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Jacques Coubard , Yves Housson | L’Humanité du 24.08.07

Crise immobilière américaine : nouvelles faillites de banque

vendredi 24 août 2007 par Yves Housson, Jacques Coubard
États-Unis . L’effet domino de la crise des crédits à risque persiste, tandis que les statistiques enregistrent une nouvelle baisse du « revenu moyen »

Lehman Brothers, l’une des plus importantes sociétés de vente par paquets de crédits immobiliers (en obligations) aux fonds de spéculation et aux banques, ferme une de ses succursales, BNC, et licencie 1 200 salariés. Capital One, un autre grand du secteur a bouclé Green Point. Acccredited Home Lenders, à San Diego, cesse de proposer des crédits et supprime 1 600 emplois (la moitié de ses équipes). La banque néerlandaise HSBC annonce qu’elle va fermer ses bureaux à Carmel, dans l’Indiana…

La liste s’allonge des sociétés qui mettent la clé sous la porte, ou qui s’abritent sous la protection du chapitre XI de la loi sur les faillites, afin d’obtenir un répit qui pourrait être de courte durée tant l’effet domino se poursuit.

À Wall Street, le moral était légèrement remonté mercredi à la suite du recours par les banques aux crédits accordés par la FED, la banque centrale américaine. Ainsi, l’une des quatre banques à avoir saisi cette opportunité, la Bank of America, en a profité pour refinancer le nº 1 des prêteurs sur gage, Countrywide Home, qui s’enfonçait sous le poids des impayés de ses succursales. Deux milliards ont été lâchés, sans que personne ne soit sûr que les promesses de Countrywide de maintenir à flot ses clients en difficulté puissent être tenues. Tom LaMalfa, directeur exécutif d’une compagnie de crédit, Wholesale Access Mortgage, estime, dans CNN- Money, que mille milliards de dollars sont en jeu et que les banques ne peuvent laisser leurs clients « tourner en rond ». « Un ralentissement économique sévère est inévitable, ajoute-t-il, étant donné la taille du marché financier. Nous n’en sommes qu’au début du problème. »

La contagion, par la perte de confiance dans tout le système de crédit, a atteint désormais les prêts pour les villas luxueuses. Nº 1 de ce secteur, Toll Brothers a enregistré une chute de 85 % de ses profits au cours du premier semestre, avec le « nombre de résiliations le plus élevé depuis vingt et un ans », constate son PDG, Robert Toll.

Le bâtiment voit les commandes s’effondrer. Ce qui allonge la liste des licenciements : plus de 60 000 dans les sociétés de crédit ces derniers mois. Autant de salaires, de versements pour la retraite et d’assurances pour les soins médicaux qui disparaissent.

Cela, au moment où les statistiques officielles indiquent que le revenu moyen a baissé en 2005 pour la cinquième année consécutive. Mais, grâce aux diminutions d’impôts appliquées par George W. Bush depuis son arrivée au pouvoir, les revenus de ceux qui engrangent plus d’un million de dollars par an ont augmenté de 26 %. Tout va mieux pour 0,25 % des contribuables dont les revenus représentent près de la moitié des sommes imposables.

Une projection dans le réel capitaliste des conséquences d’un modèle de « société de propriétaires » qui inspire Nicolas Sarkozy.


Merci les « subprimes » !

C’est l’envers, trop peu connu, la dimension humaine en somme, de la crise financière dite des « subprimes », ou prêts immobiliers à risque, qui secoue les États-Unis. Submergés par la hausse du taux de leurs crédits immobiliers, des centaines de milliers de familles voient leur logement saisi par les banques. Une marée de saisies déferle sur le pays : 180 000 ont été dénombrées en juillet, deux fois plus qu’en juillet 2006 et, au total, plus d’un million depuis le début de l’année. Soit 1 foyer américain sur 112. Selon le sénateur Christopher Dodd, le pire serait encore à venir : « Un à trois millions de personnes pourraient perdre leur logement. » Cinq États concentrent la moitié des saisies effectuées le mois dernier : la Californie, la Floride, le Michigan, l’Ohio et la Géorgie. La ville ouvrière de Détroit affiche le record des saisies urbaines : une procédure pour 97 ménages. Piégés par des offres de crédits au départ très bon marché, mais dont les taux ont ensuite flambé sous l’effet de la spéculation, des fonds d’investissement faisant par exemple passer les mensualités de remboursement de 400 dollars à plus de 1 500 dollars, ces Américains voient ainsi leur rêve de propriétaire tourner au cauchemar du homeless (« sans-abri »). D’autant que la valeur des toits de cette masse de propriétaires au bord de la faillite a fondu comme neige au soleil. « Nous sommes au plus haut niveau des saisies de logements depuis trente-sept ans », signale le sénateur Dodd qui « demande instamment au gouvernement de faire tout le nécessaire pour que les gens puissent garder leur logement ». Verrait-on les maires de grandes cités américaines, à l’instar d’élus communistes en France, prendre des arrêtés anti-expulsion ?

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