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NICOLAS CORI , Thomas Cantaloube | Libération le 25 juillet 2007

Des groupes pétroliers trop riches pour investir

mercredi 25 juillet 2007 par Nicolas Cori, Thomas Cantaloube
Aux Etats-Unis, le manque d’entretien des raffineries favorise la hausse des cours.

Quand le prix de l’essence augmente à la pompe, les Américains ont l’habitude de blâmer les suspects habituels : Iraniens, pays arabes, cartel de l’Opep, Chavez. Pourtant, il existe un autre responsable, bien de chez eux : les entreprises pétrolières qui possèdent des capacités de raffinage insuffisantes. Le New York Times a récemment fait sa Une sur « les défaillances records des raffineries nationales » qui contribuent au prix élevé de l’essence (+ 35 % depuis le début de l’année). Selon le quotidien, un tiers des 150 raffineries américaines ont connu des « perturbations » ces six derniers mois : incendies, pannes mécaniques à répétition, et même une inondation. Au mieux, elles ne tournent qu’à 90 % de leur capacité totale.

« Ouragan invisible ». Pour les responsables de l’industrie de l’or noir, il s’agit d’un « ouragan invisible », qui crée un goulet d’étranglement dans l’approvisionnement de carburant aux Etats-Unis. Mais, pour les détracteurs des sociétés pétrolières, ce problème ne découle pas de catastrophes naturelles imprévisibles, mais d’un sous-investissement chronique ­ et volontaire dans les infrastructures de raffinage. L’Energy Information Administration, qui s’occupe de recenser les stocks, doit annoncer aujourd’hui des chiffres en progression (une capacité de raffinage à 91,8 % et des réserves de carburant en hausse), mais le fond du problème reste inchangé. D’après Raymond Learsy, un spécialiste du secteur, « il est difficile de croire qu’autant de désastres se sont abattus sur cette malheureuse industrie qui fait de son mieux pour nous fournir un produit au prix le plus élevé possible ».

En trente ans, aucune nouvelle raffinerie n’a été construite aux Etats-Unis, les pétroliers se contentant de réparer et d’augmenter la capacité de celles déjà existantes. Du coup, comme l’a récemment expliqué Carolyn Merritt, la directrice du Chemical safety board, « le déficit d’équipements modernes entraîne des défaillances et accroît le risque de catastrophes ». Ces dernières années, la marge de profit liée au raffinage est passée en moyenne de 5 à 25 dollars par baril. Les entreprises pétrolières, qui engrangent des bénéfices records, auraient donc les moyens de se payer de nouveaux équipements. Mais « en créant une situation d’approvisionnement tendu, elles contrôlent les prix et n’ont aucun intérêt à augmenter la capacité de raffinage », se lamente Mark Cooper, de la Consumer Federation of America. D’autant que les consommateurs n’ont pas diminué leur nombre d’arrêts à la pompe. Début juillet, avec des prix supérieurs à 0,60 euro le litre contre 0,40 il y a un an, les Américains ont pourtant failli battre le record du nombre de barils brûlés en un mois.

Imparable. Même s’il continue de faire le plein, l’automobiliste râle. et les politiciens se réveillent. Plusieurs élus du Congrès se sont alarmés de la mauvaise volonté des pétroliers pour remédier au manque de capacité de raffinage. Ces derniers ont trouvé l’argument imparable : puisque le président Bush lui-même a annoncé un objectif de réduction de la consommation de 20 % sur la décennie, et puisqu’on ne cesse de répéter que l’avenir est aux carburants bio, ils n’ont aucune raison d’investir dans une industrie en déclin. En attendant, le renard est toujours chargé de l’entretien du poulailler.


En France, l’euro fort empêche les prix de flamber à la pompe

L’essence est presque aussi chère que l’an passé.Mais son tarif varie sur l’ensemble du territoire.

Atteindra-t-on les records de l’été 2006 ? On n’en est pas loin. Et si la hausse des prix des carburants à la pompe en France - de l’essence surtout - n’est pas encore au niveau de l’an passé, c’est grâce à l’euro fort, qui joue un rôle d’amortisseur. Hier encore, la monnaie unique a atteint son record absolu face au dollar, à 1,3852. Or un dollar faible a une conséquence positive pour l’économie française : il réduit la facture pétrole et matières premières à l’importation.

A la pompe en France, la situation est particulièrement « tendue » pour l’essence sans plomb 95, selon l’Union française des industries pétrolières (Ufip). Son prix atteint en moyenne 1,32 euro le litre (1,35 euro en juillet 2006). Les prix varient beaucoup d’une station-service à l’autre, d’un distributeur à l’autre et d’un département à l’autre, selon le ministère de l’Economie. Ainsi en Seine-et-Marne, l’essence SP95 se vend à 1,289 euro le litre à la station Carrefour de Dammarie-les-Lys. contre 1,44 euro, à la station Total de Servon. Les prix à la pompe pourraient encore s’envoler sous l’influence de trois facteurs, selon l’Ufip : « si le brut poursuit son ascension, si l’euro s’affaiblit face au dollar » et sous l’influence de la saison des grands déplacements automobiles aux Etats-Unis. Les départs en vacances en France jouent pour leur part « un rôle à la marge », selon l’Ufip. Ce qui n’empêche pasUFC-Que choisir de juger « inquiétante » la « progression des marges de raffinage », alors que le taux d’utilisation des raffineries reste insuffisant pour répondre à la forte hausse de la demande, un peu à l’image des Etats-Unis (lire ci-contre).

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