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Un article de Lénaïg Bredoux paru dans l’Humanité du 11 mars 2006

Courrières : Ils étaient 1099, morts pour le profit

samedi 11 mars 2006 par Lénaïg Bredoux
Mémoire . Le centenaire de la catastrophe minière du 10 mars 1906 a donné lieu, hier, à de très nombreuses manifestations.

Il fait encore nuit, humide. Les anonymes se pressent sous les parapluies. En face, les anciens mineurs, en tenue de travail, s’installent en rangs, serrés, à l’entrée du puits qu’ils ont reconstituée. De loin, on ne voit que leurs lampes. Puis, de l’obscurité, résonnent les sirènes. Il est 6 h 34 dans le bassin minier. Le son dure.

Comme il y a cent ans, quand les sirènes de Méricourt, Sallaumines, Billy-Montigny ou Noyelles-sous-Lens (Pas-de-Calais) ont retenti : une explosion venait de se produire sous terre, dans les puits appartenant à la compagnie des mines de Courrières. Ravageuse, une boule de feu a détruit en quelques minutes 110 kilomètres de galeries. Bilan, 1 099 mineurs morts. Soit la plus grande catastrophe minière européenne.

Le son s’évanouit, puis reprend, flageole, oppressant. Les mineurs s’approchent, déposent des fleurs. À Méricourt, Bernard articule : « Nous sommes tous descendus dans les entrailles de la terre, et toujours avec la peur au ventre. » Vittorio : « ça fait pleurer... (silence) Tous ces tués... J’ai été au fond, je sais ce que c’est. » « Ici, c’était le 4 mai , sud de Méricourt (le puits a été détruit et remplacé par un rond-point-NDLR), le dernier puits de mon père », raconte Jean-Claude Lefebvre, conseiller municipal (PS). Alors, dit-il, la voix sourde, « on est obligés d’être touchés ».

Dans toutes les villes, des hommages sont rendus aux victimes de la catastrophe. À Noyelles-sous-Lens, des anonymes portent un badge avec le nom d’un disparu. À Méricourt, 404 ballons blancs, soit le nombre des victimes de la commune, sont lâchés. Ils s, d’un coup. Un ancien mineur : « Comme dans la catastrophe, avec l’explosion. » La nuit s’accroche.

Le centenaire de la catastrophe du 10 mars 1906, dite de Courrières, a donné lieu, hier, à de multiples initiatives, signe d’une ferveur et d’un besoin de recueillement inédits. Anthony, collégien, explique : « C’est important de rappeler que beaucoup de gens sont morts, que des tyrans ne se souciaient pas de la vie des autres. » Son copain ajoute : « Nos grands-pères étaient mineurs. » Ils sont morts. Silence. « C’est important... » « J’ai vu des films, j’ai entendu les mineurs raconter leurs histoires, explique Stéphane, vingt-neuf ans. Il faut honorer les morts, savoir ce qui s’est passé. »

Mais, à ce devoir de mémoire, certains élus ont aussi voulu insuffler une dimension politique. Bernard Baude, le maire (PCF) de Méricourt, a lancé à la foule rassemblée : « À quoi ça sert ? Cette commémoration interroge notre présent. » « La catastrophe n’en était pas une. Il s’agit d’un crime, de 1 099 crimes, commis par les possédants et les puissants », a poursuivi Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF. Accusant la direction de la compagnie de ne pas avoir tenu compte des avertissements des délégués mineurs, notamment de Pierre Simon, dit Ricq, qui conseillaient de ne pas descendre ce jour-là. La responsable communiste conclut : « Le temps de la mine, la droite et le patronat veulent aujourd’hui y revenir. »

Parmi les personnalités présentes : Bernard Thibaut, secrétaire général de la CGT, Daniel Percheron, président de la région Nord-Pas- de -Calais, Jean-Pierre Kucheida, président de l’Association des communes minières, François Hollande qui s’est, lui, recueilli à Fouquières-lès-Lens...

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