Liste des auteurs

Un article de Frédéric Cordoba, (économiste). Paru dans L’Humanité le 11 mars 2006

Coopération et partage : sept pistes de réflexion

samedi 11 mars 2006 par Frédéric Cordoba

1. L’appropriation sociale des gestions. Les OPA sont un outil de guerre économique. Elles représentent des sommes considérables prélevées sur la richesse produite, sur la valeur ajoutée (VA), pour financer des batailles boursières. Il en résulte une expansion du capital financier au détriment de l’emploi et des salaires puisque la part de la VA revenant aux dépenses sociales est réduite d’autant. Au contraire, les groupes doivent contribuer, par des gestions alternatives, à sécuriser l’emploi et la formation et à augmenter la richesse disponible pour un développement des populations (du local au mondial).

2. Accords de coopération et de partage plutôt qu’OPA. Par-delà les frontières, des accords de coopération et de partage, ne demandant pas de dépense en capital financier, peuvent être opposés aux OPA. - Prenons l’exemple de GDF, Suez et Enel. La Belgique, l’Italie, la France et d’autres pourraient rechercher, à travers les groupes, un partage de pouvoir avec l’objectif de productions énergétiques efficaces et moins coûteuses, créatrices d’emplois, moins polluantes. Une entité publique, voire non capitalistique, de type GIE (groupement d’intérêt économique) ou coentreprise, pourrait être créée. Airbus était, à l’origine, un GIE.

3. Des règles nouvelles. Comme le référendum du 29 mai l’a exprimé, il faut des règles et des conditions nouvelles de coopération et de partage en France et en Europe, au lieu de la « concurrence libre et non - faussée » de Bruxelles. Villepin, d’ailleurs, touche aux règles, avec la récente loi sur les OPA, mais dans le mauvais sens. Nos partenaires européens peuvent être intéressés par un cessez-le-feu dans la guerre économique sur le continent.

4. L’État actionnaire peut intervenir. Même dans les conditions actuelles, actionnaire comme à GDF, il pourrait pousser les groupes à coopérer plutôt qu’à racheter le capital de l’autre. Il en est de même avec les fonds publics. Au lieu de se comporter en gestionnaire de portefeuille et en actionnaire « dormant » soucieux de rentabilité et de son dividende, l’État devrait exiger des dirigeants des résultats sur l’emploi, l’investissement efficace, les salaires, etc. Dès à présent, l’État français dispose de moyens pour obtenir une suspension des OPA. Il peut ouvrir un débat avec les élus territoriaux et les salariés pour des solutions alternatives. Au-delà, une propriété publique étendue, des salariés et un actionnariat salarial ayant de réels pouvoirs sur les décisions de gestion, de nouveaux titres financiers à imaginer et une mobilisation des banques pourraient être de puissants leviers d’intervention.

5. Le rôle crucial des banques. Les banques italiennes envisagent de prêter 50 milliards d’euros à Enel pour financer l’OPA sur Suez. Au lieu de cela, elles pourraient, avec les banques françaises, prêter des milliards pour financer des accords de coopération, pour des recherches sur l’après-pétrole et sur les énergies non polluantes. Moins rentable ? Mais plus efficace pour la planète et pour l’emploi. C’est un exemple. Par ailleurs, le pôle public financier français (Caisse des dépôts, Banque postale, banques mutualistes) peut agir dans ce sens. Au contraire, Villepin demande à la CDC de protéger les noyaux d’actionnaires français.

6. Que fait la Banque centrale européenne ? La BCE a une responsabilité particulière. Elle laisse faire les marchés financiers. Pire, elle nourrit, par sa politique - monétaire, l’inflation des actifs - financiers. La Confédération - européenne des syndicats a, du reste, dénoncé sa dernière hausse de taux d’intérêt. En Europe, la BCE aurait largement les capacités d’orienter l’énorme création monétaire vers les objectifs d’efficacité sociale dont nous parlons. D’un autre côté, elle rendrait très coûteuses les OPA prédatrices. Un comité européen des syndicats de banques centrales s’est récemment prononcé en ce sens.

7. De nouveaux pouvoirs. Bien sûr, tout cela doit se combiner avec de nouveaux pouvoirs des salariés dans les entreprises et les banques. La CGT de la Banque de France avance l’idée d’un « droit de tirage des salariés » des banques sur le crédit des entreprises.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !