athènes  ? En s’endettant de nouveau auprès des marchés financiers. On va donc combler la dette grecque en faisant de nouvelles dettes  !

Il est un moyen de financement bien plus considérable que les budgets des États, bien plus avantageux que le recours aux marchés financiers, qui consiste à utiliser la capacité des banques, particulièrement de la Banque centrale européenne, à créer de la monnaie. Cet argent serait utilisé pour financer, sur des critères sociaux, les dépenses publiques utiles et pour stimuler une croissance efficace, écologique ainsi que la création d’emplois.


Sarkozy accusé de « violer » la Constitution par Emmanuelli.

Dans une lettre adressée au président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer (UMP), le député PS des Landes Henri Emmanuelli demande à ce dernier de saisir le Conseil constitutionnel 
à propos de la lettre du président de la République, Nicolas 
Sarkozy, adressée la semaine dernière à l’ensemble des députés 
et sénateurs. Dans sa missive, le chef de l’État demande 
à mots couverts aux parlementaires d’adopter en Congrès, 
à Versailles, le projet de loi constitutionnel sur la « règle d’or » 
qui vise à proscrire les déficits budgétaires et à soumettre 
en premier lieu le budget de la nation à la supervision 
des instances européennes, pour validation de ses grandes orientations. Selon Henri Emmanuelli, cette initiative constituerait « une violation caractérisée » de la Constitution, qui garantit 
la séparation des pouvoirs exécutifs et législatifs.


Yves Dimicoli « Utiliser autrement l’euro pour un nouveau régime de croissance »

Yves Dimicoli, économiste du PCF, analyse la crise de l’endettement public, appelle à une réforme du crédit et à la création d’une monnaie commune mondiale.

Trois ans après la crise 
des subprimes, comment 
en est-on arrivé à l’explosion 
de la dette des États  ?

Yves Dimicoli. La phase 2008-2010 a conjugué une crise financière, la plus grave depuis l’entre-deux-guerres, suivie d’une récession mondiale, la plus profonde depuis la Seconde Guerre mondiale. Elle renvoie à la façon dont les capitalistes utilisent les formidables potentiels de productivité, avec les nouveaux outils de l’information, pour la rentabilité financière 
et contre l’emploi. Cette pression de la rentabilité, qui baisse 
les salaires et réduit l’emploi, 
crée une insuffisance de la demande globale qui a pu être compensée jusqu’ici par l’endettement 
des entreprises et des ménages 
et a conduit en 2008 à la crise des subprimes avec l’impossibilité pour des millions de ménages modestes et insolvables de rembourser 
leur prêt pour se loger. À partir 
de cette étincelle américaine, 
les pertes sont énormes pour 
les banques aux États-Unis, en Europe et dans le monde, entraînant un rationnement 
du crédit et la grande récession 
de 2009 avec 112 millions 
de chômeurs dans le monde. 
Face au risque de l’effondrement du système financier et au risque 
de déflation, les États sont intervenus massivement pour soutenir les institutions financières par le biais d’aides publiques massives allant jusqu’à 
des prises de participation, voire 
des nationalisations. Cette intervention s’est accompagnée d’un abaissement très important des taux d’intérêt et d’une formidable création monétaire des banques centrales. Fin 2009, par exemple, la dette américaine atteignait 1 500 milliards de dollars. Mais toutes ces mesures ont été réalisées sans toucher aux critères des crédits et des banques ou 
aux modalités des aides publiques.

Cette montagne de dettes 
risque-t-elle de plonger une nouvelle fois l’économie mondiale 
dans la récession  ?

Yves Dimicoli. Le type de réponse à cet excès d’endettement public va conduire à des exacerbations nouvelles. En 2010, l’explosion de la spéculation sur les titres de dette publique a déclenché la remontée brutale des taux d’intérêt dans 
les pays en difficulté comme 
la Grèce. La crise de l’euro 
a provoqué l’intervention massive de la BCE et du Fonds monétaire international (FMI) avec la création 
d’un fonds de stabilité financière. Cette facilité de paiement emprunte ses ressources sur les marchés financiers pour les prêter aux pays en difficulté afin qu’ils puissent continuer à s’endetter sur 
les marchés. Et tout cela au prix 
de politiques d’austérité qui cassent la croissance et font exploser 
le chômage. Un véritable fiasco puisqu’il a débouché sur un nouveau plan de «  sauvetage  » 
qui aggrave cette logique au service de la domination des marchés financiers. Cet excès des dettes publiques en Europe mais aussi aux États-Unis peut conduire 
à un nouveau krach.

Pour échapper à un tel scénario 
ne faudrait-il pas sortir de l’euro  ?

Yves Dimicoli. Non, car ce serait 
se priver de la force d’une création monétaire commune à l’échelle européenne, et alors disposer 
de moins bonnes conditions 
de financement, surtout pour 
un pays moyen comme la France. Cela reviendrait aussi à renforcer le dollar dans son rôle de monnaie commune mondiale de domination alors que la crise appelle à la mise en cause de cette hégémonie. 
Le défi consiste à utiliser autrement l’euro et à donner une tout autre orientation à la BCE, conduisant 
à une transformation radicale 
du crédit. Nous proposons un crédit bancaire d’un taux très abaissé pour les investissements matériels réels et de recherche procurant de bons emplois et de bonnes formations.

La crise n’appelle-t-elle pas 
à de nouvelles institutions mondiales  ?

Yves Dimicoli. Il faut une transformation radicale 
des institutions existantes, notamment celle du FMI, 
à travers une réforme des droits 
de tirages spéciaux. Ces titres 
créés et attribués par le FMI 
à une banque centrale permettent, 
dans un mécanisme de coopération, d’émettre de la monnaie et de 
se refinancer. Ce serait un pas vers une monnaie commune mondiale. Un moyen de développer au travers du crédit les capacités humaines, 
de faire reculer la spéculation 
et de pérenniser un nouveau régime de croissance et de développement.

Entretien réalisé par Clotilde Mathieu

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