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Article de LAURENT MOULOUD paru dans L’Humanité le 10 juin 1998.

Des mineurs, délibérément inexploités

dimanche 1er août 2004 par Laurent Mouloud

Depuis plusieurs années, le syndicat des mineurs de Montceau-les-Mines réclame l’exploitation de l’important bassin charbonnier de Lucenay-lès-Aix. Un possible gisement pour l’emploi, laissé délibérément en sommeil par Charbonnages de France.

LA façade rococo du syndicat des mineurs de Montceau-les-Mines résonne d’une certaine nostalgie. Illustrée par une date, qui se détache, gravée au céur des moulures tortueuses : 1908. Une date qui renvoie aux images d’Epinal des gueules noires du début du siècle, et qui rappelle au passage que la Saône-et-Loire a, un jour, abrité près de 10.000 mineurs. Aujourd’hui, ils sont 130 dans la centrale thermique de Lucy III. La dernière mine a fermé en 1992. Mais, Robert Germain, le secrétaire du syndicat CGT de la Saône-et-Loire, ne s’attarde même plus sur cette lente fonte des effectifs. Sa préoccupation reste la même : rouvrir un dossier pour le moins paradoxal, celui du gisement charbonnier de Lucenay-lès-Aix. Une véritable manne de 260 millions de tonnes, délibérément inexploitée, alors que cette région de la Bourgogne s’éteint petit à petit, touchée de plein fouet par la fin de l’activité minière.

Cet espoir de pouvoir la relancer débute dans les années quatre-vingt. Le bureau de recherche géologique et minière (BRGM) découvre alors un important gisement de charbon, situé à 80 kilomètres de Montceau-les-Mines. Une étude économique de 1986 fait apparaître une ressource permettant d’envisager une exploitation à ciel ouvert de 65 millions de tonnes. Couplé à la création d’une usine de gazéification, l’étude démontre, au-delà, que le site engendrerait la création de près de 600 emplois. "Avec les emplois induits, on pourrait approcher les 10.000 postes", surenchérit un responsable de la Fédération CGT de l’énergie. Pour lui, ce gisement atteindrait peut-être la capacité de celui en Lorraine. "Seulement, le BRGM n’a jamais pu le certifier, puisqu’on lui a coupé les vivres en 1986, empêchant toutes nouvelles recherches."

Depuis, les salariés de la centrale Lucy III, à Montceau, n’en finissent plus de dénoncer la volonté de Charbonnages de France de ne pas réinvestir dans des exploitations françaises. Se repliant ainsi derrière le pacte charbonnier, signé avec la plupart des syndicats en 1994 et qui instaure la fermeture de l’activité minière en France d’ici à 2005. "Maintenant, ils sont presque fiers d’annoncer la fin de notre site pour l’horizon 2001", reproche Patrick, depuis dix-huit ans employé de la centrale. "D’ici là, tout sera fait pour que l’on n’aille pas dans le sens d’un développement économique, pourtant possible", prédit-il.

Et effectivement, d’un point de vue technique et économique, rien ne semblerait interdire cette exploitation. Au-delà des répercussions sociales positives, Hervé Delorme, de la Fédération de l’énergie, y voit, pour sa part, la possibilité "de sauver la dernière centrale de Bourgogne". Une région qui consomme déjà sept fois plus d’énergie qu’elle n’en produit. "Au-delà, cela répondrait à une nécessaire diversification dans la production de l’énergie", insiste-t-il. "Tout en restant dans le cadre de Kyoto, le thermique classique pourrait compter pour 15% de la production française. Aujourd’hui, il atteint à peine 5% !" Enfin, la centrale Lucy III utilise un procédé qui permet de résoudre les problèmes de pollution générés par l’oxyde de souffre et d’azote. "Seulement, insiste Patrick, le but, pour eux, est d’attendre 2005, puis de laisser l’exploitation au privé, où les ouvriers travailleront sans aucun statut."

La direction, elle, ne croit pas à la possibilité d’un investisseur privé. Mais ne dissimule en rien ses ambitions. "Notre but est bien d’organiser le repli dans les meilleurs conditions", plaide ainsi Jean-Jacques Maupetit, responsable de l’action sociale à Charbonnage de France. Il explique sans sourciller : "Dans le cadre d’un marché ouvert, le charbon importé reste moins cher. Lucenay-lès-Aix demanderait trop d’investissement." Plus fataliste : "Notre mission, au final, est d’emmener tout le monde au port, puis de descendre du bateau..."

Face à ce débat clos d’avance, les différents appels des mineurs de Montceau en direction des pouvoirs publics sont, jusqu’ici, restés lettre morte. Ni la motion adressée au président du CESR de Bourgogne, en mai dernier, et encore moins les deux courriers envoyés récemment à Christian Pierret n’ont abouti à un quelconque résultat. En guise de réponse, le ministre de l’Industrie expédiera deux messages laconiques et identiques : "Attentif aux éléments que vous m’avez communiqués, j’ai immédiatement saisi le responsable du service compétent de mon ministère..." Et toujours rien.

Les mineurs de Montceau-les-Mines seraient ainsi les seuls à y croire encore ? "Sûrement pas", sourit Robert Germain qui n’en démord pas. Sans hésiter, il n’hésite pas à rappeler finalement le possible dynamisme de la région. "En 1984, explique-t-il, nous avions mené une action symbolique en ouvrant un bureau d’embauche pour les jeunes. En quatre jours, on avait recueilli plus de 3.000 demandes pour descendre dans les puits..."

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