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Gilles Kerdreux | Le Monde du 28 avril 2007

Dans l’Ouest, la mobilisation des salariés d’Alcatel ne faiblit pas

samedi 28 avril 2007 par Gilles Kerdreux

"Alcatel veut vivre !" Sur la façade du bâtiment d’Alcatel-Lucent à Cesson-Sévigné (Ille-et-Vilaine), juste à côté de Rennes, la banderole flotte au vent. Après avoir bloqué le site, mercredi 25 avril, les salariés du groupe ont repris le travail jeudi mais, vendredi, d’autres mouvements étaient envisagés.

"Depuis la mi-février, on organise une ou deux actions par semaine", résume Christian Meheust, représentant syndical CGT à Lannion (Côtes-d’Armor). C’est l’un des quatre sites bretons – avec Rennes, Cesson et Orvault (Loire-Atlantique), près de Nantes – touchés par les 441 suppressions de postes prévues, dans l’ouest de la France, par la direction du groupe franco-américain.

Mercredi, les grévistes prétendent avoir découragé Patricia Russo, la directrice générale de l’équipementier en télécommunications, de se rendre sur les sites de Vélizy (Yvelines) et au centre de Villarceaux à Nozay (Essonne). Une version démentie par la direction d’Alcatel.

Au fil des semaines, les salariés de l’Ouest ont aussi manifesté dans les villes bretonnes et ligériennes, mais aussi à Paris. Ils ont "non inauguré" puis déménagé ce qui devait devenir le nouveau site d’Alcatel à Rennes, au cœur du pôle "réseau et images" de la capitale régionale.

Après dix semaines de lutte, la mobilisation des salariés reste forte. "Ce n’est pas notre première crise, insiste le syndicaliste cégétiste. Mais c’est comme s’il y avait eu quelque chose de cassé. Cette fois, on touche à la pérennité des sites. On n’a plus de visibilité sur l’avenir de nos entreprises et de nos qualifications. Les gens sont déstabilisés et ne croient plus aux discours."

Pourtant, le 17 avril, la direction était revenue sur son intention de fermer le site de Rennes et envisageait d’y conserver entre 50 et 70 des 150 postes. Depuis, les salariés concernés ne sont d’ailleurs plus tous dans le mouvement.

"ON EST DES DURS"

"C’est humain, tempère Pierre Ketels, délégué du personnel CFDT pour Rennes et Cesson. Mais les autres restent mobilisés, car le chiffre global de suppressions de postes est le même. Il s’agit juste d’un tour de passe-passe d’une ville à une autre avec une volonté d’opposer les sites les uns aux autres, voire de les mettre en concurrence."

Alors pourquoi ces salariés – majoritairement des ingénieurs sans grande culture des luttes sociales – ne cèdent pas ? "On n’est pas des ouvriers mais on est des durs quand même, estime Samuel Régent, ingénieur de 37 ans à Cesson. Aujourd’hui, la direction voudrait nous dire ’allez, c’est fini les enfants, on rentre en classe’. Eh bien, nous, on reste dans la cour et on essaye de calculer au mieux nos actions." Plusieurs ingénieurs expliquent cette ténacité par l’esprit "start-up" qui perdure. "On fait tous le même produit à Cesson. On se connaît, explique Pierre Ketels. Et à Orvault, il y a un fort passé syndical."

La nouveauté pour les salariés d’Alcatel est aussi, au-delà d’un désaccord avec FO, la solidité de l’intersyndicale CFDT-CGT. Sans oublier le contexte de l’élection présidentielle même si les responsables syndicaux ne se font guère d’illusions sur les promesses des candidats.

Les salariés, eux, n’en démordent pas : il s’agit d’"une délocalisation qui ne dit pas son nom. Tous les politiques ont conscience, que, maintenant, on délocalise aussi la matière grise. C’est le bout du bout. Qu’est-ce qu’on va garder ?", s’interroge M. Meheust. "Nous, on reste mobilisés. Ils sont tombés sur un os", conclut M. Régent.


Le TGI de Paris demande des précisions sur le plan

Le tribunal de grande instance de Paris a demandé vendredi à Alcatel-Lucent de détailler son plan de suppressions d’emplois auprès de son comité d’entreprise européen. Son ordonnance ne suspend cependant pas le processus. L’intersyndicale (CGT-CFDT-CFTC-CFE/CGC) s’est félicitée de la décision. "Nous ne disposions que d’informations générales sur le plan, mais aucune ne permettant d’en contester ses éléments", a expliqué Alain Hurstel, secrétaire (CFDT) du comité d’entreprise européen du groupe. Alcatel-Lucent a fait savoir qu’il appliquerait la décision du TGI et n’envisageait pas de faire appel. – (Avec Reuters.)

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