Liste des auteurs

Un article de Sébastien Ganet paru dans l’Humanité du 27 février 2006

De quoi souffre l’industrie ?

lundi 27 février 2006 par Sébastien Ganet
Économie . Le président des patrons des fédérations industrielles veut réformer la fiscalité et diminuer les « charges sociales ».

« Notre compétitivité est fortement dégradée au moment où le marché mondial explose », martelait mercredi dernier Yvon Jacob devant la presse économique. Le président du Groupe des fédérations industrielles (GFI) estime qu’« il ne s’agit pas seulement du poids de la facture pétrolière ». « En réalité, notre industrie n’a pas été en mesure de répondre à la demande à cause de difficultés structurelles », a-t-il insisté. Les « difficultés structurelles » évoquées par le GFI sont bien connues. La fiscalité sur le patrimoine (impôt de solidarité sur la fortune), sur l’appareil de production (impôt sur les sociétés et taxe professionnelle), ainsi que les « charges sociales » (en réalité les cotisations sociales patronales) seraient la cause toute désignée pour expliquer l’atonie de l’économie française. Bref, il manquerait une « véritable politique de l’offre alors qu’on assiste en France à une véritable overdose de dépenses publiques », estime Yvon Jacob, en dépit d’un budget d’État qui est tout sauf expansif. Et de s’en prendre aux collectivités territoriales, notamment aux régions, qui auraient fait exploser les taux de prélèvement de la taxe professionnelle. « Ce sont les entreprises qui trinquent », a asséné une nouvelle fois le président du GFI.

Michel Didier, de l’institut de conjoncture Rexecode, comme pour appuyer le « mal-être » des dirigeants de l’industrie française, a mis à cette occasion en exergue la faiblesse de la position commerciale française. Les exportations de biens industriels ont progressé de 3,4 % en 2005 alors que le commerce international a progressé de 7,8 %. De même, les importations augmentent de plus du double (7,4 %), provoquant un creusement du déficit commercial. Yvon Jacob, prenant la balle au bond, indique que, « par rapport à la concurrence, soit nous stagnons, soit nous reculons ». Récusant par avance, et comme à son habitude, toute responsabilité des directions d’entreprises, le patron du GFI met en avant le problème des « coûts de production ». De ce point de vue, « nos parts de marché se sont dégradées non seulement par rapport aux pays émergents mais aussi par rapport à la zone euro, et notamment à l’Allemagne », avance-t-il. Michel Didier parle d’un « équilibre de stagnation industrielle » avec bon nombre d’indicateurs économiques dans le rouge. Sans distinction aucune des types d’entreprise et de leur taille et, prenant appui sur les derniers comptes nationaux trimestriels de l’INSEE, il soulignait un nouvel aplatissement des profits (c’est-à-dire l’excédent brut d’exploitation-EBE) dans la valeur ajoutée. De 55 milliards en 2000, ils seraient revenus à 45 milliards en 2005, soit leur niveau de 1996. À ce propos, les dirigeants du GFI se trouvaient gênés aux entournures pour justifier que les grands groupes industriels du CAC 40 fassent des profits et des bénéfices mirobolants alors que leurs sous-traitants, la plupart des PME, s’enfoncent dans les difficultés.

Par ailleurs, Michel Didier a mis en avant un recul du stock de capital net (au sens des actifs qui permettent de produire) détenu par les entreprises industrielles. D’une augmentation de 9 % par an dans les années soixante-dix, ce stock n’a évolué que de 5 % par an dans les années quatre-vingt-dix. Il évoluerait annuellement de - 2 % aujourd’hui. « Une telle évolution est corrélée au recul de l’investissement industriel », avance le patron du Rexecode. « L’investissement dans le secteur industriel s’est contracté en 2005 pour revenir à un niveau inférieur à celui de 1990 », a-t-il précisé. « Le recul des budgets d’investissement dans l’industrie est de l’ordre de 20 % depuis 2001 », constate Michel Didier. Côté emplois, ce sont 88 000 emplois industriels qui ont été détruits en 2005, et 408 000 depuis 2001. Sans le vouloir, les dirigeants du GFI mettent le doigt sur l’un des paradoxes de ces trois dernières années, à savoir un découplage de plus en plus net entre des groupes très mondialisés à la gestion ultrafinanciarisée d’une part, et d’autre part, des cascades de sous-traitants sur lesquels toutes les difficultés de conjoncture sont reportées, l’emploi et les salaires servant de variable d’ajustement.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !