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Un article de Christophe Deroubaix paru dans l’Humanité du 22 octobre 2005

Dans la Crau, rien n’a changé pour les esclaves modernes

samedi 22 octobre 2005 par Christophe Deroubaix
Le gouvernement, trois mois après la révolte des saisonniers étrangers, refuse de réviser le système OMI (Office des migrations internationales).

On pourrait appeler cela la stratégie de la branche pourrie. On la coupe et on prétend que l’arbre est sain. Voilà résumée en une image la politique des pouvoirs publics dans la gestion du dossier des OMI. On se souvient de la révolte, en juillet dernier, de ces saisonniers agricoles étrangers (Marocains et Tunisiens) de la Crau (Bouches-du-Rhône), employés dans le cadre d’un contrat signé sous l’égide de l’Office des migrations internationales. Privés du paiement des nombreuses heures supplémentaires effectuées, logés dans de véritables taudis, obligés d’acheter sur leurs deniers leur tenue de travail et le matériel nécessaire, ils avaient déclenché une grève révélant au grand public les conditions de cet esclavage moderne. On apprit rapidement que l’inspection du travail n’était jamais venue glisser son nez dans ces domaines (SEDAC et Poscros), dirigés par le plus gros employeur d’OMI du département. L’État et ses services, dans leurs petits souliers, procédaient alors à la mise en conformité. Le préfet s’engageait également à ne pas « punir » les grévistes et leur assurait la reconduction de leurs contrats pour la saison 2006. Sous la pression de ce mouvement et à la demande de la CGT, le représentant de l’État annonçait l’organisation d’une table ronde « à la rentrée ». Elle s’est finalement déroulée début octobre. La question était, au fond, de savoir s’il s’agissait du dérapage d’un « mouton noir » ou de la partie visible d’une vaste zone de non-droit, puisque le département des Bouches-du-Rhône absorbe à lui seul la moitié des contrats OMI signés en France. En plein conflit, déjà, la FNSEA avait dressé sa ligne de défense : « Il ne faudrait pas faire du cas d’un seul exploitant, le cas de l’ensemble des exploitants du département, voire de la France entière. » La CGT, elle, dénonçait « un système économique organisé ». L’État a finalement penché du côté de l’organisation d’exploitants agricoles, puisque le système des OMI a été décrété intouchable. Le préfet a d’ailleurs défendu, en substance, la théorie de l’acte isolé. La proposition de gestion tripartite proposée par la CGT (lire ci-dessous) a été repoussée. La « spécialité » locale demeure également : le caractère nominatif des contrats qui permet aux exploitants mal-intentionnés (ils ne représentent pas la majorité, heureusement) de trier, d’année en année, les « obéissants » et les « récalcitrants ».

L’État a annoncé deux mesures limitées : de nouveaux financements pour les agriculteurs qui rénoveraient des logements pour des salariés agricoles et la mise en place de groupes de travail qui existaient déjà pour la plupart. Principal changement : la réduction des « introductions » (nouveaux contrats), et ce grâce aux dispositions de la loi Borloo, qui contraint les salariés à accepter toutes les offres d’emploi. Bernard Gleize, responsable CGT de l’agroalimentaire dans le sud-est de la France et participant à la table ronde, n’en revient pas : « Le gouvernement compte-t-il contraindre les chômeurs à accepter ce que les salariés OMI ont dénoncé en juillet ? »

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