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Dépèche AFP parue sur lemonde.fr le 3 aout 2006

Créé il y a un an, le CNE suscite toujours la polémique

jeudi 3 août 2006

Le premier CNE ou contrat nouvelles embauches, signé le 3 août 2005, a fait des petits : en près d’un an, l’administration a enregistré plus de 550 000 intentions d’embauche en CNE.

Ce contrat à durée indéterminée, débutant par une période de deux ans au cours de laquelle l’employeur peut licencier son salarié sans justification, représente désormais 8,8 % des intentions d’embauches dans les entreprises de moins de 20 salariés, auxquelles il est réservé.

RÉSULTATS CONTESTÉS

L’engouement des premiers jours s’est cependant un peu tari : le nombre d’intentions d’embauches en CNE n’a cessé de diminuer au fil des mois, alors même que le marché du travail retrouvait des couleurs. Confronté à un chômage supérieur à 10 %, Dominique de Villepin avait lancé dès son arrivée à Matignon l’idée d’un contrat de travail offrant "plus de souplesse" aux employeurs et de "nouvelles sécurités" aux salariés.

Au coeur de l’été, il avait choisi la voie des ordonnances pour le mettre en oeuvre dans les plus brefs délais, malgré une opposition unanime des syndicats et de la gauche et quelques réticences chez ses ministres sociaux.

Désormais, le premier ministre estime que "son" contrat est un des facteurs essentiels de la décrue du chômage, repassé à 9 % en juin. Le CNE "a permis de débloquer l’embauche dans les très petites entreprises", s’est-il récemment félicité, affirmant que "la moitié des créations d’emplois en France" lui sont dues.

Mais ces résultats affichés sont contestés. Dans une étude publiée en juin, l’Insee estime que seuls 10 % des CNE correspondent à des créations d’emplois, 70 % s’étant substitués à des CDD ou à des CDI classiques et 20 % correspondant à de simples anticipations de recrutements.

LA PEUR DU "SALARIÉ KLEENEX"

L’Union professionnelle artisanale (UPA) estime de son côté que 28 % des artisans n’auraient pas embauché et 9 % auraient retardé leur recrutement sans le CNE.

Parallèlement, les craintes des syndicats de voir émerger une nouvelle catégorie de "salariés kleenex" — attisées cet hiver par la tentative de transposer la formule chez les jeunes à travers le CPE — sont toujours vives.

Selon l’Insee, 30 % des CNE ont été rompus six mois après la création du dispositif, mais ce taux élevé résulte plus souvent d’une décision du salarié (45 % des cas) que de l’employeur (38 % des cas). Les experts estiment qu’il faudra attendre l’été 2007 pour savoir si les employeurs auront joué le jeu en transformant les CNE en CDI au bout de la "période d’essai" de deux ans ou auront licencié leur salarié juste avant le terme.

En attendant, les recours de salariés en CNE estimant avoir été licenciés abusivement, se sont multipliés devant les Prud’hommes. "Surmédiatisés" selon le patronat, ces cas ont conduit les syndicats, à afficher leur détermination à "avoir la peau" du CNE, sans pour autant lancer de mobilisation comparable à celle ayant abouti au retrait du CPE.

Ils misent sur l’action juridique - l’Organisation internationale du travail doit rendre à l’automne un avis sur la validité du CNE - et semblent compter sur les échéances électorales. A quelques mois de la présidentielle, la crise du CPE pourrait quoi qu’il en soit avoir refermé pour un temps le débat sur la réforme du contrat de travail, que le CNE avait ouvert il y a tout juste un an.

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