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Un article de Paule Masson paru dans L’Humanité le 18 janvier 2006

Confrontation CGT-CFDT sur le rôle du syndicalisme

jeudi 19 janvier 2006 par Paule Masson
colloque . François Chérèque, de la CFDT, et Bernard Thibault, de la CGT, ont débattu sur la finalité de la négociation sociale.

Valoriser la négociation sociale, oui, mais pour quoi faire ? Pour permettre aux partenaires sociaux de s’autonomiser du pouvoir politique ou pour inciter ce dernier à gouverner en respectant l’avis des salariés ? Lundi, l’association Dialogues, créée il y a deux ans pour contribuer à refonder le dialogue social, a organisé la confrontation sur le sujet au Conseil économique et social. Lors d’un débat au titre volontairement provocateur, « Les syndicats sont-ils mortels ? », Bernard Thibault , secrétaire général de la CGT , et François Chérèque, son homologue de la CFDT, ainsi que d’autres personnalités, telles que l’essayiste Nicolas Baverez, ont discuté ferme.

Les leaders syndicaux sont d’accord pour exiger un changement radical des règles de la démocratie sociale. Mais pas concernant la finalité de la négociation sociale. Pour la CFDT, la clarification des rôles entre les accords paritaires et la loi devient « l’élément central » du débat sur l’avenir du syndicalisme. François Chérèque, citant la dernière convention UNEDIC, veut balayer l’idée que, « quand un syndicat s’engage, il trahit les acquis sociaux ». Ce à quoi Bernard Thibault rétorque que « ce qui doit guider la signature ou non d’un accord, c’est sa finalité ». Aujourd’hui, insiste-t-il, « je ne vois pas pourquoi l’idée de sauver le paritarisme deviendrait un objectif en soi au regard de ce qu’il produit ». Et le secrétaire général de la CGT de citer les réformes négatives des retraites, de l’assurance maladie et de l’assurance chômage.

En fait, la CFDT, qui se lamente que perdure en France une culture de l’opposition, veut faire adopter à son prochain congrès (en juin 2006) une motion réclamant l’application du protocole de Maastricht qui instaure un préalable à la négociation. Si un accord est obtenu, alors il s’applique. Sinon, la loi s’impose. Pour la CGT, qui aborde elle aussi la question dans le document préparatoire à son congrès (fin avril), la négociation a vocation à améliorer la situation des salariés. Dans ce cadre, elle est avant tout l’expression d’un rapport de forces, ce que conteste François Chérèque, avouant « qu’il peut y avoir de bons accords sans rapport de forces ».

Le leader cédétiste veut gagner « un espace de liberté pour les corps intermédiaires » qui favorise une certaine autonomie dans l’élaboration du droit social. Idée aussi revendiquée par Louis Schweitzer, invité au débat comme grand témoin, souhaitant que « le dialogue social échappe à l’emprise du politique ». Et de prendre pour exemple de décision prise autoritairement par l’État « le passage à 39 heures payées 40 ». L’ancien PDG de Renault a beau, après vingt-cinq ans, toujours s’étrangler, Bernard Thibault saisit la perche : « Et vous voulez que l’on soit contre ! » En filigrane, les points de vue achoppent sur le crédit que chacun accorde ou non aux pouvoirs politiques. « Attention à ne pas nous-même amplifier le désintérêt qui s’exprime vis-à-vis de la politique », réagit le secrétaire général de la CGT, qui déplore plutôt que « le politique n’intervienne pas assez pour codifier les règles sociales ». Pour lui, « faire pression sur les parlementaires » fait partie du rôle des syndicats, puisque « au final, dans une démocratie, ce sont eux qui décident ».


79 % pour des regroupements syndicaux

Le sondage TNS-SOFRES réalisé pour l’association Dialogues confirme les fortes attentes qui s’expriment vis-à-vis des syndicats. Mais le regard des salariés sur leur activité est extrêmement sévère. À leurs yeux, ils sont d’abord trop nombreux : 79 % pensent qu’un à trois syndicats suffiraient en France. Ils les jugent ensuite loin de leurs préoccupations, centrés sur les entreprises à statut (75 %), les grands groupes (74 %) et la défense des salariés stables (64 %). Ils ne les considèrent pas attentifs aux salariés qui ont un emploi précaire (57 %), à ceux des petites entreprises (58 %) et aux chômeurs (62 %). Mais si le sentiment que leurs préoccupations ne sont pas prises en compte reste le premier obstacle à l’adhésion (38 %), vient immédiatement après, pour 36 %, la « peur des représailles ». P. M.

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