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Stephen Bouquin | L’Humanité du 22.09.2007

« Construire l’unité de la classe salariée »

samedi 22 septembre 2007 par Stephen Bouquin

Il me paraît important de réfléchir à la pertinence des mots. Le mot derrière lequel se trouve un enjeu symbolique à cet égard c’est le « nous ».

Quel est le collectif dans lequel il est possible de se reconnaître, de s’identifier ?

Quelle est la communauté de destins susceptible de porter une force collective de transformation sociale ?

Pour répondre à cette question, je pense que la notion de classe ouvrière n’est plus pertinente, d’autant que l’utilisation idéologique de cette notion me semble erronée. Doit-elle se définir à partir d’un acte de travail ?

Lorsqu’il parle de classe, Karl Marx part d’une situation sociale structurée par des rapports sociaux de production, il parle des salariés ou des prolétaires, de la place que l’individu prenait dans les rapports sociaux. La notion de classe laborieuse ou de classe salariée est beaucoup plus pertinente aujourd’hui que celle de classe ouvrière. Le monde anglo-saxon parle de « working class », notion qui intègre plusieurs catégories de salariés quelle que soit la nature du travail et quel que soit le rapport au travail. 40 % des cadres disent qu’ils ont le sentiment d’être exploités.

Ce n’est donc pas seulement la réalité de ceux qui subissent les pires situations. La situation de travail offre une communauté de destin qui peut se structurer en opposition à ceux qui dirigent, à ceux qui décident. Cela signifie aussi qu’il faut peut-être actualiser les différenciations culturelles, générationnelles.

Avant, la classe dominée était structurée par une situation qui tendait à l’homogénéisation : même lieu d’habitat, même type de travail, même identité et revendication politique, même pratique culturelle, même vote, même loisir, etc. Aujourd’hui, ce n’est peut-être plus la forme communautaire qui prévaut, mais la forme sociétaire.

Comment alors se réapproprier le travail, pas seulement là où c’est utile pour l’entreprise ?

Peut-on s’approprier le travail sans s’approprier le capital ?

Peut-on le faire sans s’adresser au monde des petites entreprises ?

Je ne vois aucun obstacle sociologique pour que l’action collective et le syndicalisme se développent dans les PME, même si la répression patronale et la distance des syndicalistes compliquent la tâche. Mais il existe des questions unificatrices. La Sécurité sociale en est une. Réaliser l’unité des opprimés et des exploités est difficile mais pas insurmontable, il suffit de répondre à la hauteur des attaques de l’adversaire. Le sentiment collectif ne préexiste jamais, il existe ici et là, et puis il s’étend au travers de l’expérience de l’adversité. C’est le cas dans une entreprise comme à l’échelle de la société. La « lutte des classes » se mène de deux côtés. »

(*) Directeur de la revue les Mondes du travail. Dernier ouvrage publié : la Valse des écrous. Éditions Syllepse, 2006.

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