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Un article de Marie Visot paru dans Le Figaro du 23 juin 2005

Croissance : « le mauvais cru » de 2005

jeudi 23 juin 2005 par Marie Visot

La croissance française « plie mais ne rompt pas ». C’est par cette expression, chère à La Fontaine, que l’Insee a introduit, hier, sa note de conjoncture. De fait, après 2,1% en 2004, l’activité ne devrait progresser cette année que de 1,5%, loin des 2% encore espérés par Thierry Breton. 2005 n’est « pas un bon millésime pour la croissance », a reconnu Michel Devilliers, responsable de la conjoncture de l’Institut. Sur les 25 dernières années, « seules 5 » se sont illustrées par une croissance inférieure à 1,5%, a-t-il souligné.

Sur le premier semestre, la France a surtout souffert du niveau élevé des cours pétroliers et de l’atonie de ses partenaires européens. La situation à l’extérieur « grippe la situation intérieure de l’économie », explique Karine Berger, de l’Insee. La demande allemande s’est infléchie. Quant à l’Italie, elle est entrée en récession au premier semestre. Du coup, la demande adressée à la France s’en est trouvée considérablement réduite et les exportations françaises, très orientées sur l’Europe, ont chuté au début de cette année.

« Le grippage plus fort qu’anticipé des exportations a finalement eu raison de la reprise industrielle française de 2004 », souligne la note. Au point qu’elle est entrée en récession cette année : la production manufacturière a reculé de 0,4% au premier trimestre et d’autant au deuxième. Le mouvement « devrait s’inverser » sur la deuxième partie de l’année.

De fait, la France bénéficiera d’« une stabilisation des débouchés à l’exportation ». La France devrait également tirer avantage d’un regain de compétitivité avec le reflux de l’euro.

Pour les ménages, la situation est quasiment symétrique. La consommation, après avoir été le pilier de la croissance depuis des mois - contrairement à ce qui ce passe chez nos voisins allemands et italiens -, devrait accuser le coup au deuxième trimestre. La dynamique des dépenses des Français, qui reposait jusqu’alors en grande partie sur une baisse du taux d’épargne, ne pourra plus tenir sur les mêmes rythmes. Non seulement parce que la situation du chômage a fortement dégradé la confiance, mais aussi parce que l’effet des mesures de soutien à la consommation touche à sa fin. L’amélioration ne devrait, comme pour les entreprises, n’intervenir que progressivement au second semestre. Dans ce contexte, l’Insee ne prévoit pas d’amélioration flagrante du chômage. Il resterait « aux alentours de 10% » jusqu’à l’automne et fléchirait à 9,8% fin 2005.

Le scénario présenté hier repose sur plusieurs aléas. Celui du pétrole, « important » selon Michel Devilliers, pourrait causer quelques dégâts. L’Insee table sur un baril à 45 dollars jusqu’à la fin de l’année. Si les prix devaient demeurer dans la zone actuelle - autour de 60 dollars -, la croissance s’en trouverait inévitablement affectée, de 0,3 point sur les six derniers mois de l’année. A l’inverse, une baisse de 10% de l’euro par rapport à l’hypothèse retenue - 1 euro pour 1,25 dollar au second semestre - rehausserait la croissance de 0,1 point. Une baisse des taux de la BCE, que l’Insee n’exclut pas, constituerait une autre impulsion positive.

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