Liste des auteurs

Article de Laure NOUALHAT paru dans Libération le 31 octobre 2006

« Compenser, c’est aussi penser qu’on peut ne rien changer »

mardi 31 octobre 2006 par Laure NOUALHAT

Jean-Marc Jancovici est ingénieur conseil en énergie. Il est l’auteur du Plein, s’il vous plaît (Seuil), ouvrage dans lequel il défend l’idée d’une taxation progressive sur les énergies fossiles pour anticiper les effets du réchauffement climatique.

Que pensez-vous des systèmes de compensation ?

C’est une forme d’indulgence des temps modernes. Physiquement, aucun paiement ne va « annuler » des émissions qui auront bien eu lieu, si nous prenons l’avion. Ce que nous payons, c’est l’espoir ­ et non la certitude ­ que les émissions baisseront ailleurs, plus tard, et chez d’autres, sans savoir si cette baisse sera seulement réelle ou égale à ce qui est émis par celui qui paie.

N’est-ce pas mieux que de ne rien faire du tout ?

La compensation ne tient que si elle s’applique à une partie infime des émissions. Imaginez que tout le monde s’y mette et compense toutes ses émissions. A la fin, on arrive à une situation absurde. Sur le papier, toutes les émissions ont disparu puisque chacun a compensé, mais, dans la réalité, nos émissions de CO2, même « compensées », sont toujours dans l’atmosphère. Compenser peut donc être pire que de ne rien faire : cela nous éloigne un peu plus des baisses auxquelles nous ne pourrons pas couper.

Que préconisez-vous ?

La meilleure manière de réduire, c’est encore... de réduire ! Ne pas prendre l’avion ou ne pas allumer sa chaudière se traduit directement par une absence d’émissions. C’est quand même plus efficace. Les personnes qui compensent souhaitent souvent agir sans rien changer, ce qui n’est pas très éloigné... des déclarations d’un certain George Bush, pour qui « le mode de vie des Américains n’est pas négociable ». Là, c’est un peu la même chose. Les gens se disent : « Je veux continuer à partir en low-cost en Europe ou ailleurs... Et, comme je paie, je suis absous, sans m’être privé. » Compenser, c’est aussi penser qu’on peut ne rien changer. Or, face au réchauffement climatique, tout le monde peut, et surtout, va devoir changer ses habitudes. On a tous tendance à laisser traîner les choses jusqu’au dernier moment. Le prix à payer n’en sera que plus élevé.

Alors... que fait-on ?

Le mieux, c’est de mettre en place une taxe progressive qui, encore une fois, ne fait qu’anticiper quelque chose d’inéluctable : quelqu’un va bien devoir passer à la caisse pour payer les dommages climatiques et la raréfaction des énergies fossiles. Sur les sites type Action carbone, compenser un Paris-New York coûte à peine 20 euros, soit 8 % du billet. Ce n’est rien. Si un vol Paris-New York est taxé à 500 euros (ce qui correspond à un alignement de la fiscalité du kérosène sur celle de l’essence), non seulement cela a un côté dissuasif, mais en plus, à ce niveau de prix, on peut financer de vrais programmes de réduction des émissions « ailleurs », y compris chez nous.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !