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Un article de Laure NOUALHAT paru dans Libération le 11 novembre 2005

Dans le « nanomonde », tout est petit sauf les risques

vendredi 11 novembre 2005 par Laure NOUALHAT
Santé. Les miniparticules sont de plus en plus utilisées par l’industrie.

Ce n’est pas parce qu’on est invisible qu’il faut passer inaperçu. Aussi nanoparticules et nanomatériaux vont-ils être auscultés par les scientifiques de l’Ineris. Pour l’Institut national de l’environnement industriel et des risques, ces « nanochoses » constituent en effet un risque environnemental et technologique émergent et leur développement exponentiel mérite qu’on s’y attarde.

Les nanoparticules sont des éléments infiniment petits, de l’ordre de 1 à 100 nanomètres. Un nanomètre (nm) correspondant à un milliardième de mètre, dans ce monde-là, on ne voit rien : la taille des atomes atteint 0,1 à 0,4 nanomètre, une molécule d’ADN mesure 2 nm de large, un virus 10 à 100 nm et un cheveu fait office de titan avec une épaisseur de 50 000 à 100 000 nm.

Inhaler. L’Ineris a décidé de consacrer une partie de son budget à l’infiniment petit et coordonne un programme, Nanoris, qui doit plancher sur « l’évaluation et la prévention des risques accidentels et chroniques liés à la production et l’utilisation de nanoparticules ». Aux Etats-Unis, des scientifiques travaillent depuis plusieurs années sur les risques liés aux nanotechnologies. De récentes publications [1] mettent en lumière les effets inflammatoires des nanotubes de carbone sur les poumons de souris exposées pendant 20 jours à ces composés. On a observé que les agrégats de molécules (les nanotubes mêlés à des cellules) ont provoqué des granulomes et une prolifération anormalement rapide de tissus fibreux dans les alvéoles pulmonaires. « Ces études prouvent une toxicité à de faibles doses, c’est-à-dire à des doses considérées comme admissibles selon les normes en vigueur existantes », explique Howard Kipen, de l’université de médecine du New Jersey. Pour l’heure, les normes ne concernent que le graphite, aucune n’existe pour les nanotubes de carbone... Ces études sont déterminantes : elles posent la question de la protection des salariés manipulant ces nanoparticules. En dépit des gants, lunettes et masques, ils inhalent des nanoéléments. Quel impact sur la santé ? « Les travailleurs exposés aux doses standard pourraient développer des fibroses pulmonaires. » Le programme Nanosafe, financé par l’UE, veut établir une base de données sur les questions toxicologiques et environnementales liées aux nanoparticules. But : que les nano-objets ne deviennent pas l’amiante du XXIe siècle.

Tests. « Le principe de précaution devrait s’appliquer à fond dans cette industrie » déplore Ghislaine Lacroix, toxicologue à l’Ineris. Mais ce principe, même adossé à la Constitution française, ne pèse pas lourd face aux retombées économiques de la filière. « En 2010-2015, les enjeux économiques liés à l’avènement des nanotechnologies au niveau mondial devraient atteindre 1 000 milliards d’euros par an et concerner l’emploi de près de 2 millions de personnes », lit-on dans le rapport « Etude prospective sur les nanomatériaux 2004 », réalisé pour le ministère de l’Industrie.

De fait, les nanostartups n’ont pas attendu les rapports circonspects des toxicologues pour se lancer dans la production de nanotubes, de nanomachines ou de nanopoudres. Mondialement, on produit plusieurs centaines de tonnes de nanotubes chaque année. En France, il n’existe que deux fabricants : Arkema et Nanoledge. L’entreprise montpelliéraine fabrique 15 kg de nanotubes de carbone par an. Les productions restent confidentielles, leurs applications encore en phase de test. Dans la région de Grenoble, DGTec fabrique déjà 500 kg de ces poudres destinées à l’industrie chimique ou cosmétique et attend de se redimensionner pour répondre à une demande qui promet d’être explosive. Ces éléments peuvent aussi bien entrer dans la composition de pigments colorés résistants à la lumière que dans celle de crèmes solaires.

Rapports. 2006 promet d’être chargée pour le nanomonde. Au début de l’année, on attend deux rapports sur les risques de cette industrie. L’un, réalisé par l’Institut national de recherche et de sécurité, compile l’état des connaissances sur la toxicologie des particules ultrafines, l’autre, élaboré par l’Agence de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail, s’intéresse aux risques environnementaux et sanitaires des nanomatériaux. Ces rapports sortiront quelques mois avant l’inauguration de la Mecque de la nanotech en France : Minatec, basée à Grenoble.

[1] Parues dans le Journal of Physiology-Lung Cellular and Molecular Physiology.

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